Le Japon vient
d'interdire le clonage humain.. Toute tentative est désormais passible de 10 ans de
réclusion et d'une amende pouvant aller jusqu'à 87000 dollars
Deux apprentis
cloneurs prêts à s'attaquer à l'humain
Leurs motivations pour tenter l'expérience restent floues.
Par DENIS DELBECQ
Libération du mercredi 31 janvier 2001
Les aventuriers de la procréation ont encore frappé. Lundi, deux chercheurs ont
annoncé leur intention de cloner un être humain «d'ici dix-huit mois à deux ans».
Le gynécologue italien Severino Antinori et Panayiotis Zavos, un spécialiste de la
stérilité masculine basé aux Etats-Unis.
Jusqu'à présent, les seules déclarations d'intention sur le clonage humain
émanaient du physicien américain Richard Seed et de la secte Raël. Cette fois, il
s'agit de spécialistes de la procréation. Antinori s'est illustré en Italie pour avoir
développé une technique qui avait fait scandale, permettant la grossesse chez les femmes
ménopausées: en 1994, une «mamie-mère» de 63 ans avait ainsi donné naissance à un
petit garçon. Son acolyte n'est pas un inconnu non plus: outre son activité de recherche
universitaire, qui lui a valu une solide réputation, Zavos a créé un business très
rentable autour de la stérilité masculine: kits d'analyse de sperme, congélation de
cellules à la demande, etc.
Risques. Les deux hommes font peu de cas des problèmes liés au clonage. Des
risques soulignés fortuitement hier par le père de la brebis Dolly (1). Chaque
expérience nécessite en effet plusieurs centaines de tentatives et, surtout, «plus
de la moitié des clones meurent rapidement après leur naissance ou sont mal formés,
souligne Bernard Jegou, de l'Inserm, qui s'insurge. Peut-on se permettre cela avec des
êtres humains? Il n'y a aucune justification à de tels actes. C'est scandaleux». Et
ce ne sont pas les arguments d'un appui aux couples stériles avancés par les deux
apprentis-cloneurs qui le feront changer d'avis. Pas plus que le généticien
Jean-François Mattei, député, qui juge l'annonce «révoltante».
Zavos et Antinori affirment avoir trouvé un pays d'accueil pour pratiquer leur cuisine
cellulaire. Dans un «pays méditerranéen». Pour Bernard Jegou, on «atteint
le summum du tourisme procréatif. C'est un ultime avatar de la mondialisation». Il
estime que de nombreux pays de la région disposent des infrastructures nécessaires.
Notamment l'Algérie, le Maroc, la Tunisie et la Turquie.
Turcs laxistes. Les autorités d'Ankara ont fermé les yeux sur des expériences
qui auraient rencontré des obstacles administratifs ailleurs. Notamment la reproduction
à partir de spermatozoïdes immatures (spermatides) réalisée en 1999 sous l'égide de
Jan Tesarik, conseiller scientifique au Laboratoire d'Eylau à Paris. La Turquie a bien
signé en 1998 un protocole du Conseil de l'Europe interdisant le clonage humain, mais
elle n'a toujours pas ratifié le texte. Pas plus que la France, l'Allemagne ou la
Grande-Bretagne, d'ailleurs. Sur les 42 membres du Conseil, 24 ont signé le protocole qui
doit entrer en vigueur en mars. Et cinq seulement l'ont fait ratifier par leur Parlement
(Géorgie, Grèce, Slovaquie, Slovénie et Espagne).
Pour Bernard Jegou, il y a urgence pour une interdiction du clonage humain à
l'échelle internationale. Mais le chercheur s'interroge sur les motivations réelles
d'Antonori et Zavos. «Peut-être s'agit-il d'un coup de bluff. De toute façon, qu'ils
tentent l'expérience ou pas, ils rempliront leurs cliniques. C'est l'argent qui les
motive».
(1) Dans Nature Genetics de février 2000.
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Le
clonage humain: quand la science touche à l'arbre du bien et du mal
Jean-Claude Leclerc (Le Devoir)
Le lundi 29 janvier 2001
Bien que le Parlement britannique ait posé des conditions et des limites
au clonage humain, les scientifiques et les éthiciens ne s'entendent
guère sur la valeur et la portée de la recherche dans le domaine -
jusqu'ici inaccessible - de la création de la vie.
Bien sûr, le but avoué de cette entreprise n'est pas de fabriquer des
êtres humains, mais de découvrir les règles du fonctionnement intime de
l'organisme, et de mettre au point des traitements et des médicaments
capables d'enrayer des maladies ou des infirmités ayant résisté jusqu'à
maintenant à la médecine.
