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Principes
pour une politique de protection de la faune
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Hubert Reeves
le Avril 2002 :
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Sauver la
biodiversité !
Déclaration de Hubert Reeves dans le
cadre de la campagne de France Nature Environnement « De l'éco-citoyen à
l'éco-électeur »
On fait souvent état, sur le plan des
recherches en science agricoles, en pharmacopée, et d'une façon générale
en plusieurs domaines de l'industrie, des pertes qui pourraient résulter
de la disparition de certaines espèces végétales et animales.
Pour aborder cette question dans toute sa dimension, il me paraît
essentiel de nous extraire au départ de notre vision anthropocentrique de
la nature.
Les vivants existent de leurs pleins droits et n'ont pas à se justifier
d'exister. Les mots "espèces nuisibles" et "mauvaises herbes" ne sont que
le reflet de notre préjugé séculairement ancré ( jusque dans la Genèse...)
que les plantes et les animaux sont là pour nous servir ou nous réjouir et
que nous avons sur eux un droit discrétionnaire. En réalité nous sommes
une espèce parmi tant d'autres et, de surcroît face à l'appauvrissement de
la biodiversité dont nous sommes responsables, nous mériterions plus que
tout autre le nom d'espèce nuisible.
Chaque extinction est une perte irréparable, un désastre navrant. Il faut
rappeler que chaque espèce connue ou encore inconnue de nous est un
prodige de la nature, le résultat et l'aboutissement d'une évolution
biologique qui s'étend sur des millions et des milliards d'années.
C'est là la première et la plus importante justification de la
préservation de la diversité. Toutes les créatures ont le droit d'exister
et les êtres humains ont le devoir de les protéger et surtout de ne pas
provoquer leur extermination.
La seconde raison de préserver la biodiversité de la vie, c'est la
prodigieuse palette des formes et des couleurs, c'est la multitude des
comportements adaptatifs : cette richesse est essentielle à l'évolution
qui y puise les ressources nécessaires à son maintien et à sa poursuite.
Il ne faut rien en supprimer, et la garder intacte comme le garant d'un
futur à ne pas compromettre.
Chaque espèce est une merveille : une manifestation de la prodigieuse
inventivité et créativité de la vie qui s'est développée pendant des
centaines de millions d'années et dont nous sommes issus. Les spectacles
de l'épanouissement de la végétation au printemps, le retour des oiseaux
migrateurs, sont des éléments qui manquent de plus en plus cruellement à
l'humanité contemporaine largement confinée dans le béton urbain. Pouvoir
jouir de la beauté de la nature est essentiel à notre équilibre psychique.
Et je placerai en troisième place le potentiel économique et médical perdu
par l'appauvrissement de la biodiversité. La pharmacopée a largement
profité des connaissances médicinales traditionnelles des différentes
ethnies . Dans le vaste ensemble des plantes non-encore inventoriées ou
mal connues il y a sans doute d'importantes moissons de nouveaux remèdes
qui ne guériront personne si on les élimine.
Une évolution positive
L'existence de mouvements de protection de la nature me paraît être un
signe encourageant d'une évolution positive de l'humanité. Historiquement
plusieurs écrivains des siècles antérieurs se sont levés contre la cruauté
envers les animaux et d'autres ont célébré la nature. Mais, sauf erreur de
ma part, les activités organisées pour défendre les animaux sont
relativement récentes dans l'histoire de l'humanité . La naissance de ces
mouvements est certes reliée à la prise de conscience soudaine de l'effet
négatif de l'activité humaine sur l'environnement et la disparition des
nombreuses espèces.
Mais elle manifeste surtout l'émergence d'une compassion pour les animaux
associée à la volonté de prendre des mesures concrètes pour les défendre,
non seulement de l'extinction mais aussi des traitements qui leur sont
réservés. Et cela me paraît une évolution de la sensibilité qui pourrait
avoir une influence très positive sur l'histoire future des relations
humaines. Raison de plus pour soutenir la Ligue pour la préservation de la
faune sauvage et la défense des non-chasseurs.

Principes pour une politique de protection de la
faune
•
Premier principe
L'Etat, garant de l'intégrité écologique du
territoire, l'est de celle de la faune sauvage.
La Constitution fait du Président de la
République le « garant de l'intégrité du territoire ».
« S'agissant de l'intégrité écologique du territoire national et de
l'ensemble des êtres vivants qui le peuplent, c'est pour moi une priorité
qui s'inscrit dans une optique de solidarité entre les générations
futures. La France doit être exemplaire. »
Jacques Chirac le 16 avril 2002
(Courrier à la Ligue Française des Droits de l'Animal, et à diverses
personnalités dont Monsieur Hubert Reeves).
L'Etat ne peut donc se contenter de la gestion des seules espèces
chassables et pêchables. Il a en charge la protection de la faune sauvage
dans son ensemble. L'Etat se doit de protéger la nature, comme il protège
le territoire, le patrimoine historique, les libertés fondamentales, ou
l'enfance : l'Etat est par nature protectionniste. La gestion est un outil
pour assumer cette politique de protection de la nature.
• Second principe
Reconnaissance du statut d'« être sensible »
à tout animal sauvage.
Notre Ligue est attachée à la reconnaissance
du statut d' « être sensible » à l'animal sauvage et demande une
modification législative. L'art L. 214-1 du code rural est à reformuler
pour dire que : « Tout animal est un être sensible. Si l'animal a un
propriétaire, celui-ci doit le placer dans des conditions conformes aux
impératifs de son espèce ».
• Troisième principe
Protection intégrale de toutes les espèces,
avec un système de dérogations en vue de la chasse, de la pêche et dans
certains cas pour intérêt économique ou de santé publique. Les
prélèvements doivent dépendre du statut de conservation des espèces.
Le but de la politique publique vis à vis de
la faune sauvage n'est pas de gérer pour gérer mais d'assurer la
protection des espèces et des individus.
Cela nécessite la mise en place d'une protection intégrale des espèces
avec des dérogations pour des prélèvements cynégétiques et halieutiques
et, dans certains cas, pour la défense de la santé publique ou d'intérêts
économiques. Concrètement, l'ensemble des espèces, actuellement considéré
juridiquement comme « gibier », doit être protégé (interdiction de
destruction, de capture de mutilation, de détention, de
commercialisation). Des listes limitées déterminent les espèces dont le
prélèvement est autorisé par dérogation. Seule la chasse à des fins de
régulation peut être considérée comme un outil de gestion. La chasse de
loisir n'est pas de la gestion, raison supplémentaire pour qu'elle ne soit
pas autorisée sur des espèces vulnérables .
• Quatrième principe
La politique de protection des espèces
sauvages doit s'inscrire dans la politique globale de protection de la
nature.
La faune sauvage est étroitement dépendante
des milieux naturels où elle se reproduit ou s'alimente. La « gestion »
des espèces sauvages ne peut s'envisager en dehors de celle des milieux
qu'elles occupent.
• Cinquième principe
Toutes les composantes de la société sont
concernées par la politique de protection de la faune sauvage que le Code
de l'Environnement (article L110-1) définit comme « patrimoine commun de
la nation » .
Le but de toute politique publique est aussi
de prendre en compte les aspirations de l'ensemble de la société. Il en
découle que la faune ne peut, ni ne doit, être confisquée pour des
intérêts corporatistes : toute politique qui aurait comme seul fondement
le prélèvement des espèces (ou de certaines d'entre elles) s'éloignerait
des objectifs de protection auxquels la société civile aspire pour
l'ensemble de la faune.
http://www.roc.asso.fr
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