hLe 19 septembre 2006 : Un travail bénévole de Sophie Miranda que nous remercions vivement.

TOUT EN BAS! Ascenseur express

Dominique Guillet

Planète Terre, planète Désert

 

Le 20 décembre 2006, un travail bénévole de Sophie Miranda.

Sophie Miranda, le 19 mars 2007

Sophie Miranda, le 31 janvier 2007

Sophie Miranda, le 31 janvier 2007

 

Vos réactions

 

De rebirth03, le 24 mai 2007 :

Bonjour,

Ayant eu l'occasion de lire votre article "Planète
Terre, Planète Désert ?" (grâce à une personne qui
donne beaucoup de son temps pour alerter sur les
dangers que court la Terre), je voulais vous féliciter pour la qualité de celui-ci. Grâce à lui j'ai appris beaucoup de choses.

Encore bravo !

 

 

De Pierre Hofman, le 11 mai 2007 :

Félicitations pour ce travail si approfondie de Dominique Guillet... mettant en évidence l'avancée du désert sur terre, avec toutes les dérives que cela occasionnent... ce travail si bien élaboré, devrait être traduit dans de multiples langues et envoyer, pétition à l'appui, aux différents dirigeants, pour leur faire prendre conscience, qu'il est peut-être temps de faire quelque chose, dans l'immédiat pour la planète... malheureusement il est à craindre qu'ils ont pour la plupart ...déjà..."les portugaises... ensablées"

 

De Claude, le 8 mai 2007 :

nous sommes en tant qu'être humain moins qu'un grain de sable nous sommes nés poussière et y retournons tout droit !
et cela
même si l'humanité devenait raisonnable...

j'ai beaucoup apprécié cet exposé et j'ai noté au passage que l'hypocrisie finit toujours par payer, foi du chargé de mission à la sécurité nucléaire sur le passage du nuage de Tchernobyl. Il va sans doute se racheter, du moins on peut toujours espérer, un pacte a été signé.

 

 

De Chantal, le 8 mai 2007 :

précis et hallucinant !

 

De Francine, le 7 mai 2007 :

Pour répondre à ce long et très intéressant article de D.Guillet, je dirai que
le mieux est de le faire parvenir à notre nouveau Président M.Sarkozy qui s'est
engagé hier à lutter pour l'environnement et la planète.
Il était sûrement sincère mais manque sûrement d'éléments de connaissance.
Comment l'abonner à Terre Sacrée afin qu'il découvre ce qui se passe sur la
Terre?
merci de vos articles et de votre passion!
Francine

 

 

De Hervé Thomas, le 6 mai 2007 :

La lecture de ce texte me remue la tripe en ce dimanche de second tour. J'en savais quelques unes des conséquences des actes humains sur ses frères mais Dominique Guillet re-pointe du doigt l'inconséquence de l'homme si on peut encore l'appeler comme ça. En un mot c'est le sentiment de colère qui re-naît. Merci de m'aider à ne pas m'engluer dans mon confort.

 

De Françoise Partoll, le 6 mai 2007 :

Bonjour,

Vous y avez mis le paquet mais l enjeu est de taille!!!

Bravo pour votre courage de mettre les pendules a l heure!

Pendant que les masses s étourdissent, peut-être même s abrutissent en consommant des

plaisirs de plus en plus futiles  notre planète terre est en train de succomber a la cupidité du genre humain.

Si je n avais pas une approche spirituelle de la vie je pourrais sombrer dans le noir.

Et pourtant il faut continuer a croire qu il y aura des jours meilleurs.

La lecture de ce texte approfondi me bouleverse: nous en sommes arrives a cette extrémité!

Merci de m aider a grandir et a me rendre plus responsable.

Francoise Partoll

 

De Marie aubrée, le 6 mai 2007 :

votre superbe texte m'a mise K.O, l' esprit très soucieux et le mental à plat, c' est comme cela que je viens vous remercier pour toute la franchise et l' honnêteté que vous avez mises dans votre écrit !

que pouvez-vous dire de plus, de mieux si les humains ne se décident pas à maintenir leurs yeux grand' ouverts et leur estomac sérieusement rééquilibré afin que bien d' autres puissent " enfin " manger et boire " un peu " !

quelle honte pour nous tous, responsables de l' avenir de tous, nous avons commis espérons, non pas l' irréparable mais des erreurs à solutionner le mieux possible, où est passé le respect car par le respect de l'eau, de l' air, de la terre, c' est le respect de l' animal et du végétal qui imprime le respect de l' homme à l' homme... quelqu' un a-t-il compris sur cette terre ???

 

il faut que chacun d' entre nous relève les manches, surveille tout ce qui se passe autour de lui et en lui et peut-être gagnera-t-on une vie, un futur sains pour nos enfants !

Marie Aubrée.

Amnéville, Moselle, France.

 

De JM salon, le 6 mai 2007 :

Cela fait longtemps que cet avenir se profile et il n'y a pas besoin
d'être diplômé pour pour le comprendre, il suffit juste de prendre du
recul par rapport à soi-même, par rapport à la société où nous
(sur)vivons et surtout prendre le temps et le plaisir de regarder la
nature vivre. Je dirais plutôt qu'il ne faut pas de diplôme, il faut
rester "en bas", près de la nature, ne pas se lustrer le nombril, un
nombril hypertrophié par le pouvoir d'achat d'un gros 4x4 (plus gros que
celui du voisin ou du collègue), d'une piscine enterrée qu'on va
utiliser pendant 2 mois (avec plein de produits pour qu'elle soit claire
et "saine"), mais achetée pour la même raison, pour "valori$er une
maison accrochée à la falaise parce qu'il n'y a plus de terrain plat,
achetée par un crédit sur une durée que les banques proposent de plus en
plus longues, sachant que les pouvoirs d'achat baissent, puisqu'ils y
participent (quelle importance).

