http://www.larecherche.fr/Les Etats-Unis se dirigent vers une interdiction du clonage
reproductif humain
WASHINGTON, 2 août 2001 (Agence Française de Presse) - Les Etats-Unis ont fait un
pas vers l'interdiction totale du clonage humain, après l'adoption par la Chambre des
représentants d'un projet de loi criminalisant toute forme de clonage humain, y compris
le clonage thérapeutique au grand dam de la communauté scientifique.
Introduit par le représentant républicain de Floride
David Weldon, le projet de loi sur l'interdiction du clonage humain (Human Cloning
Prohibition Act) qui a reçu le soutien de l'administration Bush, doit
encore être adopté par le Sénat avant d'être promulgué par le président,
ce qui pourrait prendre quelques mois.
Le texte interdit la création d'un embryon humain par clonage, que ce
soit à des fins reproductrices ou thérapeutiques. Il prévoit une peine
maximum de dix ans d'emprisonnement et une amende d'au moins un million
de dollars.
Réagissant au vote de la chambre basse, le chef de file de la majorité
démocrate au Sénat, Thomas Daschle, n'a pas fait mystère mercredi de
l'aversion générale que suscite la perspective du clonage humain chez
les parlementaires.
"Je pense que pratiquement chacun de mes collègues au Sénat est opposé
au clonage humain. Je suis moi-même très mal à l'aise par rapport au
clonage, même celui à vocation thérapeutique", a déclaré M. Daschle.
L'administration Clinton avait décrété en 1997 un moratoire de cinq ans
sur les expériences de clonage humain financées par l'argent public
mais, jusqu'à présent, la loi ne règlementait pas le secteur privé.
Face à ce vide juridique et en dépit des dangers mis en avant pas les
chercheurs, plusieurs groupes ou individus peu scrupuleux ont annoncé
publiquement leur intention de cloner un être humain et de le faire
naître, forçant les parlementaires à agir.
Mais la perspective d'une interdiction du clonage thérapeutique suscite
une forte désapprobation au sein de la communauté scientifique
américaine et des organisations de défense des droits des malade qui
font le distingo entre le clonage reproductif, auquel elles sont aussi
totalement opposées, et le clonage thérapeutique qu'elles appellent de
leur voeux.
Le clonage thérapeutique vise à produire en série des embryons
uniquement afin d'en extraire leurs cellules-souches. Ces cellules
embryonnaires indifférenciées sont jugées très prometteuses par les
chercheurs pour les greffes et remplacements d'organes et le traitement
de maladies mortelles pour l'instant incurables.
Une telle technique permettrait, en outre, d'éviter le recours
controversé aux embryons humains créés par fertilisation in vitro ou aux
foetus avortés.
"Il est extrêmement malheureux que les vies de millions de personnes
aient été décidées en quelques heures de débat", déplore Tom Tureen, le
porte-parole d'Advanced Cell Technologies (ACT), une société du
Massachusetts pionnière dans la recherche sur le clonage et les
cellules-souches, joint par téléphone par l'Agence Française de Presse.
Le grand avantage du clonage humain thérapeutique, souligne-t-il en
effet, est que l'on peut créer un embryon cloné à partir de l'individu
que l'on souhaite traiter, ce qui permet de parvenir à une
"correspondance génétique parfaite" et d'éviter ainsi les rejets de greffe.
"La seule façon de réaliser les promesses des thérapies cellulaires est
le clonage humain thérapeutique", insiste-t-il.
Se disant "fortement décue", Myrl Weinberg, présidente du National
Health Council (conseil national de la santé), qui regroupe 50
organisations de malades, professionnels de santé et assureurs, a promis
de se battre pour que le Sénat laisse la porte ouverte au clonage
thérapeutique.
"Nous avons été très surpris par ce vote. Il va nous falloir éduquer les
sénateurs et les aider à comprendre cette question complexe",
déclare-t-elle, à l'Agence Française de Presse."
