Les progrès technologiques offrent de puissants moyens de surveiller les citoyens. Mais la riposte s'organise
Le Monde Edition du mercredi 1er novembre 2000
Orwell l'a imaginé, Internet l'a fait ! Lorsqu'il écrit 1984, il y a plus d'un demi-siècle, le romancier britannique ne se doute certainement pas que Big Brother, incarnation virtuelle d'un pouvoir tutélaire omniprésent et omniscient qui espionne les foules dans les moindres recoins de leur intimité pour mieux les contrôler, trouverait une seconde jeunesse à l'aube des années 2000. La faute au progrès technologique, commencent à dire certaines voix. L'inquisition généralisée " devient tout à fait réalisable, voire banale, grâce à l'Ordinateur doublé de la Toile ", prévient François Brune dans son dernier ouvrage Sous le soleil de Big Brother L'Harmattan)." L'organisation de notre 'cité' n'est pas la même, pas tout à fait ; mais tout se passe comme si, et les satellites désormais nous suivent à la trace, et le vertige d'Internet ne semble subjuguer les humains que pour mieux les ficher. "
Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'actualité ne donne pas tort à l'essayiste français. En juin dernier, des parents américains découvrent non sans stupeur que la société Mattel espionne leur progéniture grâce à un mouchard informatique caché dans un CD-ROM ludo-éducatif. Le 24 octobre, le gouvernement de Tony Blair autorise les entreprises anglaises à surveiller les courriers électroniques et les communications téléphoniques de leurs employés, et ce sans leur consentement. Et, en décembre prochain, c'est le Conseil de l'Europe qui devrait ratifier un projet de convention sur la cybercriminalité encourageant ni plus ni moins les Etats à développer leurs propres systèmes de surveillance du Réseau. A l'instar du logiciel Carnivore, mis en place par les services secrets américains pour intercepter, au niveau inter national, les e-mails comportant des termes jugés suspects, comme " attentat " ou " drogue ". Chassez Echelon, et il revient au galop !
Au détail près que la résistance commence à s'organiser. La Global Internet Liberty Campain (GILC), coalition internationale qui regroupe vingt-huit associations, au premier rang desquelles la française Imaginons un réseau Internet solidaire ! (Iris), n'a pas tardé à riposter. Elle vient de lancer une cybercampagne pour dénoncer les " sérieux dangers " que ferait porter sur les libertés individuelles et publiques l'adoption d'un tel traité - qui entend par ailleurs obliger les fournisseurs d'accès à Internet à conserver et à contrôler toutes les correspondances de leurs abonnés.
Des dangers que la fameuse " société de l'information " fait peser sur les individus il est également question dans le dernier ouvrage de Jeremy Rifkin, L'Age de l'accès (La Découverte). L'économiste américain arrive à la conclusion que l'avènement de la Netéconomie sonne purement et simplement le glas de la vie privée. " Dans la nouvelle économie en réseau, l'accès à des données privées d'ordre existentiel, telles que le style de vie ou les pratiques de consommation de tel ou tel individu, devient une marchandise convoitée et une forme d'actif immatériel fort recherchée. " Résultat, les marchands du Web se livrent à une véritable traque au cyberconsommateur. Leur arme préférée : le cookie, petit programme informatique qui permet d'enregistrer, à son insu, tous les déplacement d'un internaute sur la Toile. Croisé avec des fichiers nominatifs, il s'avère redoutable pour dresser le portrait-robot d'un client potentiel et atteindre sa cible au cour.
Un tel procédé a valu à la société américaine DoubleClick, numéro un mondial de la publicité en ligne, de recevoir le prix de la " meilleure entreprise espionne " lors de l'édition 2000 de la cérémonie des Big Brother Awards Amériques.
Nés en 1998, dans la patrie d'Orwell, les Big Brothers Awards sont à l'art de surveiller les citoyens ce que les Oscars sont au cinéma, sauf que les lauréats ne se pressent pas pour les recevoir. Organisés simultanément le 25 octobre en Allemagne, en Suisse et en Autriche, ils ont " récompensé " les entreprises et administrations qui ont fait preuve du plus grand talent pour surveiller leurs concitoyens. Une façon originale et militante de suivre les traces de Winston Smith, le héros résistant de 1984, qui, pendant son sommeil, laisse échapper : " A bas Big Brother ! "
Mais cela suffira-t-il à faire reculer l'ombre du Grand Frère ? Aujourd'hui, on installe des Webcam dans sa chambre à coucher pour exhiber son intimité aux regards voyeurs des internautes. On se bouscule pour devenir les cobayes de la célèbre émission de télé vision - qui débarquera bientôt en France sous le nom de " Survivor " - dont l'excellent principe orwellien consiste à faire vivre en vase clos quelques congénères mâles et femelles sous le feu de projecteurs allumés 24 h sur 24. Autant se le tenir pour dit : Big Brother est entré dans les mours !
