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VIE. Vice-président de l'Union mondiale pour la nature, Jean-Christophe Vié dénonce l'effet dévastateur du profit sur la biodiversité.
Christine Bouchardy
Lundi 4 février 2008
Si l'on commence à entrevoir les effets du réchauffement climatique, on
connaît beaucoup moins l'impact que pourrait avoir l'appauvrissement de
la biodiversité sur notre vie.
Interview de Jean Christophe Vié, vice-président de l'Union mondiale pour la nature (UICN) et auteur d'un livre récent sur le sujet*.
- De quelles données dispose-t-on pour affirmer que la vie sur notre
planète est menacée?
Jean-Christophe Vié: Grâce au travail des milliers d'experts de l'Union
mondiale pour la nature, nous publions chaque année une Liste rouge des
espèces menacées: sur plus de 41 400 espèces dont le statut a été passé
sous la loupe, 16 308 figurent sur la liste, universellement reconnue
comme étant le baromètre des espèces vivantes. En 2004, dans la revue
Science, nous avons rapporté qu'un tiers des batraciens sont amenés à
disparaître. En fait, toutes les données à disposition convergent vers
la même conclusion: une chute vertigineuse des espèces.
- Y a-t-il encore des personnes mettant en doute ce phénomène?
- Ceux qui nient l'évidence sont souvent à l'origine de la perte de la
biodiversité. Ils n'ont aucune envie que les choses changent. Il existe
un véritable lobbying protégeant les intérêts corporatifs contre ceux de
la nature. Si ce n'était pas si grave, leurs arguments me feraient
sourire. Mais leur responsabilité dans la désinformation du public est
très grave.
- Pourquoi la biodiversité disparaît-elle?
- L'homme, la société de consommation, le culte du profit immédiat.
Comme tout ce que produit la nature est gratuit, l'homme se sert sans se
soucier de la gestion des stocks. Il a inventé le gaspillage. Il agit
dans la nature comme il n'oserait jamais le faire chez lui. Pour
augmenter le rendement, il n'hésite pas à faire de la monoculture
intensive, à polluer, à créer des OGM, à couper des forêts... Il faut
avoir vu l'immense surface de forêt rasée en une journée par quelques
personnes déterminées pour mesurer la fragilité de la nature.
- On parle beaucoup des forêts, qu'en est-il de nos océans?
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- S'il est un lieu où se concentrent aujourd'hui des pratiques
désastreuses pour l'avenir de la planète, c'est l'océan. On a tous en
tête des images de la forêt amazonienne. Le pillage des océans, lui, se
fait hors de notre vue. C'est une véritable zone de non-droit. Lorsque
le poisson a disparu de la surface, les chalutiers vont le chercher plus
loin en raclant les fonds marins. Quelques espèces seulement sont
gardées. Des milliards d'étoiles de mer, de coraux centenaires sont des
victimes collatérales. Que dirions-nous si des chasseurs rentraient dans
les forêts avec des bulldozers, abattant tous les arbres, tirant sur
tous les animaux, pour les trier plus tard et ne garder que ce qui leur
paraît économiquement intéressant?
- En quoi la disparition d'une espèce lointaine met-elle en péril notre
propre vie?
- Toutes les espèces sont liées les unes aux autres par une multitude de
liens directs qui toucheront l'homme tôt au tard. Par exemple, les
populations d'abeilles déclinent fortement. C'est un petit insecte de
rien du tout. Pourtant, la fructification des trois quarts des plantes
agricoles et celle de la quasi-totalité des arbres fruitiers dépendent
de ces insectes. Aux Etats-Unis, la pollinisation devient un réel
problème. Des centaines d'espèces ont déjà disparu et l'homme est
toujours là. Oui, mais pour combien de temps?
- Est-ce encore en notre pouvoir d'infléchir le cours des choses?
- Nous n'avons plus le choix. Les gouvernements reconnaissent
aujourd'hui l'importance de l'enjeu. Alerter, l'opinion publique est
aussi déterminant. Le problème de la vie sur notre planète nous touche
tous. Personne ne peut vivre hors sol. Alors pourquoi n'existe-t-il pas
dans les grands quotidiens une rubrique «nature et espèces». Desmécènes
pourraient aussi se passionner pour les espèces, qui sont plus que des
œuvres d'art. Surtout ne zappons pas en disant: «C'est foutu, alors
autant en profiter...»
*«Le jour où l'abeille disparaîtra...», de
Jean-Christophe Vié, Ed. Arthaud, Paris, 2008. (On trouve la Liste rouge
sur http://www.iucnredlist.org)
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