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Les géants de l'agro-industrie cherchent à diffuser leurs OGM dans les pays du Sud |
De plus en plus contestés dans les pays du Nord, les industriels spécialisés dans les biotechnologies se tournent vers les pays du Sud, soucieux de les convaincre de l'intérêt des organismes génétiquement modifiés (OGM). Cette promotion des cultures transgéniques passe par différentes opérations à but non commercial se présentant comme des actions de solidarité Nord-Sud, justifiées par l'idée que les OGM peuvent apporter une réponse aux besoins alimentaires des pays en développement. Un premier mode d'action des industriels consiste à établir des liens avec les scientifiques des pays du Sud, en contribuant à la recherche de variétés d'OGM adaptées aux conditions locales. La multinationale américaine Monsanto a ainsi accueilli dans son laboratoire de Saint-Louis des chercheurs de l'Institut de recherche agricole du Kenya (KARI). L'européenne Novartis reçoit elle aussi des chercheurs dans ses laboratoires. Mais la collaboration avec des organismes de pays du Sud ne porte pas seulement sur la recherche : il peut aussi s'agir de formation à la réglementation sur les OGM. Les compagnies tentent aussi d'établir des partenariats avec des groupes locaux influents. Monsanto a ainsi esquissé en 1998 et 1999 une collaboration avec la fameuse Grameen Bank, au Bangladesh, qui a inventé le micro-crédit aux paysans pauvres. Monsanto soutient également un groupe de gros exploitants agricoles polonais, le Klub Farmera, créé en mai 2000 à Varsovie. Une autre voie pour promouvoir les OGM hors des pays développés passe par la mise à disposition gratuite de brevets. Ainsi l'entreprise Monsanto a-t-elle annoncé en avril qu'elle rendait publiques les données qu'elle possédait sur le génome du riz. De même, Novartis diffuse gratuitement au Vietnam des souches du gène Bt afin de contribuer à la mise au point d'une patate douce transgénique. Ces dons ne sont cependant pas
si désintéressés. Selon des chercheurs français, les séquences génétiques du riz de
Monsanto « manquent de précision » et demandent un important travail de « finition »
( Le Monde du 3 août 2000). Par ailleurs, l'entreprise précise que, si des chercheurs
brevettent des inventions basées sur l'utilisation directe de ses données, la compagnie
se réserve la possibilité de négocier en premier une licence non exclusive de ces
brevets ». De son côté, Novartis se réserve le droit de bénéficier de toute
amélioration des technologies effectuées à la suite du transfert, peut-on
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Les efforts des entreprises de biotechnologie agricole bénéficient du soutien actif et non dissimulé de l'Etat américain, pour qui la question représente un enjeu commercial majeur. Le Sénat a ainsi tenu une audition le 12 juillet dernier sur « le rôle de la biotechnologie pour combattre la pauvreté et la faim dans les pays en développement » ý audition convoquée par le sous-comité du Sénat chargé de « la politique économique internationale, de l'exportation et de la promotion du commerce ». Divers organes de l'Etat fédéral s'engagent sur le terrain : la collaboration entre Monsanto et le KARI a été soutenue par l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid). Une délégation américaine, comprenant des représentants de Monsanto et conduite par le sénateur Christopher Bond, a visité en janvier 2000 la Thaïlande, pour convaincre ce pays d'adopter les OGM. L'Usaid travaille aussi à aider les pays en développement à adopter des normes leur permettant de « concourir dans le marché international ». Cette aide est apportée par le Technical Resolution Fund, destiné à fournir une assistance technique en matière de biotechnologie : selon le rapport d'activité de l'Usaid pour 1999, le fonds a notamment permis d'organiser un forum sur le sujet au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ainsi que le congrès fondateur de l'Association africaine de commerce de semences. EUROPE DE L'EST Pendant l'été, le Sénat devait aussi adopter un budget de 30 millions de dollars pour promouvoir les biotechnologies dans les anciens pays communistes d'Europe de l'Est. Devant la protestation des organisations non gouvernementales (ONG) de ces pays, la discussion a été repoussée, mais le projet n'est pas abandonné. Autre terrain d'action pour les entreprises, les organismes internationaux. Le plus incontournable en recherche agronomique est le Consultative Group on International Agricultural Research (CGIAR), basé à la Banque mondiale, qui coordonne seize centres de recherche dans les pays du Sud. Dirigé il y a peu par Ismail Serageldin, un partisan enthousiaste des OGM, le CGIAR est resté très favorable à ceux-ci. Un autre forum important est la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, dont la position n'est pas arrêtée. Elle reste beaucoup plus prudente et mesurée dans son approche des OGM. Hervé Kempf Le Monde du mardi 17 octobre 2000
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