Stéphane Mandard
Sommaire de la page - Suite Echelon face à la vigilance des citoyens Le réseau Echelon, capable d'intercepter toutes les communications, est dénoncé par les parlements
Le Monde Edition du mercredi 1er novembre 2000
Hérité de la guerre froide, Echelon aurait donc dévié de son objectif initial. Pour devenir aujourd'hui un système d'espionnage - militaire, économique... - dirigé aussi bien contre les pays " suspects " que vers les alliés des Etats-Unis. En 1998, la presse s'est em parée du sujet et le Parlement européen a dénoncé les interceptions systématiques des communications européennes par les services américains avant de créer une commission d'enquête temporaire ", sans réels moyens d'investigation. En mars 2000, un collectif d'internautes, baptisé Akawa a porté plainte devant le tribunal de grande instance de Paris pour violation du secret des correspondances.
Enfin, le 29 février dernier, la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale a diligenté une mission d'information. Son rôle ? Enquêter sur " les systèmes de surveillance et d'interception électroniques pouvant mettre en cause la sécurité nationale ". Arthur Paecht, député du Var, qui en est le rapporteur, a remis son rapport au bureau de l'Assemblée le 11 octobre dernier. N'ayant pas le statut de commission d'enquête, la mission a rencontré un certain nombre d'obstacles. A l'étranger, elle s'est heurtée à une fin de non-recevoir de la part des autorités américaines et britanniques.
Ces obstacles n'empêchent pas le rapporteur de conclure à l'existence d'Echelon et de confirmer ses capacités, mais aussi ses limites. " Le système d'écoute a dévié de son objectif militaire initial et il a, potentiellement, une utilisation à des fins d'espionnage économique ", résume Arthur Paecht. Quid des libertés publiques ? " Il n'y a pas de preuves qu'elles sont menacées, juste un faisceau de présomptions. " Le rapporteur évoque les parades contre Echelon. La cryptographie a fait des progrès, grâce à l'informatique. " Les nouveaux logiciels de cryptage à clé longue permettent de tromper les réseaux de surveillance, même si rien n'est incassable en termes de cryptage. " Pour le député, il faut autoriser la vente et l'utilisation de programmes de cryptage d'une capacité de 128 bits. La lutte passe aussi par la production et l'utilisation de logiciels bureautiques sûrs. Microsoft, dont les logiciels sont mis en cause en raison de l'existence de fonctions cachées, appréciera.
Parallèlement, " de nombreux facteurs limitent les potentialités des systèmes d'écoute comme Echelon ". Le rapporteur explique que la multiplication des communications, sur Internet notamment, " rend matériellement impossible l'interception de tous les messages, et a fortiori leur stockage et leur traitement ". En 1999, certains activistes ont proposé un Jam Echelon Day. Son objectif était d'engorger le Réseau en incitant les internautes à truffer leurs courriers électroniques de mots clés - Saddam Hussein, FSB, GRU, Oussam Ben Ladden, etc.- susceptibles d'intéresser les services américains.
Face à Echelon, Arthur Paecht demande une réponse nationale : " Il faut développer une culture du renseignement. A part les ministères des affaires étrangères, de la défense et de l'intérieur, personne ne se sert de ces techniques. " Le député appelle les pouvoirs publics à élaborer une véritable déontologie du renseignement, capable de protéger les libertés publiques. " Les particuliers n'ont pas toujours les moyens de mettre en oeuvre des mesures de protection de leurs communications alors qu'ils sont les premières victimes des atteintes aux libertés publiques. Il apparaît donc nécessaire que des accords soient conclus entre Etats afin d'élaborer un nouveau cadre juridique qui les rassure et les protège. " La commission de la défense a, pour sa part, déposé une proposition de loi visant à créer une délégation parlementaire aux affaires de renseignement. Cette proposition de loi n'a pas encore été inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.
Face à la gesticulation des Etats - et, pourquoi pas, leur collusion, puisque la France semble avoir bénéficié d'informations d'Echelon permettant d'identifier les meurtriers de l'ancien premier ministre iranien Chapour Bakhtiar -, la réponse est plutôt du côté des individus, qui peuvent, par exemple crypter leurs messages et tenter d'échapper à la vigilance d'Echelon.