© 2001 Agence Française de Presse
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Bush va financer les cellules souches.
Mais il limite l'aide publique
à la recherche sur les embryons déjà morts
Par PASCAL RICHÉ
Libération des samedi 11 et dimanche 12 août 2001
| En
limitant la recherche, Bush a fait un compromis qui convient aux anti-avortement, sans se
mettre à dos les scientifiques. |
|
Washington, de
notre correspondant C'est dans un solennel
message à la nation, lu jeudi à 21 heures locales depuis son ranch de Crawford (Texas),
que George W. Bush a annoncé sa décision d'autoriser le financement public de la
recherche sur les cellules souches issues d'embryons humains, tout en le limitant aux
seules lignées de cellules déjà développées en laboratoire. Opposé à l'avortement,
George W. Bush exclut d'aider la création de nouvelles lignées de cellules, car cela
supposerait la destruction de nouveaux embryons. Pour ce qui est des lignées existantes
(une soixantaine dans le monde), «la décision sur la vie ou la mort (des
embryons, ndlr) a déjà été prise», a argué le Président pour justifier sa
position.Pendant dix minutes, très grave, Bush a résumé la difficulté de son dilemme,
raconté ses nombreuses consultations, évoqué les espoirs que ces recherches offrent
pour la médecine, réaffirmé ses convictions morales: «J'ai pris cette décision
avec un grand soin, et je prie pour que ce soit la bonne», a-t-il conclu.
Pressions. Il s'agissait de son premier message
adressé aux Américains. Une telle mise en scène peut surprendre sur un sujet
scientifique aussi complexe, mais elle est à la mesure, ou plutôt la démesure, du
débat public qui l'a précédée. Pour Bush, cette décision était aussi un exercice
politique à haut risque: fidèle à sa base la plus conservatrice, il avait promis,
pendant la campagne, de ne pas financer les recherches entraînant des destructions
d'embryons. Mais la communauté scientifique, qui craint d'être «doublée» par les
laboratoires européens ou japonais, a multiplié les pressions. Par ailleurs, les
sondages ont montré que l'opinion publique était très favorable à ces recherches, qui
annoncent une véritable révolution de la médecine. D'ici une vingtaine d'années, il
sera possible, en produisant des tissus de cellules souches, de soigner de nombreuses
maladies: Parkinson, Alzheimer, diabète, certains cancers...
La décision mi-chèvre mi-chou a déclenché des
réactions variées. Le New York Times parle, dans un éditorial sévère, d'une «dérobade»
qu'il met au compte d'une «peur continuelle de froisser la droite du Parti
républicain». Certains scientifiques saluent «un pas dans la bonne direction»,
mais la plupart déplorent les limitations imposées: les lignées de cellules sont encore
trop peu nombreuses pour assurer une diversité génétique intéressante, et certaines
risquent de s'éteindre.
Couvert. Les groupes antiavortement, pour leur part,
ont réagi avec compréhension: Bush «a courageusement respecté sa promesse de
protéger les enfants qui ne sont pas encore nés», a même déclaré James Dobson,
président de Focus on the Family. Seuls les plus radicaux, à commencer par l'Eglise
catholique, ont jugé l'arbitrage présidentiel «moralement inacceptable». En
choisissant de rester en équilibre entre religion et science, Bush évite donc le
désastre politique. Plusieurs des ténors du combat antiavortement l'avaient par avance
«couvert». Orrin Hatch, sénateur de l'Utah, avait ainsi pris bruyamment la défense des
recherches, déclarant qu'«on ne pouvait mettre sur le même plan un enfant vivant
dans un ventre, bougeant ses doigts, et au cur qui bat, avec un embryon sorti d'un
congélateur». Au final, pour Bush, le seul vrai dégât de l'affaire porte sur son
début d'idylle avec l'Eglise catholique, qu'il essaye depuis son élection de faire
tomber dans la sphère d'influence des républicains. |
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