Autrefois les villages étaient perchés sur les collines pour se défendre
des envahisseurs, mais surtout pour laisser les terres fertiles des
plaines et des vallées à l'agriculture. Les moeurs se transmettaient de
génération en génération, malheureusement bien chaperonnées par des
millénaires de dictature religieuse, en observant et respectant la
nature, sachant que l'Homme en fait partie. De nos jours les plaines
sont envahies par les zones commerciales, artisanales, industrielles,
pavillonnaires, car les constructions sont moins chères (encore le
pognon) que sur les terrains en pentes. Les paysans ? Ils n'ont qu'à se
démerder à aller gratter la terre plus loin. La terre n'apporte pas
d'argent immédiat, "du cash", donc ce n'est pas intéressant, la terre
c'est pour les écolos, les perdants, ceux qui n'ont pas de diplômes, les
pauvres.
Les paysans n'ont-ils pas été de tous temps la chair à canon des
guerres, les vaches à lait des rois, empereurs, dictateurs, fainéants,
religieux et fous de tous acabits, au travers des impôts et taxes
écrasants, parfois mortels, ne leur laissant pas de quoi manger, alors
que c'était eux qui faisaient pousser les récoltes dont ils
remplissaient leurs grosses panses ? C'est cet aspect que je montre à
mes enfants quand ils regardent une histoire de princesse, de rois où il
y a de grandes demeures, des robes magnifiques, des gens qui n'ont pas
d'autre soucis que de paraître. Pas pour les empêcher de rêve mais pour
leur montrer que la réalité n'est pas celle que l'on voit dans la
fenêtre magique, mais qu'il faut gratter juste un peu la couche
superficielle des paillettes pour voir une autre vérité, qui peut être
aussi belle et plus à portée de main, si on veut se donner la peine de
la faire.
Les anciens se transmettaient la connaissance de la terre, les bons
coins, les sources, les plantes à cultiver en fonction de la nature des
terrains. Maintenant c'est tout, partout, et la terre, n'étant qu'un
support devrait s'adapter aux caprices des hommes ? Et si elle devient
stérile, on passe à la culture hors sol : du coton imbibé de produits
chimiques.
ensuite on viendra nous faire rêver avec de "label rouge", des
""tradition", des "comme autrefois", en voyant une mamie mouler un
yaourt à la louche !...pour qu'on rêve que les additifs sont bons sans
se poser de question. Pour faire des millions de yaourts chaque jour,
elle doit pas dormir souvent, la mamie. Il n'y a pas de jeune dans les
pub pour nous montrer ce qui est sain à manger, à croire que nous sommes
des générations sans connaissance et perdues, culinairement parlant.

Le "modèle américain", on voyait, dans nos livres d'école des années
50-60, les photos d'immenses plaines sans un seul arbre mais de grosses
quantité d'engins agricoles, modèles de l'avenir. Même sans avoir un âge
à deux chiffres, fil de paysan, je me demandais, en voyant ces photos,
quel message on voulait nous faire passer, comprenant bien qu'un paysage
sans arbre n'est pas viable à long terme. Je me suis toujours fait
traiter de rétrograde et de vouloir retourner à l'âge de pierre.Une
génération plus tard, le constat est là. Donc tous ces gens bardés de
brevets, diplômes, etc...qu'ils soient politiciens, ingénieurs,
agronomes, s'ils disent le contraire (je suis sûr qu'ils sont
intelligents et clairvoyants) c'est parce qu'ils sont tenus par les
"parties" par les multinationales. Personne n'en doute, mais les gens
ont trop peur de perdre leur petit confort en se tournant vers des
responsables qui le soient vraiment, responsables. La preuve en est en
ce jour d'élection.
Les gens ont peur de ne plus pouvoir se payer le 4x4 ou le graveur de
DVD de salon ou les vacances à la neige ou aux Seychelles, peur de
devoir se déplacer de nouveau à pied (j'ai parfois l'impression que les
gens ont oublié le rôle de leur jambes, plus : accélérer au feu vert
pour être le premier au prochain feu rouge, que faire plus de 50 mètres
sans moyen mécanique. Il n'y a qu'à voir le stationnement sauvage devant
n'importe quelle école pour s'en convaincre, des fois que nos chers
petits se fatigueraient à faire 200 mètres à pied, ou plutôt, nous en
voudraient de les avoir obligé à le faire).
Les gens ont peur de devoir de nouveau vivre en société, comme il y a
1/2 siècle, en se côtoyant, en étant solidaire (autrement que par le
téléthon pour se donner bonne conscience et pallier aux manquements de
notre gouvernement), en "affrontant" le regard des voisins, autrement
que par avocat interposé, en donnant de leur temps, pas en calculant un
retour, mais juste pour aider, par solidarité.

Nos anciens ont fait des guerres au nom de la liberté, de l'identité
nationale, du droit de chacun de disposer de soi-même, mais je ne pense
pas qu'ils souhaitaient une société tenue par le joug de multinationales
agrochimiques. Certes, il n'y a pas de guerre depuis plus de 60 ans en
France, et de ce coté-là c'est un succès incontestable et qu'il ne fait
surtout pas remettre en cause, il y a eu des progrès contre la faim, les
maladies, et la durée de vie. Mais c'en est devenu un immense commerce
qui n'a plus de fin humanitaire mais commerciale à outrance. Les
libertés ont gagné du terrain et les religions en ont perdu (même si on
peut craindre un inversion de la tendance de puis quelques temps) .
Quand on a vu Bush, "premier homme" de la première puissance mondiale,
invoquer l'aide de Dieu, au moment de bombarder l'Iraq !!! Cela devrait
être risible mais c'est plutôt inquiétant, cela prouve la crétinerie et,
surtout, l'inconsistance de ces pantins qu'on voit dans nos médias. Si
la presse était libre, comme elle le dit, elle s'occuperait de montrer
les choses importantes, comme les sujets d'enjeux planétaires, de tirer
à boulets rouges, sur les responsables des Monsento, Aventis,
Rhone-Poulenc, Cogema, etc... de montrer des visages, ceux des PDG en
questions et en plus de ceux des poli(ticiens)chinelles, qui sont leurs
écrans.
 S
i la presse était libre, on verrait moins de reportage sur les
israéliens qui ont attaqué les palestiniens en représailles de leurs
attaques qui étaient des représailles des représailles,...Cela n'apporte
rien sauf d'éviter de parler de problèmes où, là aussi il y a des
solutions, mais qui ne veulent pas être mises en place. Surtout ne pas
montrer ouvertement les disfonctionnement de notre société ! Ce serait
faire table rase du passé proche et de l'avenir radieux promis, mais
quoi promettre alors ? La vérité ? Les gens ne veulent pas l'entendre,
même s'ils la connaissent, cela laisse le bénéfice du doute.

