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8 juin 2005. Marc Gallichan
Sao Paulo, collaboration
spéciale, La Presse
http://www.cyberpresse.ca
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Les disputes sanguinaires autour des
conflits sur la terre en Amazonie, au Brésil, semblent être sans fin. D'un
côté, les entrepreneurs forestiers, les miniers, les agriculteurs -
principaux coupables du défrichement de la forêt tropicale - et des paysans
sans terre luttant pour des lopins de terre. De l'autre, les Indiens qui
revendiquent leurs terres ancestrales.
Il aura fallu
l'assassinat de la missionnaire américaine Dorothy Stang à Anapu, dans
l'État du Par, le 12 février dernier, par des pistoleros à la solde
d'exploitants forestiers et de trois autres meurtres en une semaine pour que
le président Lula se décide à autoriser la création d'une réserve et d'un
parc national pour espérer mettre un terme aux confrontations et de freiner
la dévastation de l'Amazonie.
Mais pour les groupes de défenses indigène, il est futile de penser qu'on
peut pacifier la région et protéger la forêt sans penser aux droits des
Indiens, constamment bafoués par les Blancs.
«Les réserves indiennes se trouvent pour la plupart dans des régions
convoitées. Que ce soit pour le bois, les diamants ou pour toute autre
richesse naturelle, nombreux sont les tiers prêts à tout pour les extraire»,
explique Eden Magalhoes, secrétaire administratif du Conseil indigéniste
missionnaire (CIMI), organisme de défenses des droits de ce groupe lié à
l'Église catholique.
C'est le cas
de la réserve de Raposa Serra do Sol. Cette étendue fait la frontière avec
le Venezuela, la Guyane et le mont Roraima - le sommet de plus de 2700
mètres qui a inspiré le roman Le Monde perdu d'Arthur Conan Doyle.
Dans cette région d'environ 2600 kilomètres carrés, les mines d'or et de
diamants clandestines pullulent et les campements blancs s'accélèrent. D'où
les conflits: les Blancs veulent y rester pour s'enrichir et les Indiens les
en chasser.
Trop de terre pour peu de gens, affirme un segment de la population rurale.
Les défenseurs de la cause indienne rétorquent qu'elle est plus qu'un moyen
de subsistance pour ces peuples. «Donner ce droit signifie, assurer le
développement de leurs cultures et traditions», complète Ana Valéria d'une
ONG qui défend ces communautés, l'Institut socio-environnemental (ISA).
Pour M. Magalhoes, ces mêmes exploitants sont les premiers responsables du
recul de la forêt, à mesure qu'ils la brûlent pour agrandir leurs terrains.
Il les accuse de n'avoir l'intérêt économique en tête et non celui de
l'Amazonie et des gens qui y vivent.
Préservation
Autre aspect à ne pas négliger: défendre les territoires indigènes garantit
la préservation d'un gigantesque patrimoine biologique et de connaissances
millénaires possédées par les populations indigènes.
Par exemple, les natifs de l'Amazonie connaissent plus de 1300 plantes
médicinales et plus ou moins 90 d'entre elles sont utilisées
commercialement. Environ 25 % des médicaments utilisés aux États-Unis
possèdent des substances actives dérivées de plantes des forêts tropicales.
Bien que peu nombreux, complète Ana Valéria, la diversité culturelle de ces
peuples est néanmoins une «richesse pour le Brésil». Vingt-deux pour cent de
l'Amazonie verte et intacte est entre leurs mains. «Ils détiennent une
connaissance profonde de leur environnement. Grâce à des formes
traditionnelles d'utilisation des ressources naturelles, ils savent protéger
la biodiversité. Raison de plus de leur accorder des zones protégées.»
La Constitution de 1988 reconnaît aux autochtones le droit aux territoires
traditionnellement occupés par ceux-ci. Pourtant, les incursions se
poursuivent.
Tant qu'une nouvelle politique indigène et que la question du bornage des
terres resterons «enterrées» à Brasilia, Eden Magalhoes ne voit pas comment
les conflits sur la terre cesseront.
Pure distorsion de la réalité déclare le président de la Fondation nationale
des Indiens (FUNAI), Mércio Pereira Gomes. «Le gouvernement de Lula a
homologué 47 réserves en deux ans. C'est plus élevé que pour n'importe
lequel de ses prédécesseurs. S'il ne s'agit pas d'un effort pour consolider
leurs droits et territoires, alors qu'est-ce que c'est?»
Des 600 zones indigènes reconnues par la FUNAI, 467 ont déjà leur processus
de délimitation amorcé. Ensemble, elles occupent plus de 10 % de la
superficie du Brésil. De ces 467, 84 % attendent l'enregistrement auprès des
notaires, l'ultime étape. Autour de 180 autres communautés rêvent toujours
de figurer sur la liste officielle des réserves indigènes du Brésil, calcule
le CIMI.
Ce sont plus de 345 000 indigènes, distribués parmi 215 ethnies, qui luttent
pour faire valoir leurs droits et conserver les territoires, où ils tentent
tant bien que mal de vivre selon leurs us et coutumes, protégés des
invasions blanches. |