Mais plus d'un observateur redoute que ces découvertes n'entraînent des
abominations: l'avortement obligatoire des sujets «tarés», la sélection
d'enfants «supérieurs», l'apparition de «monstres» nocifs, la
fabrication d'humanoïdes voués à l'esclavage ou au transfert
d'organes... Sans parler du commerce de tissus humains.
Des expériences du genre sont peut-être déjà en marche dans des
laboratoires peu connus des autorités et du public. L'hypothèse en était
évoquée par le doyen de l'école de médecine de Harvard, le Dr Joseph
Martin, lors d'une récente discussion de sommités scientifiques avec
Michael Valpy, ethics reporter au Globe and Mail.
Il est possible que le Canada suive bientôt l'exemple de la
Grande-Bretagne, encore qu'Ottawa semble peu pressé de faire face aux
protestations venues, notamment, des milieux religieux, dont l'Église
catholique, contre ces tentatives de «jouer au créateur» et de passer
outre au caractère sacré de la vie humaine.
Scientifiques divisés
Il fait peu de doute qu'une fois connu le mécanisme interne de
construction et de rénovation des cellules vivantes, les applications
médicales et sociales, des plus attendues aux plus redoutées, ne vont
pas tarder à se répandre, à la fois sous la pression de la demande
populaire et la poussée de la cupidité industrielle.
En pratique, l'autodiscipline attendue des scientifiques ne tient guère,
car ils sont divisés sur la question. Pour certains, du reste, c'est aux
parlementaires et au public qu'il revient de définir les limites
éthiques des recherches comme des applications qu'on peut en tirer pour
la santé. À en juger par les réactions populaires à la «vache folle» ou
aux aliments génétiquement modifiés, le clonage humain risque toutefois
de se heurter à un mur, du moins en Occident.
Par contre, depuis qu'on a cloné des animaux et qu'on peut le faire
aussi pour les humains, quel couple ayant perdu un enfant ne va pas
rêver de le retrouver par ce «miracle» de la science? En réalité,
l'ignorance prévaut encore souvent ici. Sait-on qu'il a fallu jusqu'à
300 essais avant de créer Dolly, la célèbre brebis? Les scientifiques
soulignent aussi qu'un enfant est fait non seulement de matière
génétique, mais toute sa vie de mille et un apports culturels.
Plus plausible mais non moins spectaculaire, la sélection d'un embryon
sans défaut et biologiquement compatible a permis au couple Jack et Lisa
Nash, de Denver, de sauver leur fille (et de lui donner un frère qui ne
soit pas frappé de la même anémie mortelle). D'aucuns ont réprouvé cette
expérience, mais quels parents placés en pareille situation voudraient
renoncer à un tel bienfait?
Non moins ambitieuses sont les percées, prédites pour bientôt, dans le
traitement du cancer, du diabète, de la dystrophie musculaire, des
maladies du coeur et des troubles neurologiques... Toutefois, notent
aussi les scientifiques, si plusieurs maladies sont causées par des
failles dans le système humain, elles le sont aussi par des éléments
extérieurs. Pollution de l'environnement, stress social, contamination
alimentaire, par exemple, font partie du problème, et aucun laboratoire
ne sait comment les éliminer.
Personne ne soutient plus que la société telle que nous la connaissons
est naturelle et qu'il ne faudrait pas tenter de l'améliorer. Mais
maintes confessions professent une conception selon laquelle la nature,
elle, serait sinon parfaite du moins achevée dans les espèces vivantes.
(En réalité, les recherches sur la reproduction montrent que la nature
est un laboratoire qui rejette encore presque autant de cellules qu'elle
n'en mène à terme et que ses «produits», surtout dans l'espèce humaine,
sont encore pleins de défauts.)
Et les philosophes ?
Le Daily Telegraph de Londres - dans la foulée de la décision de
Westminster et du clonage du singe ANDi en Oregon - a demandé l'avis de
sept philosophes sur la question. Eux aussi sont divisés. Le linguiste
Noam Chomsky, qui craint la «torture» des animaux, entrevoit néanmoins
des avantages pour la santé, mais souhaite davantage de contrôle et
l'évaluation de ces expériences.
Le biologiste Michael Ball trouve que l'expérience faite sur «ANDi» est
injustifiée moralement et inutile au plan scientifique. Son collègue
d'Oxford, Sir Michael Dummet, n'a pas ces scrupules, mais il se désole à
la pensée que les riches aient de magnifiques poupons et que les pauvres
doivent «supporter ce que Dieu leur envoie».
Pour John Harris, bioéthicien à l'Université de Manchester, l'évolution
elle-même produit des changements génétiques, mais sa performance a été
à ce jour décevante. «Elle a laissé plein de maladies, qui ont causé une
misère indicible», dit-il. Aussi ne répugne-t-il pas à cet athée qu'une
résistance nouvelle aux maladies «permette aux gens de vivre des
centaines d'années plus longtemps».