Les multinationales, elles aussi crèveront de ce qu'elles génèrent. Tout
flatteur vit aux dépends de celui qui l'écoute. Lorsque l'humanité se
réveillera ou crèvera. En attendant quelques personnes auront très très
bien vécu, dans un luxe outrancier, aux dépend de quelques milliards de
personnes anonymes. Le but final de toute cette gabegie n'étant que ce
luxe aussi immense qu'ostentatoire de quelques personnes sur cette planète.

Les montants des richesses de ces (vrais) dirigeants ne sont même pas
des secrets tant il n'y a rien à faire, dans l'immédiat, pour inverser
cette tendance, et ces personnes le savent. Une seule personne aurait le
même compte en banque qu'un pays tout entier et ce serait normal ?
financièrement, mathématiquement, en réfléchissant comme un ordinateur,
oui. Mais humainement ? La Terre est à tous, non ? Pourquoi quelques-uns
se l'attribuent sans même s'en occuper, hormis pour la souiller, et en
priveraient ce qui souhaitent la choyer.

combien de civilisations ont adoré les arbres, la terre, l'eau,
...sources de vie, en donnant un Dieu à chaque domaine ? Les
amérindiens, les australiens (les vrais, les aborigènes), et combien
d'autres ont vécu en symbiose avec la nature. Tout est balayé, comme
vous le dites si bien, par le monothéisme, autrement dit la négation du
choix, la négation du dout, la négation de la liberté de penser à autre
chose que ce qui est imposé.
Il y a un siècle, environ, après des siècles, voire des millénaires de
souffrance et de dictât, après un peu plus d'un siècle de naissance de
démocratie, la France réussissait à séparer la religion
(antidémocratique) de la vie courante. A partir de là les moeurs ont pu
évoluer vers plus de liberté et d'égalité (tout étant relatif) J'ai de
grosses craintes en voyant, les rapprochements et les concessions que
font les candidats aux élections vers les religions, surtout celles qui
prennent de plus en plus de poids.

De toute façons, je pense que les religions sont les sources de tous les
maux, ou presque, de nos sociétés. Ou plutôt que les religions (qui sont
inutiles), ce sont les façons dont elles sont utilisées, mais, vu que
leur sources, ou histoires, comme on veut, on été écrites par des
hommes, et sont colportées par des hommes, le résultat ne pourra pas
être différent de ce qu'il est.
C'est pour cela que je pense que si c'était faisable, il faudrait que
l'espèce humaine arrête de regarder un ciel vide et baisse la tête pour
regarder où elle met les pieds. Comme le font toutes les autres espèces
vivantes.
Cela fait longtemps que je dis que l'Homme scie la branche sur laquelle
il est assis, mais c'est pire : il scie l'arbre qui porte la branche. Il
faut que notre espèce disparaisse rapidement pour laisser la possibilité
à la planète de reprendre son rythme.

Si vous arrivez à la fin de ce texte, ce dont je vous remercie beaucoup,
vous devez penser que je désespère de tout. Oui car lorsque je parle
avec la jeunesse, ils ne veulent pas se priver du confort et changer
leur mode de vie et surtout (c'est normal mais il n'y a pas le choix)
ils ne veulent pas payer pour les générations passées.

 

Le 3 mai 2007 :

Alors que quelques pantins s'agitent frénétiquement dans l'arène électorale, l'arène véritable (au sens latin du terme: “arena”, “sable”) recouvre inexorablement la terre de son linceul stérile. Les démagogues, de tous bords, promettent toujours plus de croissance: plus de salaires, plus de vacances, plus de travail, plus de consommation et bien sûr, plus de sécurité contre un ennemi inexistant.


 
Le seul terrorisme est alimentaire et ce sont eux qui l'ont mis en place avec leurs complices des multinationales. 

 
La Planète se meurt d'extraction, se meurt de combustion. La Planète Terre commence à régler ses comptes avec l'humanité: à force de soustractions, c'est maintenant l'addition qu'elle présente!

 
Terrien, sors de ton rêve! La Planète Terre s'enlise, s'ensable, se désertifie. Serait-ce que la Planète “déserte” l'humanité? Le mot “désert” vient du latin “desertus”, de “deserere” qui signifie “abandonner”.

 


 

Dune: le destin de la Planète Terre?


 
En 1957, le journaliste Frank Herbert est envoyé à Florence dans l’Oregon aux USA afin d’écrire un reportage sur un projet gouvernemental de lutte contre les dunes de sable par l’élaboration de barrières végétales. Il en repartit fasciné par l’écologie et les dunes de sable. 

 
En 1965, Frank Herbert, devint l’un des grands maîtres de l'écologie-fiction et de la science-fiction en publiant le premier ouvrage de son épopée grandiose connue sous le nom de “Cycle de Dune”. Frank Herbert avait-il pressenti le destin inéluctable de notre planète? Peut-on considérer Dune comme une allégorie? 

 
Quels sont les facteurs limitants de l’écosystème planétaire de Dune qui le sont également dans le nôtre ou qui pourraient le devenir à très court terme? 

 
- Les vents de sables se déchaînent sur Dune à 700 km/heure. 

 
- Des vers gigantesques partagent la maîtrise de cette planète avec les Fremen ( “Free Men” / Hommes Libres). Ils font plusieurs centaines de mètres de longueur et sont source de l'Epice.

 
- Dune est une planète-désert. Le sable recouvre tout.

 
- Dune est une planète sans eau: toute eau est recyclée, y compris l’urine, la transpiration et même “l’eau”  des défunts.
 

