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La FAO vient d’annoncer
officiellement, lors de son dernier congrès, en début mai 2007, que
l’Agriculture Biologique peut nourrir toute la planète!
Selon la FAO, non seulement l’Agriculture Biologique peut-elle nourrir la
planète entière mais en plus sans impact sur l’environnement et en limitant
considérablement la problématique du réchauffement climatique.
Comment les différents gouvernements vont-ils réagir face à une telle
assertion?
De deux choses l’une:
1. Ou la direction de la FAO a perdu complètement la tête et ses experts ont
succombé à une crise de passéisme aigu ou bien ont été soudoyés par une
puissance occulte qui cherche à détruire les fondements de la société
occidentale, moderne, progressiste et civilisée. Dans ce cas, il semble
extrêmement urgent que les états membres cessent immédiatement de financer
cette institution internationale dont les ramifications s’étendent sur toute
la planète et qui risquent de déstabiliser le monde civilisé. En effet, la
FAO, ou Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture,
est une organisation représentant 189 États membres (plus la Communauté
Européenne): elle est financée par les contributions de ses membres et elle
emploie 3600 personnes sur toute la planète.
2. Ou bien la FAO a totalement raison. Et cette possibilité donne froid dans
le dos car elle implique que depuis 60 années, les multinationales de l’agro-chimie
avec la complicité de certaines administrations corrompues au sein des
états, ont délibérément menti et ravagé la sphère planétaire en promouvant
une agriculture hautement toxique qui a:
- empoisonné l’humanité et les animaux domestiques avec des milliers de
pesticides.
- empoisonné les nappes phréatiques et les cours d’eau.
- détruit la quasi-totalité de la biodiversité alimentaire.
- produit une alimentation exempte de substances nutritives.
- instauré une insécurité alimentaire généralisée, en particulier dans les
pays pauvres.
- détruit la petite paysannerie.
- détruit les forêts tropicales pour installer des monocultures.
- provoqué une érosion irréversible et des processus de désertification
planétaire.
- épuisé les ressources en eau.
- libéré de très grandes quantités de CO2 dans l’atmosphère.
Si la FAO a raison, on comprend pourquoi le président de l’Académie
Nationale des Sciences, Roger Heim, déclara en 1963, dans sa préface à la
traduction française de l’ouvrage de Rachel Carson “Le Printemps
Silencieux”: « On arrête les “gangsters”, on tire sur les auteurs de
“hold-up”, on guillotine les assassins, on fusille les despotes - ou
prétendus tels - mais qui mettra en prison les empoisonneurs publics
instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leurs
profits et à leurs imprudences?»
Qui mettra en prison les empoisonneurs publics?
En attendant de trouver une réponse, que nous espérons rapide, à cette
question essentielle, faisons le point sur les déclarations de la FAO qui
constituent une véritable déclaration de guerre à l’agrochimie.
Selon cette institution vénérable, les avantages de l’Agriculture Biologique
sont innombrables. En effet, cette forme d’agriculture respectueuse de
l’environnement permet:
- de nourrir toute la planète avec des aliments sains, hautement nutritifs
et exempts de poisons.
- d’économiser les réserves en eau.
- de limiter l’érosion des sols et de permettre une percolation totale des
eaux de pluie.
- de préserver la biodiversité alimentaire en gardant précieusement les
variétés traditionnelles qui sont plus résilientes et donc plus capables de
s’adapter aux bouleversements climatiques.
- de générer des circuits courts et de promouvoir la sécurité alimentaire.
- de sauvegarder la petite paysannerie traditionnelle.
- de régénérer l’agro-foresterie traditionnelle.
- de lutter contre le réchauffement climatique en supprimant les
fertilisants chimiques et les pesticides et en fixant le carbone dans le sol
de par sa teneur augmentée en matière organique.
- etc.
L’agriculture va être un des secteurs les plus fragilisés par des
bouleversements climatiques drastiques alors que les glaciers fondent, que
les températures montent, que certains océans ne peuvent plus absorber le
CO2 et que les réserves alimentaires de la planète sont au plus bas suite à
des sécheresses répétées, à une pénurie généralisée en eau douce et à la
promotion des nécro-carburants.
