LE MONDE du 12 février 2001
L'ESPÈCE HUMAINE est bien loin de disposer d'un vaste capital génétique ;
son patrimoine héréditaire n'est guère plus complexe que celui des êtres
vivants qui la précèdent dans le grand arbre de l'évolution et l'on
peinerait à vouloir rechercher, d'un point de vue génétique, ce qui
distingue les différentes races et ethnies qui composent le genre humain.
Tels sont les principaux enseignements d'une série d'études menées à
l'échelon international et rendues publiques, lundi 12 février. Publiées
par les revues Science et Nature, elles sont le résultat des travaux de deux
équipes, l'une de la société privée Celera, du Maryland, aux Etats-Unis,
dirigée par le généticien Craig Venter ; l'autre, d'un consorsium
international de séquençage du génome humain, financé par des fonds publics. Ces
résultats feront date dans l'entreprise immense que constitue
l'établissement de la cartographie exhaustive de tous les composants du
patrimoine génétique de l'espèce humaine.
Nous avons moins de gènes que nous le croyions. La première surprise, et
elle est de taille, concerne le nombre des gènes parfaitement identifiés ou
bien localisés au sein du génome de l'espèce humaine. A partir de données de
séquençage qui couvrent environ 95 % du génome, les auteurs de Nature et de
Science situent entre 26 000 et 39 000 le nombre total des gènes
humains. « En supposant que le décompte total s'établisse à un point
intermédiaire d'environ 30 000, il en résulterait que les êtres humains
possèdent seulement 13 000 gènes de plus que Drosophila melanogaster,la
mouche du vinaigre dont le patrimoine génétique a été décrypté il y a moins
d'un an », a expliqué Craig Venter à Lyon, vendredi 9 février, lors
d'une
rencontre avec la presse internationale.
Ces déclarations doivent être rapprochées des communications récentes du
groupe Celera affirmant que le nombre des gènes humains atteignait - voire
dépassait - les 100 000, ce que contestaient les équipes publiques
engagées dans cette compétition.
Les races n'existent pas. Cette fois, ce n'est pas une surprise, mais une
importante confirmation. « Chaque individu sur terre partage 99,99 % du
même code génétique avec le reste des humains, soulignent les auteurs de
Science.
En fait, des individus de groupes raciaux différents peuvent présenter plus
de similarités génétiques entre eux que des individus pris au sein d'un même groupe.
Les variations individuelles ne représentent que 0,01 % de
l'ensemble du génome. »
La part des gènes. Deuxième surprise : pour les responsables de
l'hebdomadaire américain, cette avancée dans le décryptage du génome humain, au-delà
des nouvelles perspectives médicales qu'elle autorise, est riche «de révélations
possibles sur la place que nous occupons dans le panorama varié des êtres vivants.» De
l'aveu même de Craig Venter, la nouvelle cartographie génétique fait que, contrairement
à une forme d'idéologie du « tout biologique » véhiculée depuis plusieurs
années, il n'y a pas de « bons » ni de «mauvais» gènes. Pour cette simple
raison, il faut
imaginer, de manière plus complexe, des réseaux d'un autre ordre qui restent
à identifier et à comprendre. Réseaux dans lesquels les gènes ne seraient
plus la clé de voûte de l'organisation du vivant. En d'autres termes, les
derniers résultats des programmes de décryptage réduisent, de manière
paradoxale, la part qui revient aux gènes dans la lecture et la
compréhension des pathologies ainsi que dans la compréhension et
l'explication du comportement.
Tout indique aujourd'hui qu'au-delà du seul décryptage du génome de notre espèce,
cette étape devrait préluder à de nombreux développements dans les domaines de la
biologie, de l'anthropologie, des différentes sciences
humaines et pourrait peut-être bouleverser l'approche, depuis longtemps
controversée, des rapports complexes qu'entretiennent l'inné et l'acquis.
« Les généticiens sont désormais confrontés à un véritable problème. Non
seulement le nombre de gènes humains n'est pas élevé mais beaucoup sont
identiques à ceux retrouvés dans d'autres espèces, y compris ceux du
développement, explique Pierre Sanigo (Institut Cochin de biologie
moléculaire, Paris), auteur, avec Jean-Jacques Kupiec, d'un récent ouvrage
original sur ce thème (Ni Dieu ni gène, Seuil). Dans un autre domaine on voit bien que
le séquençage du VIH, réussi en 1985, ne nous a pas donné la solution pour combattre
le sida. Il faut donc impérativement, pour comprendre, élargir les investigations,
s'intéresser aux conditions de développement, à l'ADN répétitif, à l'écologie
cellulaire, aux grands équilibres. Ces derniers résultats confortent la lecture de ceux
qui pensent que les gènes nous fourniront à eux seuls les futurs remèdes aux maladies.