 

Sophie Miranda

 


 

Tempêtes d’humus, Tempêtes de sable

 
 

En 1932, le “Dust Bowl” frappa les grandes plaines du sud des USA et s’installa pour une dizaine  d’années. Les grandes tempêtes de sable (de parfois 3000 mètres d’épaisseur) apportèrent ruine et dévastation: elles furent au nombre de 70 en 1933, 73 en 1936 et 134 durant les 9 premiers mois de 1937. Le 9 mai 1934, une tempête de sable partit du Montana et du Wyoming et emmena dans son sillage 318 millions de tonnes de sol. L’année 1938 vit la perte de près d’un milliard de tonnes de sol. En mars 1939, une tempête de sable de l’Oklahoma embarqua une quantité de sol suffisante pour recouvrir d’une épaisseur de 30 cm une surface de 2,5 millions d’hectares (le dixième de la surface agricole de la France).

 
Les dunes de sable envahirent les champs, faisant parfois 500 mètres de longueur et 7 mètres de hauteur. L’agriculture fut anéantie: 30 millions d’hectares furent abandonnés. Ce fut l’exode pour 3,5 millions de citoyens US. 

 
Durant cette période, de nombreux cataclysmes naturels aggravèrent le cycle de vents de sable et de sécheresse: orages de grêle, températures extrêmes, électricité statique, inondations. 

 
Selon les experts en paléoclimatologie, qui ont étudié les cycles de sécheresse sur 2000 ans aux USA, les périodes de sécheresse du 20 ème siècle sont loin d’avoir été les plus sévères de l’histoire de cette partie du continent.
Pourquoi le “Dust Bowl” fut-il alors si dramatique? Tout simplement parce que cette région des USA n’aurait jamais due être labourée! Pendant des milliers d’années, ces vastes étendues d’herbes semi-arides ont été balayées par les vents et sujettes à des cycles de sécheresse pouvant durer de 25 ans à 70 ans! Et pourtant, les colons avaient été prévenus par les Amérindiens qui leur conseillaient de ne  pas ouvrir les terres de leur charrue et surtout de ne pas toucher à l’herbe. 

 
La leçon du “Dust Bowl” fut-elle apprise? Pas du tout. La seconde guerre mondiale fit monter les cours agricoles et les agriculteurs recommencèrent à labourer des terres marginales. Les tempêtes de sable revinrent de 1954 à 1957 et la dévastation s’étendit sur deux fois plus de terres que lors des années 30. Dans les années 1970, les USA vendirent du blé à l’URSS et les cours flambèrent. Les agriculteurs mirent les bouchées doubles (et les charrues quadruples) et les tempêtes de sable revinrent.

 
La leçon du “Dust Bowl” ne servit pas plus aux agriculteurs du Kazakhstan. De 1960 à 1980, ils détruisirent les prairies pour les remplacer par de la culture de blé sur 26 millions d’hectares: l’équivalent de la surface en blé cumulée du Canada et de l’Australie! Dès 1980, l’érosion terrible par le vent remettait en cause la viabilité économique des fermes suite à une baisse drastique de productivité. En 2000, la surface en blé couvrait moins de 13 millions d’hectares avec des rendements de l’ordre d’1 tonne par hectare! En l’espace de 20 années, donc, le Kazakhstan a abandonné la culture du blé sur une surface agricole équivalente à la surface en blé du Canada. Combien de millénaires seront nécessaires pour régénérer ces sols détruits par l’érosion éolienne? 

 
L’érosion éolienne peut également se manifester par des transits inter-continentaux. Tout comme le nuage de Tchernobyl ne fut pas arrêté par la frontière suisse (c’est d’ailleurs un certain Mr. Nicolas Sarkosy qui était chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques à cette époque), les tempêtes de sable ne reconnaissent aucune frontière et exportent de la matière première précieuse sans qu’aucun droit de douane  ne soit perçu. 

 
En avril  2001, une “tempête de sol” de 1800 km d’amplitude s’envola de Chine (transportant des millions de tonnes de sol) pour venir atterrir en Amérique du nord: elle recouvrit de son manteau toute la partie ouest, de l’Arizona au Canada. 

 
La Corée du sud est, elle-aussi, périodiquement paralysée par d’immenses tempêtes de sable en provenance de la Chine.  Fin avril 2007, une telle tempête frappa le pays. Le 1er avril 2007, une autre tempête de sable arriva du désert de Kubuqi, le septième désert de Chine et sema le chaos dans la péninsule Coréenne. Ces tempêtes sont d’autant plus dramatiques qu’elles véhiculent également une grande quantité de polluants, issus des industries de l’est de la Chine, qui engendrent des maladies respiratoires et cutanées et qui déséquilibrent les activités agricoles. 

 
Le désert de Kubuqi, en Mongolie intérieure, n’est un désert que depuis 30 années: c’était auparavant une zone de verts pâturages pour les Mongols et leurs troupeaux. 

 
La Chine livre une bataille, qui est perdue d’avance sans doute, contre l’avancée des déserts, les anciens et les nouveaux qui se créent. Selon Wang Tao, de l’Académie Nationale des Sciences de Chine, ce sont 24 000 villages recouverts par les sables, qui ont été abandonnés, totalement ou partiellement, durant la seconde moitié du siècle passé. De 1950 à 1975, la Chine perdait chaque année 175 000 hectares. Entre 1975 et 1987, la désertification s’empara de 200 000 hectares par année. De 1987 à 2000, la désertification s’empara de 300 000 hectares par année. A ce rythme là, la Chine perdra 400 000 hectares de terre par année à partir de 2012. 

 
En Chine, les tempêtes de sable s’aggravent en précocité dans la saison, en intensité et en nombre, au fil des années. Elles sont devenues une des principales calamités de ce pays. En 2006, elles affectèrent la qualité de l’air dans la moitié des grandes cités chinoises. Elles couvrirent 4 millions de kilomètres carrés, le double de la surface de l’année précédente.  

 
Le 20 avril 2006, une tempête recouvrit la capitale chinoise de 300 000 tonnes de sable et de poussière. 

