| 21 avril 2001. On s'est
habitué à la célèbre Dolly, mais peut-on imaginer s'habituer un jour à voir un être
humain cloné? Telle est la question qu'il faut aujourd'hui se poser, de toute urgence. En
Grande-Bretagne en tout cas, le cas a été tranché.... Hier, le gouvernement britannique a annoncé son
intention d'interdire le clonage d'êtres humains. Le ministre de la Santé Alan Milbrun
s'en est expliqué. «Le gouvernement britannique espère ainsi apaiser les craintes du
public face à un secteur plein de promesses du point de vue scientifique, mais qui peut
aussi donner lieu à des dérives.»
De fait, le clonage d'êtres humains
soulève autant d'espoirs que d'inquiétudes. Le monde scientifique, fébrile à la
perspective du potentiel du clonage, défend cette idée à des fins thérapeutiques. Et
à raison, sans doute. Mais quand on clone des embryons humains afin d'utiliser leurs
cellules comme pièces de rechange, ne risque-t-on pas de franchir un point de non-retour?
Ne risque-t-on pas de se laisser tenter par l'expérience de la constitution d'embryons
destinés à devenir... des individus? Chaque acceptation du clonage, aussi minime
soit-elle, n'est-elle pas un pas vers une véritable démultiplication des individus?
C'est tout le débat. Un débat qui
divise farouchement les hommes. Il y a ceux qui défendent le clonage à usage
médical mais refusent le «clonage pour le clonage». Il y a ceux qui défendent les
deux, et puis ceux qui refusent les deux. Qui a raison?
En Belgique, la proposition sénatoriale
de la Commission d'éthique estime que la constitution d'embryons non destinés à
devenir des individus est acceptable. Une opinon que partagent sans doute, et c'est bien
compréhensible, ceux qui ont vécu de près le calvaire d'un malade incurable et qui ont
payé au prix fort le manque de cellules saines que peut offrir le clonage d'embryons.
Mais peut-on s'empêcher d'imaginer un
scénario catastrophe: un homme démultiplié? Déshumanisé? Pire encore, on
s'imagine que peut-être quelque part, en ce moment même, une équipe est à deux doigts
de réussir ce défi scientifique ultime: le clonage d'un être humain.
Françoise GILSON
 
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