»
Cette étape de la recherche survient vingt ans après le lancement du
programme de décryptage du « Grand livre de la vie », projet qui se
proposait d'établir l'intimité de la structure de l'ensemble des millions
d'éléments qui - sous la forme d'une double hélice d'ADN contenue au sein
des chromosomes présents dans le noyau de chacune de nos cellules -
constituent le patrimoine héréditaire de l'espèce humaine. Ce projet a
également pour but d'identifier, au sein de ce gigantesque enchaînement, ces entités
fonctionnelles, les gènes, qui sont, notamment, à l'origine, via le
code génétique, de la synthèse des protéines et qui jouent à ce titre un
rôle clef dans le métabolisme cellulaire et la physiologie de l'organisme.
Le fait qu'une série de maladies, héréditaires ou non, soit la conséquences
d'anomalies structurelles
de certains gènes laisse espérer - au delà des
acquis de science fondamentale - que cette entrprise puisse ouvrir la voie
à la mise au point de nouvelles strétégies thérapeutiques, médicamenteues ou pas. A
ce titre, toutes les avancées dans ce domaine sont « auscultées»
avec le plus grand soin par les milieux économiques et financiers
spécialisés dans ce secteur comme l'a montré la deuxième édition du Forum
international des Science de la Vie inauguré à Lyon le jeudi 8 février par
Jacques Chirac et qui s'est clos le lendemain en présence de Laurent Fabius, ministre de
l'économie, des finances et de l'industrie.
L'étape précédente date de moins d'un an lorsque les gouvernements de
différents pays industrialisés annonçaient, solennellement, la publication
de la première ébauche de la structure fine du génome humain (Le Monde du 27 juin 2000)
à partir de travaux menés dans une vingtaine d'états au sein consortium public «
Projet du génome humain » (HGP). Aujourd'hui le HGP, en association étroite avec le
groupe privé et concurrent Celera que dirige J. Craig Venter, révèle les derniers
résultats de cette entreprise cartographique hors du commun.
J.-Y. N. (Merci à Catherine Roux)
Sommaire de la page
L'être humain pourrait posséder beaucoup plus que 30.000 gènes (étude)
http://www.larecherche.fr/Agence Française de Presse/n010824145626.51h2s1td.html
WASHINGTON, 24 août (Agence Française de Presse) - L'être humain pourrait
posséder beaucoup
plus que les quelque 30.000 gènes identifiés par les deux équipes
scientifiques, l'une publique et l'autre privée, qui ont établi la carte
du génome humain au début 2001, écrit un autre chercheur dans un article
publié vendredi par la revue américaine Cell.
Une équipe conduite par le docteur Michael Cooke, du
Genomics Institute
de la Novartis Research Foundation à San Diego (Californie) a procédé à
la comparaison des travaux de la société privée américaine Celera
Genomics et du Projet public international du génome Humain (HGP, Human
Genome Project).
Il apparaît, selon le Dr Cooke, que ces deux équipes ont
identifié deux
séries de gènes dont seulement un peu plus de la moitié sont identiques.
Environ 25.000 gènes ont été identifiés seulement par une équipe ou l'autre.
Sur cette base, le Dr Cooke estime que le nombre de gènes
humains est
largement supérieur à 30.000.
Mais en l'état actuel des recherches, personne ne peut
dire combien de
gènes ont échappé aux deux équipes occupées à établir la carte du génome
humain, et combien de gènes identifiés seulement par l'une de ces
équipes sont valides.
Dans une autre étude publiée en juillet par la revue
Genome Biology, une
équipe de chercheurs plaçait le nombre de gènes humains dans une
fourchette de 65.000 à 75.000.
Et certains scientifiques, comme William A. Haseltine,
président de la
société Human Genome Science à Rockville (Maryland) font état de
résultats encore bien supérieurs, qui pourraient atteindre entre 90.000
et 120.000 gènes, un chiffre considéré comme trop élevé par une majorité
de spécialiste.
Au début 2001, les deux équipes travaillant sur le
séquençage du génome
humain avaient annoncé que les êtres humains possèdent quelque 30.000
gènes, soit à peine deux à trois fois plus qu'une mouche et bien moins
que les 100.000 ou 140.000 estimés auparavant.
La séquence du génome humain comporte toutes les
informations
nécessaires à à la vie, et donc à la création d'un être humain. En
comprenant comment les gènes fonctionnent, les scientifiques pourraient
trouver des moyens de bloquer ou de prévenir les maladies génétiques et
d'étendre de manière considérable l'espérance de vie humaine.
--------
SOS-Planete, le site de l'association Terre sacrée, chemin Counillere, 83149-BRAS
(France), parce qu'on la massacre! http://terresacree.org
: base vivante
d'information (Environnement, biodiversité, biotechnologies, alternatives,
éthique, découvertes...)
"Il devient indispensable que l'humanité formule un
nouveau mode de penser
si elle veut survivre et atteindre un plan plus élevé." Albert Einstein.
"Nous pensons qu'un monde autre que celui dont la
réunion du G 8 de Gênes a constitué la consternante caricature est
possible." Attac
La carte génétique humaine de Jacques Testard - Sommaire de la page
|