 
Cette année, au Tibet, les tempêtes de sable arrivent avec deux mois d’avance sur la saison normale.  

 
Au vu des méfaits sans cesse croissants de l’agriculture industrielle et militarisée, au vu des bouleversements climatiques (quelles qu’en soient les causes), l’érosion éolienne va s’intensifier en Afrique et en Asie et va revenir en Amérique du nord. 

 
Les tempêtes d’humus ne sont plus trop à craindre sur certains continents car une grande partie de l’humus est déjà au fond des océans, grâce aux pratiques barbares de l’agriculture moderne. Ce sont les tempêtes de sable qui vont devenir une des plus grandes calamités de notre planète. Demain. 
 

 

Sophie Miranda


 

La planète abandonnée aux déserts


 
Selon le Professeur Pimentel, de 1956 à 1996, ce sont 1,5 milliard d’hectares de terre arable qui ont été abandonnés en raison de l’érosion. Cela représente un tiers des surfaces arables de la planète. 

 
Au cours des 20 dernières années, environ 300 millions d’hectares (six fois la surface de la France) de forêt tropicales, ont été détruits pour implanter des domaines fermiers et des pâturages ou des plantations à grande échelle d’huile de palme, de caoutchouc, de soja, de canne à sucre et autres récoltes.

 
A l’échelle planétaire, ce sont 1370 hectares de sol qui sont désertifiés à jamais toutes les heures, ce qui fait 12 millions d’hectares chaque année, l’équivalent de la moitié de la surface agricole de la France. 

 
En Inde, par exemple, ce sont 2,5 millions d’hectares qui sont désertifiés chaque année. Vers 2000, on estimait à 150 millions d’hectares la surface agricole de ce pays. Cela signifie qu’en 2060, il ne restera plus un gramme de terre arable en Inde. En fait, un scénario plus catastrophique peut se profiler si le processus de désertification s’emballe, en raison des bouleversements climatiques: accroissement des températures, sécheresses et disparition des glaciers de l’Himalaya.  

 
A l’échelle planétaire, quelle est la quantité exacte de sol perdu chaque année en raison de l’érosion éolienne et hydrique? Les estimations les plus basses sont de l’ordre de 25 milliards de tonnes de sol par année. Selon les estimations les plus hautes, ce sont 2400 tonnes de sol, chaque seconde, qui partent dans le vent ou dans les océans, à savoir 76 milliards de tonnes de sol chaque année. 

 
Les estimations hautes nous semblent beaucoup plus probables car chaque année Costa Rica perd 1 milliard de tonnes de sols, l’Ile de Java en perd un milliard, l’Ethiopie en perd un milliard, etc, etc. 

 
Dans ses écrits, John Jeavons a évoqué la perte de sol en relation avec la production de nourriture: pour chaque tonne de nourriture produite, ce sont de 6 à 18 tonnes de sol qui sont irrémédiablement perdues. 

 
Un occidental consomme à peu près une tonne de nourriture par an. Dans certains pays, la quantité consommée par personne est de moitié. Dans d’autres régions, ou selon les populations ou les couches sociales, la quantité de nourriture consommée tend vers le zéro, ce qui “explique” le fait que 36 000 personnes meurent de faim tous les jours. 

 
En Chine, l’érosion serait maximale puisque le chiffre de 18 tonnes de sol perdues, par tonne de nourriture produite, est avancé. Les chiffres officiels évoquent la perte de 5 milliards de tonnes de sol chaque année dans ce pays. C’est une estimation strictement a minima. Selon les images de satellite, les déserts du Taklimakan et du Kumtag sont en train de fusionner. Il en est de même pour deux déserts du centre nord qui sont en train de s’étendre sur les provinces du Gansu et de la Mongolie. 

 
En Iran, selon Mohammad Jarian, le responsable du département de lutte contre la désertification, ce sont 124 villages de la région de Sistan-Baluchistan qui ont été ensevelis en 2002 et abandonnés. 

 
Dans le nord-ouest de l’Afghanistan, des dunes de sable de 15 mètres de hauteur envahissent tout et y compris les routes. 

 
Au Nigeria, ce sont 350 000 hectares qui sont désertifiés chaque année, autant qu’en Chine. De 1950 à 2005, la population humaine y est passée de 33 millions à 132 millions tandis que le nombre de vaches, moutons et chèvres passait de 6 millions à 66 millions. 

 
De nombreux pays d’Afrique sont désertifiés très rapidement en raison de différents facteurs: pratiques agricoles non durables, surpâturage et errance des troupeaux, feux de brousse et le commerce du charbon de bois à destination des citadins de plus en plus nombreux. 

 
Madagascar perd jusqu’à 400 tonnes de sol par année et par hectare. 

 
Au Mexique, la désertification chasse 700 000 paysans tous les ans vers les cités ou vers les USA. 

 
Quant à l’Australie, parler de catastrophe n’est tout au plus qu’un euphémisme. Ce pays se prépare à sa septième année consécutive de sécheresse. L’Australie sera sans doute le premier pays dit “occidental” à être ruiné par les processus de salinisation et de désertification: certaines terres Australiennes ont des concentrations de sel trois fois supérieures à celles de l’océan. 

 
Il aura fallu à la société occidentale un siècle et demi d’agriculture et d’élevage intensifs pour transformer l’Australie en un désert. Fast-food and fast-destruction! Faut-il vous l’emballer ou est-ce pour “consumer” de suite? 

 
Un record que même les USA n’ont pas réussi à battre: ils n’ont perdu, en 150 ans de colonialisme, que 75 % de leur humus! C’est 1m50 (150 cm) d’humus qui est parti à tout jamais dans les océans. En région tempérée, il faut 500 ans pour produire naturellement 2,5 cm d’humus. Cela veut dire qu’il faudra à la nature 30 000 années pour régénérer ce patrimoine humique aux USA. 

 
Eu Europe, le taux moyen d’érosion du sol est de 17 tonnes par hectare et par année alors que le taux moyen de formation du sol est d'1 tonne par hectare et par année.