Son collègue philosophe de l'Université Stanford, en Californie, Richard
Rorty, n'a pas peur des scénarios catastrophistes. Pour lui, il n'y a
pas lieu d'arrêter les recherches, même si elles apportent en même temps
que la guérison des virus la possibilité de la guerre bactériologique.
C'est dérangeant, dit-il, mais en science maints changements le sont.
Hésitant à évoquer le spectre du docteur Mengele d'Auschwitz, le
Britannique Roger Scruton, parlant de la nouvelle vague des chercheurs
en médecine, estime néanmoins qu'elle mène ses expériences en rejetant
comme désuètes toutes références à des valeurs absolues ou au caractère sacré de la vie. Un monde sans
jeunes autres que des clones et dominé par des supervieux dévorant les ressources de la
planète lui donne des cauchemars.
À mesure que ces recherches et les fonds considérables qui s'y dépensent
vont être mieux connus du public, la question éthique va se poser.
Faut-il dépenser des milliards pour entretenir l'illusion que des
enfants parfaits peuvent être créés, non d'abord par l'éducation et
l'affection, mais en laboratoire? Par contre, la perspective d'éliminer
enfin certaines maladies suscite des espoirs plus justifiables.
À cet égard, le docteur Judah Folkman, chirurgien et cardiologue
américain réputé, soulignait au Globe les percées qui peuvent être
faites quand cliniciens et chercheurs travaillent de concert.
C'est ainsi qu'on a découvert que des tumeurs bénignes temporaires
déclenchent un retard intellectuel chez l'enfant. Mais il rapportait
qu'ailleurs dans le monde, à l'entrée de l'hôpital, on pouvait trouver
le matin une vingtaine d'enfants morts de diarrhée durant la nuit.
Quand des millions de gens, frappés par exemple du VIH en Afrique, sont
laissés sans traitement, la bioéthique apparaît comme un luxe. On n'a
pas encore trouvé, en tout cas, le gène qui cause la plaie de
l'indifférence.
Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal
©Le Devoir 2001
http://www.ledevoir.com/chro/2001a/chle290101.html
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Des chats à
neuf vies grâce au clonage
Une compagnie américaine offre un service de congélation d'ADN de chats et de chiens.
Bientôt, promet-elle, on pourra s'en servir pour cloner des compagnons disparus. À
condition d'avoir un gros budget.
Le jour n'est pas loin où votre chat aura vraiment neuf vies. Tout comme votre chien,
d'ailleurs. Une entreprise texane, Genetic Savings and Clone, offre actuellement un
service d'entreposage et de conservation d'ADN de chien et de chat. Ses chercheurs
travaillent actuellement à mettre au point les techniques de clonage pour ces animaux, de
sorte que d'ici cinq ans, on pourra cloner votre toutou décédé et en faire une copie
conforme.
L'entreprise est issue d'un projet amorcé à l'Université A&M, au Texas, quand un
milliardaire anonyme a offert 2,3 millions de dollars à des chercheurs pour qu'ils
clonent Missy, son chien collie. Le projet, appelé « Missyplicity » n'a pas encore
complètement abouti, mais on sait maintenant comment conserver des tissus d'animaux
congelés en vue d'un clonage éventuel. À la recherche sur les chiens s'est ajouté un
projet concernant les chats, « Copy Cat ».
Conserver l'ADN de toutou ou de minou pour la postérité n'est pas donné. Congeler ses
gènes coûte actuellement de 1 000 à 3 000 dollars, plus des frais d'entreposage de 100
dollars par année. Quant au clonage, il grèvera encore plus sérieusement le budget des
amateurs : environ 200 000 dollars au début, un tarif qui devrait se stabiliser à 20 000
dollars après quelques années.
L'inscription à la banque d'ADN peut se faire en ligne, sur Internet. L'échantillon de
tissus est prélevé dans la bouche ou dans l'estomac par un vétérinaire, puis expédié
congelé. Le prélèvement peut être effectué jusqu'à une semaine après la mort de
l'animal. Genetic Savings and Clone, qui fait aussi du clonage de bovins, admet que les
futurs clones de chats et de chiens ne seront pas parfaitement identiques à l'original,
notamment en ce qui concerne la personnalité de l'animal.
Philippe Gauthier. http://www.cybersciences.com
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Clones : le cirque ou quoi?
11 juillet 2001. Ian Wilmut
: Non au clonage des hommes ! http://www.cybersciences.com/Cyber
Cloner une brebis passe toujours. Mais les humains, pas du tout ! C'est l'inventeur du
clonage animal qui le dit. Une entrevue exclusive. |
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