Quelle est la responsabilité de l’agriculture conventionnelle moderne dans
la problématique du réchauffement climatique?
Selon l’agronome Claude Bourguignon, “par le gaz carbonique qu’elle rejette,
l’agriculture intensive contribue pour un tiers au réchauffement de la
planète.”
Selon Jean-Marc Jancovici, “si l’on tient compte de tous les gaz à effet de
serre pris en compte dans les négociations internationales, et pas seulement
du CO2, alors la répartition change : c’est l’agriculture qui arrive en
tête! ( avec 26 %). Cela est notamment dû aux émissions de gaz dits mineurs
(CH4, N2O) qui sont respectivement dus à l’élevage bovin et à l’utilisation
des engrais”.
Certains spécialistes des sols considèrent que la perte d’1% de matière
organique dans le sol équivaut à une libération de 20 tonnes de dioxyde de
carbone, ou CO2, par hectare. Ainsi, la perte de matière organique dans les
grandes plaines des USA a t-elle générée plus de CO2 que toutes les
automobiles produites dans ce pays!
Selon le Professeur Pimentel de l’Université
de Cornell aux USA (un spécialiste de l’érosion de sols), l’agriculture
intensive US libère tous les ans 420 millions de tonnes de CO2 (sur les 6
milliards de tonnes libérées annuellement dans le pays).
Selon le CITEPA en France, l’agriculture et la sylviculture seraient
responsables à hauteur de 16% des 534 millions de tonnes de CO2 libérées
dans l’atmosphère en 2005, à savoir 86 millions de tonnes de CO2.
Non seulement les sols de l’agriculture intensive ne peuvent-ils plus
stocker le CO2 mais, en plus, ils en sont une source considérable. Pourquoi?
Tout simplement parce qu’ils sont morts. Selon l’agronome Claude
Bourguignon:
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“Sur l’ensemble de l’Europe, environ 90% de
l’activité biologique des sols cultivés a été détruite par l’agriculture
intensive. Je dis bien : détruites. Les zones les plus ravagées sont
l’arboriculture et la vigne. Or l’activité biologique des sols est
indispensable pour l’écosystème. Le sol est une matière vivante : sur
trente centimètres d’épaisseur, il concentre 80 % des êtres vivants de la
planète. Les vers de terre, à eux seuls, pèsent plus lourd que tous les
autres animaux du monde réunis. Mais les sols abritent aussi des
bactéries, des champignons et une myriade d’organismes qui se nourrissent
de la matière organique. Or en Europe, le taux de matière organique du sol
est passé de 4% à 1,4% en cinquante ans...
En France, 60 % des sols sont frappés d’érosion. Actuellement, nous
perdons en moyenne quarante tonnes de sol par hectare et par an.”
En fait, certains sols betteraviers en France, par exemple, perdent 100
tonnes de sol par hectare et par an. Cela signifie qu’il faut 2000 ans
pour réparer 20 années d’agriculture intensive betteravière si on laisse
la nature reprendre ses droits.
L’agriculture intensive moderne est génératrice de cancers, de
désertification et de réchauffement climatique.
L’Agriculture Biologique offre-t-elle réellement la possibilité de réduire
le réchauffement climatique?
Il faut se tourner vers les USA et le Rodale Research Center au coeur de
la Pennsylvannie pour obtenir une réponse étayée scientifiquement à cette
question. Le Rodale Research Center a mis en place en 1981 une
expérimentation portant sur 3 terrains cultivés le premier en agriculture
conventionnelle chimique, le second en agriculture biologique avec
légumineuses et le troisième en agriculture biologique avec fumier. Il a
publié ses premiers résultats au bout de 23 ans en 2003:
- aucune augmentation de carbone dans le sol du terrain en agriculture
chimique.
- une augmentation de carbone variant de 15 à 28 % dans les deux autres
terrains, la plus grande augmentation étant obtenue avec le fumier.
Le Rodale Research Center en déduit la capacité de fixer par année et par
hectare 3,7 tonnes de CO2. Et ce sans prendre en considération les
réductions en émissions de CO2 dues aux besoins énergétiques inférieurs de
l’agriculture biologique que le Professeur David Pimentel estime à 63% des
besoins énergétiques de l’agriculture chimique.