 
En France, par exemple, selon la Chambre d’Agriculture du Pas de Calais, les agriculteurs de ce département perdent entre 10 et 100 tonnes par hectare et par année. 

 
Lorsque l’érosion est de 100 tonnes de sol par hectare et par an, cela signifie qu’il faut 100 ans pour réparer 1 année d’agriculture intensive betteravière et qu’il faut 2000 ans pour réparer 20 années d’agriculture intensive betteravière. 

 
A l’érosion s’ajoute la destruction des sols brûlés par l’agriculture toxique. Ne nous méprenons pas: de nombreuses régions Françaises ne sont peut-être pas des déserts de sable mais elles sont des déserts en gestation. Que se passerait-il si, aujourd'hui, on interdisait en agriculture tous les intrants de synthèse et tous les pesticides? 

 
Les terres sont devenues stériles: les automnes seraient sans récolte. 

 
L'agriculture occidentale moderne est une agriculture hors-sol produisant des aliments-poisons. C'est une agriculture militarisée qui bombarde le sol de tout un arsenal de produits toxiques. 

 
Qui se rappelle que l'année 2006, en fait l'année passée, fut déclarée par l'ONU “Année internationale des déserts et de la désertification”? 

 
Qui connaît l'existence, au sein de l'ONU, d'une commission chargée de la lutte contre la désertification? Peu de gens sans doute et c'est tout aussi bien car cette commission n'a aucun moyen financier! Un léger brise-vent (de sable) tout au plus. 

 
En 2050, que verra-t-on de la Planète Terre à partir du  cosmos: de grands déserts entourés de quelques océans, une petite boule jaune et bleue. Le vert aura disparu. Après-demain.

 

Sophie Miranda

 

 

Pénurie d’eau


 
Il existe une “Journée Mondiale de l’Eau” comme il existe une journée mondiale des femmes, une journée mondiale de l’enfance et peut-être bientôt une journée mondiale de l’humus ou une journée mondiale des vers de terre!

 
C’est l’occasion, pour tous les hypocrites, de lâcher quelques larmes de crocodiles sur le sort des femmes, sur le sort de l’eau, sur le sort des enfants, bref sur le sort de tous les opprimés. 

 
Cette année, le thème de cette journée mondiale de l’eau était “Faire face à la pénurie d’eau”. La pénurie va bientôt conférer à cette nouvelle opprimée le statut d’eau primée. L’eau bientôt plus chère que le pétrole ( ce qui va ruiner tous les espoirs des inventeurs de moteurs à eau) ou plus chère que le vin ( ce qui va aggraver les dégâts de l’alcoolisme)? 

 
Bref, selon la FAO, la pénurie en eau représente l’enjeu du 21ème siècle. “L’enjeu réside essentiellement dans la nécessité de trouver des moyens plus efficaces de conserver, d’utiliser et de protéger les ressources en eau de la terre.”

 
Cela ne fait que quelques dizaines d’années que l’on entend ce type de discours creux.

 
Aujourd’hui, et cela ne date pas d’hier, ce sont 2,6 milliards d’humains qui sont sans assainissement, et ce sont 1,3 milliards d’humains qui sont sans accès à l’eau potable. Tous les ans, 2 millions  d’enfants de moins de cinq ans meurent de maladies diarrhéiques liées au manque d’eau potable. 

Parlons d’argent et évoquons quelques chiffres. Il existe un  “Fonds pour l’environnement mondial” (FEM) qui comme l’ONU le déclare “a été établi en 1990 dans le but de fournir des ressources financières supplémentaires pour traiter les questions environnementales mondiales des pays en développement et des économies en transition”. Ce fonds ne dispose que de 2 milliards de dollars par an, pour toute la planète.  

 
Il faudrait, par exemple, investir 1,5 milliard de dollars pendant 10 ans pour que les 300 millions d’Africains, qui n’ont pas d’eau potable, puissent y accéder et pour que 80% d’entre eux puissent accéder à l’assainissement. 

 
En comparaison, tous les ans, les pays occidentaux subventionnent leur agriculture à hauteur de 350 milliards de dollars. Et tous les ans, les dépenses militaires mondiales sont de l’ordre de 900 milliards de dollars. 

 
Il faut se rendre à l’évidence: la communauté internationale a décidé de laisser  mourir de soif, ou de maladies liées à des eaux souillées, toute une partie de l’humanité. 

 
Les voeux pieux et les discours pleurnichards des institutions internationales ne sont que des paravents. 

 
Et cela se comprend. C’est une question de survie pour les nantis. C’est une question de survie pour leur agriculture moderne qui consomme quasiment 90 % de l’eau douce de toute la planète. 

 
Le choix est simple: ou on donne de l’eau à toute l’humanité ou on tente de faire perdurer l’agriculture moderne non durable. Les nantis qui contrôlent la planète ont décidé de privilégier l’agriculture des riches. 

 
L’agriculture moderne non seulement désertifie les sols, non seulement empoisonne les humains et les animaux mais en plus, elle épuise les réserves d’eau douce. 

 
Les variétés modernes de maïs sont la quintessence de ce délire agricole. Un hectare de maïs requiert, aux USA, au moins 5 millions de litres d’eau mais en raison de l’évaporation, ce sont 8 millions de litres d’eau qu’il faut amener par hectare. Ce qui fait 1000 litres d’eau par kilo de maïs produit, et encore ce n’est qu’une moyenne car certaines études évoquent jusqu’à 1500 litres d’eau par kilo de maïs.  

 
Il faut bien préciser que ce gaspillage éhonté de l’eau douce pour la culture du maïs n’est pas lié à la nature du maïs  qui est une plante C4, à savoir une plante résistante à la sécheresse. Les variétés de maïs traditionnelles  pouvaient croître dans les déserts du Mexique ou de l’Arizona. Les Hopis, par exemple, semaient leur maïs à 30 ou 40 cm de profondeur dans le sable du désert avec des bâtons à semer. C’est l’agronomie moderne qui a fait du maïs une pompe à eau. Et comme les réserves d’eau sont en train de baisser  sur toute la planète, les apprentis-sorciers du bricolage génétique nous promettent de nouvelles variétés de maïs chimériques résistantes à la sécheresse. La boucle est bouclée. 