Pierre Bouvier Sommaire de la page - Suite RAPPORT D'INFORMATION DéPOSé en application de l'article 145 du Règlement PAR LA COMMISSION DE LA DéFENSE NATIONALE ET DES FORCES ARMéES, sur les systèmes de surveillance et d'interception électroniques pouvant mettre en cause la sécurité nationale, Merci à marie-jo.paulet@wanadoo.fr Sommaire de la page - Suite Les sept oscars de la surveillance Le 26 octobre dernier, les Big Brother Awards ont récompensé les " grandes oreilles " du monde
Le Monde Edition du mercredi 1er novembre 2000
Bielefeld (Allemagne)de notre envoyé spécial
Sur la table, le trophée. Dans la salle, le public est hilare et applaudit à l'énoncé du vainqueur. Seulement, personne pour venir chercher cette statuette encombrante. Parce qu'ici, au nord de l'Allemagne, à Bielefeld, dans ce haut lieu de la scène alternative - un bunker vieillissant transformé en caf'conc' -, les vainqueurs sont des " suspects ". Des représentants de l'âge numérique qui, d'après un jury d'une dizaine de spécialistes des nouvelles technologies, ont délibérément contribué au développement de n'importe quel type de système de surveillance mettant en péril les libertés individuelles. " Aujourd'hui, il n'existe pas de loi fondamentale qui ne soit concernée par la révolution technologique, estime Thilo Weichert responsable, outre-Rhin, de l'Association pour la protection des données. Il y a urgence pour une explication sur la place publique. En cela, cette première édition des Big Brother Awards en Allemagne et réalisée, ce même jour, en Suisse et en Autriche, est une excellente initiative. "
Rolf Gössner connaît la musique. Surveillé depuis 1970 par les autorités fédérales allemandes, cet avocat et auteur est chargé de remettre un prix dans la catégorie " Politique ". " La protection de la vie privée est mise à mal par les nouvelles technologies. Or, pour beaucoup, tout cela est encore abstrait et doit donc être rendu visible, désigné par des noms. "
Au total, sept trophées pour autant de catégories (1) sont décernés au cours de cette soirée particulière. Des noms ? Le Registre central des étrangers, en raison de son fichier concernant dix millions d'individus et accessible à l'administration allemande, à la police et aux ser -vices secrets; la carte de fidélité Payback pour l'enregistrement abusif de données personnelles, ou encore les serveurs Internet Apache, qui récoltent une multitude de données sur les internautes. " Récompenser Microsoft aurait été trop facile, assure avec le sourire l'une des organisatrices et membre du Chaos Computer Club (CCC), Rena Tangens. Apache, au contraire, est une décision constructive. J'espère que cela fera bouger les choses. "
La cérémonie est finie, et la joyeuse troupe se donne rendez-vous dans un bistrot voisin. " L'année prochaine, on organisera quelque chose de plus grand ", poursuit Rena Tangens en faisant référence à la grande nuit des Awards qui se déroule au même moment à Vienne. " Nous sommes encore surpris par le succès de notre première édition de 1999, rappelle Erich Möchel, un des principaux organisateurs, avec Peter Kuhm, du prix Orwell autrichien; 1 300 personnes s'étaient rassemblées dans une immense " technoparty " au cour de la capitale, et nous en attendons autant ce soir. "
A l'origine des Awards, l'Anglais Simon Davies, directeur-fondateur de Privacy International, une organisation spécialisée depuis dix ans dans lutte contre les atteintes à la protection des données privées. " L'idée remonte à 1993, se souvient ce militant insatiable de 42 ans. Cela nous a pris cinq ans pour organiser le premier Award. La confidentialité des données est une question essentielle. "
Les Big Brother Awards gagnent le reste de l'Europe. Notamment en Suisse. Quelles que soient les pistes utilisées par les systèmes de surveillance, la grande majorité des gens n'en ont pas conscience, souligne Christophe Müller, sociologue, spécialiste des communautés virtuelles. Prenez un couple dans un parc qui sait que celui-ci est sous surveillance caméra. Il modifiera son comportement en fonction de cette donnée. On assiste donc à des changements culturels. Une réflexion qui n'existe pas encore. A nous de l'instaurer. " Deux cents personnes sont attendues ce soir-là au centre culturel Rote Fabrik pour fêter en musique les premiers Awards suisses. Ceux qui sont le plus brocardés ? L'entreprise pharmaceutique Hoffmann La Roche pour ses tests d'urine effectués sur les apprentis et Swisscom pour l'enregistrement des positions géographiques lors d'une communication avec un portable.