Selon ces calculs, si la totalité de la surface agricole US, (à savoir 200
millions d’hectares) était reconvertie à l’agriculture biologique, cela
annulerait les émissions de CO2 de 158 millions d’automobiles US chaque
année.
La surface agricole française s’étend sur 33 millions d’hectares (à savoir
60 % du territoire), dont 62 % sont occupés par des terres arables et plus
du tiers par des superficies toujours en herbe.
Pour la France, selon ces mêmes données, la reconversion à l’agriculture
biologique des 20 millions d’hectares de terre arable générerait une
fixation de l’ordre de 74 millions de tonnes de CO2 alors que
l’agriculture conventionnelle et la sylviculture sont créditées
actuellement d’une émission de 86 millions de tonnes de CO2.
La British Royal Society a estimé que le 1,2
milliard d’hectares de terre arable de la planète pouvait séquestrer de
6,1 à 10,1 milliard de tonnes de CO2, à condition bien sûr de pratiquer
des formes d’agriculture durable.
L’écrivain agricole Australien Grame Sait estime que “si nous pouvions
accroître de 1,6 % la matière organique sur les 8,5 % de la surface
planétaire qui est cultivée, nous pourrions séquestrer sans problème les
100 ppm supplémentaires de CO2 que l’humanité a libérés dans
l’atmosphère.”
Quant au second gaz à effet de serre, le protoxyde d’azote ou N2O, nous
n’avons pas d’études précises permettant de chiffrer sa réduction par une
reconversion à l’agriculture biologique. Rappelons que ce gaz est généré
par l’épandage et le processus de dégradation dans les sols des engrais
azotés ainsi que par le tassement des sols lié à un travail du sol
intense.
Quant au troisième gaz à effet de serre, le méthane, ou CH4, il est généré
par la fermentation entérique des ruminants et les fosses à lisier. Nous
serions enclins à remettre en question la consommation inconsidérée de
viande dans les pays occidentaux. La consommation de viande, au niveau
planétaire, rappelons-le, est passée de 44 millions de tonnes en 1950 à
265 millions de tonnes en 2005. Et cette tendance ne fait que s’amplifier.
Rappelons également qu’il faut, en agriculture intensive, près de 100 000
litres d’eau pour produire 1 kilo de viande de boeuf et que l’Amérique
latine est ruinée par la culture du soja transgénique pour produire de la
viande consommée par les nantis de la planète.
En conclusion, s’il est vrai que le CO2 n’est pas le seul gaz à effet de
serre imputable à l’agriculture intensive, il reste que sa séquestration
par l’agriculture biologique permet non seulement de limiter le
réchauffement climatique mais accroît aussi de façon incroyable la
fertilité des sols. Nous ne pouvons pas développer cet aspect dans le
cadre limité de cet article mais nous pouvons d’ores et déjà renvoyer le
lecteur à une technique amazonienne connue sous le nom de Terra Preta, que
l’antenne de Kokopelli a pu expérimenter dans le sud de l’Inde avec des
résultats spectaculaires et qui permet de plus de “séquestrer” le carbone
sur de très longues périodes de temps.
On ne peut que remercier la FAO pour ses prises de position radicales
quant à la nécessité de reconvertir l’agriculture à des pratiques
écologiques. Il est vrai qu’il lui a fallu quelques dizaines d’années pour
en arriver à cette conclusion!
Les documents de travail que la FAO vient de publier lors de son congrès
international de mai 2007 sur l’Agriculture biologique constituent une
base de travail excellente pour toute institution désireuse sincèrement de
mettre en place une agriculture durable.
Nous ne doutons pas que le gouvernement de Messieurs Sarkozy-Juppé, dans
le cadre de sa révolution écologique, va se saisir de cette occasion
unique pour interdire de suite tous les pesticides, toutes les chimères
génétiques, tous les fertilisants de synthèse et promouvoir la
reconversion de la totalité de la surface cultivée française à des
pratiques d’agriculture biologique.
Et pourquoi pas de promouvoir la protection de la biodiversité
alimentaire, ce qui permettrait à l’Association Kokopelli de respirer un
peu et de ne plus être harcelée de procès à répétition parce qu’elle
distribue des variétés anciennes non inscrites sur le catalogue national.
Dominique Guillet. Le 1er juin 2007.
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