Le clonage a remis le «tout génétique» à sa place,
estime Jean-Paul Renard
ANNE-MURIEL BROUET
Publié le 16 novembre 2004
Les échecs de clonage humain ont presque fait oublier que des centaines de
mammifères, au patrimoine génétique identique, se multiplient dans les
laboratoires depuis la naissance et surtout la mort de Dolly. Le
professeur Jean-Paul Renard, directeur de l'Unité de biologie du
développement et biotechnologie à l'INRA, et père de la première génisse
clonée, était lundi soir à Genève pour aborder la question du clonage chez
les mammifères (*).
Que nous a apporté la naissance de Marguerite?
Elle est venue confirmer qu'il était possible d'obtenir des animaux après
un transfert de noyaux de cellules différenciées. Morte après sept
semaines, elle nous a aussi montré que le clonage pouvait s'accompagner
d'anomalies qui apparaissaient tardivement, c'est-à-dire pas au cours de
la gestation mais après la naissance.
Le taux de succès s'améliore-t-il?
Cela dépend beaucoup des espèces. D'une façon générale, la technique reste
très peu efficace: entre 5% et 10%, au mieux, des tentatives donnent des
animaux viables. Toutefois, c'est déjà beaucoup, car on possède maintenant
un recul suffisant pour obtenir des animaux, notamment des vaches ou des
rats qui sont physiologiquement d'apparence tout à fait normale.
Le clonage pourrait-il servir à une sélection des
espèces?
Techniquement, c'est déjà possible. Mais est-ce judicieux? On peut relever
deux applications extrêmes. D'une part, fabriquer le clone d'un taureau et
le mettre dans les alpages pour favoriser la reproduction naturelle. Des
projets existent déjà en Asie, en Australie ou en Argentine. L'autre
extrême consiste à prendre les cellules d'un animal et à les modifier
génétiquement pour qu'il développe une résistance à une maladie. On peut
ainsi refaire une lignée d'animaux résistante. L'avantage est qu'on le
fait en une seule génération alors qu'avec la sélection, il en faut
plusieurs.
A quand de la viande de clone dans nos assiettes?
De clone non, mais d'un descendant, peut-être. Les Argentins disposent de
taureaux clonés, ils vont les mettre dans la pampa et un jour les petits
veaux seront vendus en Europe. Et comme par définition il n'existe aucune
trace génétique, on mangera certainement un jour des descendants de
clones.
Est-ce vraiment un problème?
C'est le même débat que celui des OGM. Les Américains répondent qu'il ne
faut pas avoir peur: l'animal est normal. En Europe, on répond que ce
n'est pas le fait que l'animal soit normal, c'est le mode de production
qui importe. Aujourd'hui toutefois, on n'a pas encore assez de recul pour
savoir si la descendance se porte bien.
(*) Le XIe colloque Wright se tient jusqu'au 19 novembre 2004 à Uni
Dufour, conférence à 18h30. Renseignements: www.colloque.ch.
Repères
5 juillet 1996: naissance de Dolly, premier mammifère cloné, en
Grande-Bretagne. Il a fallu 277 embryons. Souffrant d'une maladie
pulmonaire incurable, elle a été euthanasiée le 14 février 2003.
20 février 1998: naissance de Marguerite, première génisse clonée, en
France. Elle décède sept semaines plus tard d'une maladie du système
immunitaire.
Depuis porcelets, chatons, ratons, lapereaux, veaux, poulains, souriceaux
clonés sont nés sur les cinq continents. Rien qu'en Amérique du nord, on
considère qu'il y a plusieurs centaines de mammifères clonés. La plupart
sont fertiles.
Le taux d'échec des tentatives de clonage est en constante diminution.
Entre 5 et 10% se soldent aujourd'hui par un succès et donnent des animaux
viables. (amb)