Autre contexte, autre urgence du côté autrichien. " Nous sommes déjà très en retard, lance Erich Möchel. Tout est en réseau, et nous laissons des traces partout. Chaque Autrichien laisse derrière lui 350 fiches de renseignement le concernant. Une fois ces fichiers reliés entre eux, on sait tout de vous ! " Pas de répit pour ce journaliste engagé : " Le choix du jury est une réponse au changement de gouvernement. Il épingle la surveillance exercée par des fonctionnaires de police membres d'un syndicat proche du FPÖ, le parti de Haider, sur des adversaires politiques pour obtenir des renseignements confidentiels. L'affaire est en cours. " Autre vainqueur de la cérémonie pour " l'ensemble de son ouvre ", le nouveau ministre de la justice autrichien, Dieter Böhmdorfer, ancien avocat de Haider.
Les Big Brother Awards visent les gros et les petits, du réseau mondial Echelon au logiciel de surveillance d'un intranet, en passant par les caméras de surveillance vendues dans les pays peu respectueux des libertés fondamentales ou installées sans véritable contrôle dans les lieux publics. Différentes sensibilités nationales sont également déjà perceptibles, comme ici en Allemagne, où les Awards riment avec un fort désir pédagogique, " une invitation au dialogue public ". " Il n'existe pas d'organisation centrale, rappelle Simon Davies. Nous voulons mettre en place un prix international avec une vingtaine de pays participants." " D'ailleurs, on y est presque, poursuit-il convaincu. Hier la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, aujourd'hui l'Autriche, la Suisse et l'Allemagne et, dans les mois à venir, la France, la Hollande et d'autres. " Une manière de rappeler, comme le précisent élégamment, en guise de conclusion, les organisateurs de Bielefeld, que " nous ne sommes pas seuls ". " Désormais il faut également compter avec le www.bigbrotherawards.de. "
(1) Les Awards sont regroupé dans sept catégories : Business-Finance, Politique , Administration, Communication, Scène alternative, oeuvre d'une vie, prix régional.
Nicolas Bourcier Sommaire de la page - Suite De marie-jo.paulet@wanadoo.fr sur la liste OGM Danger : Je vous livre l'extrait d'un résumé de rapport du STOA étude intérimaire STOA · Résumé analytique · Septembre 1998 PE 166.499/Int.St./Exec.Sum./fr 2. éVOLUTIONS DES TECHNIQUES DE SURVEILLANCE Les techniques de surveillance peuvent être définies comme des dispositifs ou des systèmes capables de surveiller, de suivre et d'évaluer les mouvements des personnes, de leurs biens ou autres avoirs. Ces techniques sont essentiellement utilisées pour suivre les activités de dissidents, de militants des droits de l'homme, de journalistes, de responsables étudiants, de minorités, de responsables syndicaux et d'opposants politiques. Il s'est développé une très vaste gamme de techniques de surveillance, en passant par les lunettes pour vision nocturne, les microphones paraboliques permettant de détecter des conversations à plus d'un kilomètre de distance, les versions laser, capables de surprendre n'importe quelle conversation derrière une fenêtre fermée dans la ligne de mire, la caméra stroboscopique danoise Jai, capable de prendre des centaines de photographies en quelques secondes et de photographier individuellement tous les participants d'une manifestation ou d'un défilé et les systèmes de reconnaissance automatique de véhicules capables de suivre des automobiles à travers les rues d'une ville via un système informatique géographique fonctionnant à base de cartes. De nouvelles technologies, conçues à l'origine pour la défense et les renseignements, se sont, après la guerre, rapidement étendues dans les services chargés du maintien de l'ordre et le secteur privé. Il s'agit d'un des domaines du progrès technique dans lequel des réglementations d'un autre âge sont dépassées par un tableau d'infractions en constante augmentation..." Le rapport entier existe en anglais à l'adresse suivante: http://cryptome.org/stoa-atpc.htm la version papier peut être obtenue ici: http://www.europarl.eu.int/dg4/stoa/en/publi/publi.htm composition du STOA: http://www.europarl.eu.int/dg4/stoa/en/panel/comp.htm Sommaire de la page En cette aube du IIIème millénaire, nous sommes submergés d'informations concernant les nouvelles capacités exponentielles de l'Humanité à manipuler le vivant. En raison de l'irréversabilité de la pollution génétique, c'est maintenant qu'il nous faut choisir entre un monde prédigéré par un cartel de multinationales ou piloté par l'acccord des membres d'équipage du vaisseau spatial Terre. C'est à cet instant précis de l'Histoire qu'il nous faut agir. Pas demain! De ce caractère urgent, les générations vivantes doivent prendre profondément conscience... Vos commentaires sur ce dossier brûlant : 
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