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Mercredi 30 mars 2005
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Qui se méfie du soja ? Fleuron de la
nourriture végétarienne, qui dit soja entend nature, équilibre, santé...
Alors quelle surprise de découvrir que ce légumineux fait aujourd'hui
souffler un vent dévastateur sur la forêt amazonienne!
Le saviez-vous ? Le soja est l'un des produits les plus utilisés dans le
monde. Cette petite graine d'origine asiatique ne sert pas seulement à faire
bronzer nos rouleaux de printemps. Elle est aussi un ingrédient donnant de
l'épaisseur à la plupart des mixtures alimentaires industrielles. Et
surtout, depuis la crise de la vache folle, elle a définitivement remplacé
les farines animales dans l'écuelle de nos volailles, de nos bovins ou
encore de nos porcs.
Alors du soja, il en faut désormais des millions et des millions de tonnes
supplémentaires et, pour cela, d'immenses champs à cultiver. Où donc
pouvait-on trouver de telles surfaces ? Aux Etats-Unis ? Non, le plus gros
exportateur mondial de soja a déjà atteint la limite de ce qu'il peut
produire. Et puis, le soja transgénique n'est pas vraiment en odeur de
sainteté en Europe qui est tout de même le plus gros importateur de soja de
la planète. En Chine alors ? Là, c'est l'eau qui manque. Ainsi, le pays est
dernièrement passé du statut d'exportateur à celui d'importateur. Une petite
révolution qui fait les affaires du troisième plus gros producteur de la
liste:le Brésil.
Le Brésil connaît déjà bien cette culture qui s’est d’abord développée dans
le sud puis le centre-ouest du pays, et spécialement dans l’Etat du Mato
Grosso. Pour satisfaire la demande européenne et chinoise, les maîtres de
l’agrobusiness - petit cercle fermé de multinationales et de gros
propriétaires terriens dont l’influence s’étend jusque dans les couloirs du
parlement fédéral brésilien – n’ont rien trouvé de mieux que d’aller
s’implanter en Amazonie. Il faut dire que la région est alléchante: on peut
y acheter des millions d’hectares pour une bouchée de pain et le fleuve
Amazone est une voie royale d’exportation. Mieux, pour le soja et donc les
devises, le gouvernement est prêt à fournir toutes les infrastructures
nécessaires qui sont autant d’appâts pour les chasseurs d’eldorado.
Et la forêt équatoriale dans tout cela ? Officiellement, elle est protégée
par tout un arsenal d’instruments législatifs. Marina Silva, la Ministre de
l’environnement du gouvernement Lula se bat comme une diablesse pour dompter
l’avancée fulgurante et chaotique du soja en Amazonie. Malheureusement, ce
sanctuaire de la biodiversité, cette pièce maîtresse de l’équilibre
climatique qu’est le bassin amazonien est aujourd’hui entrée de plein pied
dans l’économie mondialisée.
Dans ce jeu d’argent,le seul espoir qui reste à cet océan végétal est que
les consommateurs de nos contrées demandent des comptes. Il faut y croire
car survoler des milliers de carcasses d’arbres fraîchement abattus est un
spectacle d’une infinie tristesse.
Virginie Monnet
Du côté de la planète - Amazonie: une menace nommée soja (15:27 min.)
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