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«Laisser un coin de jardin en friche...» |
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Par Alexandra
SCHWARTZBROD,
samedi 21 mai 2005 (Libération)
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Ce dimanche, la
planète entière est censée célébrer la richesse de la nature à l'occasion de
la Journée internationale de la biodiversité. «Une assurance vie pour un
monde en changement», tel est le thème de cette année. Une énième
journée internationale ? Pour quoi faire ? Arnaud Greth, fondateur de Noé
Conservation, une association créée en 2001 pour contribuer à la sauvegarde
de la biodiversité, explique pourquoi il est important d'alerter sans
relâche l'opinion sur le sujet. Pourquoi la biodiversité
serait-elle une assurance vie ? Parce qu'au quotidien nous
en vivons tous. Notre alimentation et notre santé en dépendent. Plus de la
moitié des médicaments proviennent de substances naturelles. Et tout notre
système agricole vit de services écologiques basés sur la biodiversité.
Exemple, si on n'avait pas d'insectes pollinisateurs, telles les abeilles,
on n'aurait plus de fruits ni de légumes. La valeur des biens et des
services fournis par les écosystèmes (lutte contre l'érosion des côtes via
les récifs de corail, pollinisation...) a été estimée par des scientifiques
de l'université du Maryland à 26 000 milliards d'euros, soit deux fois le
PNB mondial ! Quand on se lève le matin et qu'on se brosse les dents avec
l'eau du robinet puis qu'on enfile un tee-shirt en coton avant de prendre
une aspirine parce qu'on a mal à la tête, on ne fait que profiter de ce que
nous offre la nature. Y a-t-il un risque réel
d'épuisement des ressources ? Avec le réchauffement
climatique, l'érosion de la biodiversité est un des grands enjeux du XXIe
siècle. Selon les experts, 50 % des espèces vivantes pourraient disparaître
avant 2050, c'est-à-dire une espèce sur deux. Exemple : cela faisait des
années que les experts se battaient pour préserver les derniers rhinocéros
blancs du parc national de la Garamba au Congo. Il en restait quelques
dizaines. Dernièrement, les rebelles ou les braconniers ont tué les quatre
derniers. Beaucoup d'efforts et des millions de dollars ont été dépensés en
vain pendant des décennies. Et nous avons perdu un élément clé de notre
patrimoine. Le phénomène est-il le
même en Europe ? Bien sûr. En France, on
parle surtout de l'ours et du loup mais il y a plein d'espèces moins
charismatiques qui sont en train de disparaître dans l'indifférence : la
rosalie des Alpes (un petit coléoptère), la tortue d'Hermann dans le
Sud-Est, le grand hamster d'Alsace, l'azuré des Mouillères (un papillon des
zones humides)... Ce sont, pour certaines, des espèces de notre quotidien
que nos petits-enfants ne verront plus. Côté flore, il y a 486 espèces de
plantes menacées en France métropolitaine, c'est énorme. Première cause de
disparition : la destruction de l'habitat. Exemple, la pensée du Bassin
parisien (ou violette de Cry), disparue en 1927 quand on a fait une carrière
dans l'Yonne. En plus, l'homme a tendance
à introduire des espèces qui deviennent envahissantes dans le milieu naturel
: le ragondin, la grenouille-taureau, la tortue de Floride, l'écrevisse
américaine... La multiplication des
colloques et autres journées sur la biodiversité montre-t-elle que la
société prend conscience du problème ? Oui, on commence à le voir
dans les mondes de l'entreprise et de la politique. La biodiversité devient
un mot à la mode et c'est bien ! Moi, au début, je ne l'aimais pas, un peu
technocratique à mon goût, je préférais parler de nature. Maintenant, je
l'ai adopté, c'est un mot joyeux et il intègre un concept plus global. Dans
biodiversité, il y a aussi la notion de lien entre espèces. La chaîne de la
vie est si complexe que tout est lié. Comment faut-il agir ? De deux façons. A court
terme, il faut se mobiliser pour sauver la nature extraordinaire : favoriser
les aires protégées, les parcs naturels, les programmes de protection des
espèces... A moyen et long terme, il faut faire évoluer nos modes de
consommation. On est en train de vivre à crédit sur la planète. La
mondialisation ne tient que parce que l'énergie n'est pas chère. Or les
ressources naturelles s'épuisent. Les gens doivent changer de comportement
vis-à-vis de l'environnement et apprendre à consommer durablement. L'Etat ne
se mobilisera que si le citoyen se mobilise. C'est la vocation de
votre association ? On ne sauvera la nature que
si l'on travaille sur le terrain. Or les associations ont tendance à
délaisser celui-ci au profit des campagnes de lobbying. Nous souhaitons donc
aider les acteurs qui travaillent sur le terrain et nous cherchons des
partenaires pour y parvenir. Et nous essayons aussi de sensibiliser les
individus en propageant des gestes simples. Exemples : laisser un coin de
jardin en friche et observer la vie qui revient (le jardin, c'est le symbole
de la nature ordinaire qui nous entoure) ; faucher un ou deux mois plus tard
que d'habitude pour permettre à la faune de se reproduire ; faire un compost
(20 % de déchets ménagers sont ainsi économisés)... Il ne faut pas
culpabiliser les gens, il faut les faire rêver, les associer à l'aventure de
la protection de la biodiversité. Un geste simple au départ induit plein de
choses pour la société. |