 
Le maïs constitue en France la principale culture irriguée et ce surtout dans le sud-ouest. Mais elle n’est pas la seule: le blé, la betterave, la vigne, la prairie, etc, sont également irrigués. 

 
Voici quelques estimations, quant à la quantité d’eau nécessaire pour l’agriculture US, données par le très réputé Professeur Pimentel, de l’Université de Cornell, dans son ouvrage: “ Ecological Integrity: Integrating Environment, Conservation and Health” (Island Press, Washington DC, 2001).

 
Pour 1 kilo de pommes de terre: 500 litres d’eau

 
Pour 1 kilo de blé: 900 litres d’eau
Pour 1 kilo de fourrage: 1000 litres d’eau

 
Pour 1 kilo de maïs: 1500 litres d’eau

 
Pour 1 kilo de riz: 1900 litres d’eau

 
Pour 1 kilo de soja: 2000 litres d’eau

 
Pour 1 kilo de viande de boeuf: 100 300 litres d’eau

 
Dans le catalogue des folies agricoles irriguées, la production de viande détient ainsi la palme de la non-durabilité et du gaspillage. 

 
La consommation de viande, au niveau planétaire, rappelons-le, est passée de 44 millions de tonnes en 1950 à 265 millions de tonnes en 2005. Et cette tendance ne fait que s’amplifier.  

 
La quantité d’eau utilisée par kilo de viande diverge en fonction des études. 

 
Selon Georg Borgstrom, de l’Université du Michigan, il faut “seulement” 21 000 litres d’eau pour produire 1 kilo de viande de boeuf.

 
Selon l’Université de Californie, il faut 44  000 litres d’eau pour produire 1 kilo de viande de boeuf, 13 700 litres d’eau pour produire 1 kilo de viande porc et 6 800 litres d’eau pour produire 1 kilo de viande de poulet.

 
Une étude publiée par une commission des Nations Unies en 2004 rapporte le chiffre de 70 000 litres d’eau par kilo de viande de boeuf. 

 
Ce chiffre n’est pas très éloigné de celui du Professeur David Pimentel dont les calculs sont fondés sur la nourriture moyenne d’un boeuf aux USA, à savoir 100 kilos de fourrage et 4 kilos de grain par kilo de viande produite. 
Aux USA, 65 % des productions agricoles sont destinées à nourrir le bétail (contre 1 % en Inde!). 

 
Sur le plan mondial, la production de grains est de 1985 millions de tonnes dont 60 % sont consommés par l’homme, 36 % sont utilisés comme aliment pour le bétail et 3 % sont brûlés comme fuel.

 
Si on raisonne en termes de calories, il faut 50 fois plus d’eau pour produire une calorie de viande qu’une calorie de pomme de terre. 

 
Raisonnons maintenant en termes de douche. Admettons que l’on prenne tous les jours une douche de 5 minutes à raison d’un flux de 18 litres d’eau  par minute. Quel est l’équivalent d’un kilo de viande de boeuf, selon les calculs du Professeur Pimentel, en termes de douches? 

 
Trois années de douches quotidiennes équivalent à 1 kilo de viande de boeuf!
Ces quelques chiffres nous aident à mieux comprendre le dilemme de la planète que l’on pourrait (presque) résumer  comme un choix entre l’eau pour les pauvres et de la viande pour les riches. 

 
Le dilemme se complexifie, en fait,  car les riches, maintenant, non seulement veulent de la viande, et encore plus de viande, mais ils veulent aussi des agro-carburants pour faire rouler leurs voitures. 

 
La folie des nécro-carburants est ainsi en train de se répandre comme une peste sur toute la planète. Elle accentue d’autant plus la pénurie de l’eau car il faut jusqu’à 3600 litres d’eau pour produire un litre d’éthanol (à partir de 2,5 kilos de maïs). En 2006, aux USA, 20 % de la production nationale de maïs ( à savoir 55 millions sur les 270 millions de tonnes produites) a été brûlée dans les centrales à éthanol. 

Encore plus de pénurie d’eau


 
Le bilan de l’agriculture moderne est encore pire que ce que l’on peut imaginer car ce ne sont que les effets directs que nous venons de décrire.

 
Il nous faut maintenant aborder les conséquences indirectes de cette agriculture non-durable sur la gestion des eaux.

 
Le premier aspect concerne la destruction de la couverture végétale dans les grandes plaines, en particulier dans le passé aux USA et en Australie et plus récemment dans des pays comme le Kazakhstan. Aux USA, un nouveau concept agronomique, aussi insensé que celui de la “vigueur hybride”, vit le jour dans les années 1860-1870. Selon ce concept, la pluie allait suivre la charrue, à savoir que la destruction de la couverture végétale des grandes plaines allait augmenter le régime des pluies. 

 
N’importe quel enfant d’une tribu d’Amérindiens aurait pu prouver aux agronomes US qu’ils avaient complètement perdu la raison. Les cycles de sécheresse et de tempêtes de sable, dont le “Dust Bowl”, eurent raison de ce délire laboureur quasi mystique. Mais les dégâts furent considérables. 

 
Le second aspect, souvent lié au premier, concerne la destruction de l’humus dans le sol. La perte d’humus fait du sol une vraie passoire, ou une chape de béton sur laquelle tout ruisselle, en fonction de la nature des sols. En bref, les sols de l’agriculture moderne ont perdu toute capacité de rétention équilibrée de l’eau pour une croissance harmonieuse des plantes alimentaires. Ce problème est d’autant plus aggravé que les populations de vers de terre ont été décimées par des dizaines d’années d’agriculture mécanisée et toxique. 

 
L’irrigation intensive des cultures n’existe que parce que la structure des sols a été complètement détruite et parce qu’aussi, l’industrie a inventé des arroseurs mécaniques. L’irrigation intensive des terres agricoles provoque, soit dit en passant, un énorme problème de salinisation sur toute la planète. 

