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Par Arnaud AUBRON vendredi 06 mai 2005 (Liberation.fr)
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L'affaire n'aura pas traîné. En janvier, la
cour d'appel de Paris avait estimé que l'ayahuasca, liane originaire
d'Amérique latine aux effets hallucinogènes utilisée en décoction par des
guérisseurs, n'était pas interdite par la loi française et que ses adeptes
pouvaient donc en importer et en consommer en toute légalité, contrairement
à l'avis de la police et du parquet. Loin de s'avouer vaincues, les
autorités ont donc décidé fin avril de modifier la loi sur les stupéfiants
afin d'y inclure l'ayahusca en raison de ses «effets psychoactifs et d'un
potentiel d'abus avéré». Depuis mardi, date de publication de l'arrêté au
«Journal officiel», il est donc interdit de consommer en France toute
préparation contenant de l'ayahuasca. L'histoire commence en
1999. La mère d'un adepte français du
Santo Daime, groupe christiano-chamanique d'origine brésilienne qui
utilise l'ayahuasca en guise de sacrement, décide de porter plainte contre
ce qu'elle considère comme une secte dangereuse. Une occasion rêvée pour les
autorités, qui voient d'un mauvais œil le développement en France de petits
groupes d'adeptes de l'ayahusca surfant sur la mode du chamanisme. En
novembre 1999, les six dirigeants français du Santo Daime sont arrêtés. Et
mis en examen pour «trafic de stupéfiants». La police fait le raisonnement
suivant : l'ayahuasca contient, naturellement, de la DMT
(Diméthyltryptamine) ; la DMT et toute «préparation à base de DMT» étant
interdits en France, l'ayahusca le serait de facto. CQFD. Ratatouille et nicotine Pourtant, «dire que
l'ayahuasca est une préparation à base de DMT serait comme dire que la
ratatouille est une préparation à base de nicotine sous prétexte que la
nicotine est présente à l'état de trace dans les poivrons, les aubergines et
la tomate…», rétorque
Yann Bisiou, professeur de droit à l'université de Montpellier et membre
du conseil scientifique de la Mission interministérielle de lutte contre la
drogue et les toxicomanies (Mildt). En novembre 2003, le tribunal donne tout
de même raison à la police et au parquet et condamne les accusés à des
peines de quatre à dix mois de prison avec sursis. L'affaire paraît entendue,
mais les daimistes, qui s'estiment atteints dans leur liberté de religion,
font appel de la décision. Et l'emportent. Le 13 janvier, la cour d'appel de
Paris estime en effet que la présence naturelle de DMT dans l'ayahuasca n'en
fait pas une «préparation à base de DMT» et ne suffit donc pas à l'interdire
(«Libération» du 14 janvier 2005). Les daimistes jubilent. D'autant que la
cour ordonne aux autorités de restituer l'ayahuasca saisi lors des
perquisitions de 1999. «D'autres critères que
l'objectivité scientifique» Leur bonheur aura donc été
de courte durée : envisagée depuis quelques années déjà, l'interdict ion définitive de
l'ayahuasca est entrée en vigueur mardi. Pour Annick Darley et Frédérick
Bois-Mariage, qui rédigent actuellement une thèse sur l'ayahuasca, «tout
chercheur connaissant bien la littérature scientifique sur l'ayahuasca, ses
composants et ayant une expérience de terrain ne peut que conclure qu'il
s'agit d'une décision fondée sur d'autres critères que l' objectivité scientifique et
obéissant à des mobiles autres que la protection de la santé publique». Certains devraient pourtant
fort bien se satisfaire de cette interdiction : les organisateurs de voyages
d'initiation à l'ayahuasca dans la forêt amazonienne, qui pourraient voir là
une occasion de développer un business d'ores et déjà florissant. (1) Diméthyltryptamine. _________________________
Les thérapeutes et médecins qui utilisent
l'Ayahuasca - décoction de plantes médicinales d'Amazonie, utilisée comme
support psycho-actif de travail thérapeutique et/ou spirituel depuis 3000
ans - sont ravis de cette décision. |