 
Le troisième aspect est lié à la déforestation. Les 300 millions d’hectares de forêts tropicales qui ont été détruits durant ces 20 dernières années, l’ont été en grande partie pour des productions agricoles. C’est une catastrophe planétaire car les forêts sont non seulement un poumon mais une immense réserve d’eau.

 
L’arbre, par essence, appelle la pluie. Et quand la pluie vient, elle percole sans aucun ruissellement.  

 
La déforestation chasse la pluie et amène la sécheresse. Et si jamais la pluie vient, elle ne percole plus, elle ne fait que ruisseler et générer des inondations qui aggravent l’érosion des sols. C’est un cercle vicieux. 

 
Et cela ne va pas être aisé de sortir de ce cercle vicieux en raison des bouleversements climatiques qui sèment le chaos sur la planète depuis plusieurs années et qui augmentent en sévérité. Ces bouleversements n’auraient peut-être pas été aussi “bouleversants” si les écosystèmes naturels avaient été respectés, et si les activités agricoles avaient été gérées harmonieusement. 

 
Il est trop tard et la planète a épuisé sa capacité de prendre des coups sans réagir. 

 
Les grands glaciers planétaires sont en train de fondre. Au mois d’avril 2007, l’Inde était complètement bouleversée  d’apprendre que, peut-être, dès 2025, tous les glaciers de l’Himalaya auraient disparu. 
Les glaciers de l’Himalaya sont la source de 7 grands fleuves: le Gange, l’Indus, le Brahmaputra, le Mekong, le Thanlwin, le Yangtze et le Fleuve Jaune. La fonte des glaciers va tout d’abord provoquer d’immenses inondations ainsi que des glissements de terrains catastrophiques et ensuite générer une impitoyable pénurie d’eau. 

 
Les gouvernements évoquent, à moyen terme, de déplacer des centaines  de millions de leurs paysans. Ce qui est parler pour ne rien dire et juste pour amuser les journalistes. Les déplacer vers quel ailleurs? Surtout si la montée des océans recouvrent les grands deltas et une bonne partie du Bangladesh. 

 
Le problème se pose de la même façon en Amérique du sud. La fonte totale des glaciers des Andes pourrait rendre totalement inhabitable une grande partie de ce continent. 

 
Les glaciers, en fait, constituaient auparavant 70 % de la réserve d’eau douce de la planète. Leur disparition sur tous les continents va provoquer d’énormes catastrophes dont il est très difficile d’imaginer la nature. 

 
Finissons par une notre d’optimisme, une petite cerise sur le gâteau de sable: en France, malgré 70 ans de chimie intensive sur les terres agricoles, toutes les réserves d’eau Françaises ne sont pas encore irrémédiablement polluées!! Cela s’arrose!

 
En effet, selon les enquêtes publiées par l’IFEN en 2005, 96%  “seulement” de nos cours d’eaux et 61% “seulement” de nos nappes phréatiques sont pollués par “seulement” 230 pesticides: la molécule la plus présente étant l’atrazine qui génère cancers (du sein et des ovaires), maladies cardio-vasculaires, dégénérescences musculaires, lésions des poumons et des reins, etc.

 
Aux USA et au Canada, des études sérieuses ont mis en évidence la présence, dans les eaux, de très nombreuses substances: estrone, ethinylestradiol (venant des pilules contraceptives), des anti-inflammatoires, des remèdes contre le cancer, des tranquillisants, etc. Aux USA, chaque année un million de patients cancéreux sont traités par chimiothérapie. Ces patients génèrent approximativement, chaque année, 650 000 tonnes d’excréments qui sont évacuées dans les égouts. Des chercheurs se sont aperçus que toutes les substances utilisées en chimiothérapie sortaient intactes des systèmes de retraitement d’eau. Toutes ces substances sont mutagènes, carcinogènes, tératogènes et embryotoxiques. 

 
Au Canada, en 1998, deux chercheurs, White et Rasmussen, ont calculé que la génotoxicité présente dans l’unité de retraitement des eaux usées de Montréal d’une part et dans le St Laurent d’autre part étaient seulement imputables à l’industrie à hauteur respectivement de 15 % et de 10 %. Tout le reste avait une origine “mystérieuse”, selon leurs commentaires. 
En 2005, en Suisse, une thèse de doctorat a porté sur la contamination de l’environnement par les substances pharmaceutiques. (recherche de Tauxe Würsch, Annick ; Tarradellas, Joseph).

 
“Dans la première partie de cette recherche, la présence et le devenir de cinq médicaments très utilisés (Acide Clofibrique, Ibuprofène, Kétoprofène, Acide Méfénamique et Diclofénac) ont été analysés dans trois STEPs durant quatre à sept jours consécutifs. L’Ibuprofène, le Kétoprofène, l’Acide Méfénamique et le Diclofénac sont des anti-inflammatoires (NSAIDs). L’Ibuprofène et l’Acide Méfénamique sont les médicaments les plus vendus de cette étude: 17 tonnes par an et par substance en Suisse. L’Acide Clofibrique est un métabolite du clofibrate, de l’étofibrate et du clofibrate d’étofylline. Ces substances hypolipémiantes sont utilisées pour abaisser les concentrations plasmatiques élevées de cholestérol et de triglycérides. La méthode analytique développée pour analyser ces cinq médicaments permet de récupérer généralement plus de 70% de ces composés. Les limites de détection (5-15 ng/l) permettent la détection de ces substances dans les échantillons d’eaux usées. 

 
Les résultats de l’analyse des échantillons montrent que ces cinq substances étaient persistantes et se retrouvaient dans les effluents des STEPs ...”

 
En conclusion, au bout du compte qui va trinquer? Nous sommes en pleine pénurie d’eau et ce qui reste d’eau peut difficilement mériter le qualificatif de H2O!

 
L’eau de boisson, l’eau d’irrigation, est devenue un dangereux cocktail de pesticides, de produits pharmaceutiques  et de résidus industriels. 

 
Et pour couronner le tout, l’eau, bien précieux et bien collectif de l’humanité, est devenue une affaire privée dans les griffes de quelques multinationales mafieuses.