Le Haricot vert « LE HARICOT VERT » n°1, (extraits 01/1999)
Historique historique .
En fait, les plantes transgéniques ne sont pas tombées de la dernière pluie, au contraire, le terrain leur avait été diaboliquement et efficacement préparé. Voici des renseignements que l'on ne trouve pas partout, mais qui éclaireront ceux et celles qui ne comprenaient pas pourquoi leurs parents ou grands-parents parlaient de toutes ces variétés potagères qu'on n'arrive plus à trouver aujourd'hui : que sont-elles devenues ? Pourquoi les avoir laissées disparaître ?
Un peu d'histoire, mais pas de celle des manuels scolaires ni des médias en tous cas.
. « .C'est le 2 décembre 1961 que la première offensive de la « Guerre des semences » débuta officiellement, lors d'une convention, à Paris, qui donna naissance à un organisme international siégeant à Genève, L'U.P.O.V ( Union pour la Protection des Obtentions Végétales ) dont le but est de promouvoir et de coordonner les législations du monde relatives aux brevets sur les nouvelles variétés de plantes potagères, céréalières, fourragères et arbres fruitiers.
La France promulgua en 1970 une loi relative à la protection des obtentions végétales selon laquelle toute obtention végétale nommément désignée peut faire l'objet d'un titre appelé « certificat d'obtention végétale ».
Aux USA , malgré une vive opposition publique, le Sénat vota des amendements afin de pouvoir s'aligner sur les législations européennes et devenir membre de l'UPOV.
L'Angleterre devint membre après avoir promulgué le 1er juillet 1973 le « Seeds Regulation » interdisant à la vente toute variété de plante non inscrite sur « le catalogue commun » de la Communauté Européenne . De courageuses associations de jardiniers biologiques s'opposèrent aux brevets végétaux, mais en vain ou trop tard : quand ils eurent enfin réuni les fonds nécessaires, la plupart des variétés potagères qu'ils espéraient sauver avaient disparu.
En effet, l'établissement d'un système de brevets sur les plantes - qui préparait déjà le terrain aux brevets OGM - ouvrit toutes grandes les portes des grainetiers aux multinationales jusqu'alors peu intéressées par ce secteur.
Les plus gros achetant les plus petits, Royal Dutch Shell devint du jour au lendemain, la plus grande firme mondiale de l'agro-chimie et du secteur des semences après avoir racheté 74 compagnies productrices de semences en Angleterre.
Entre 1970 et 1984, quelques 839 firmes productrices de semences furent ainsi rachetées de par le monde par Shell Oil, Occidental Petroleum , Sandoz ( futur Novartis ), Monsanto etc. Ainsi, après avoir maîtrisé totalement les secteurs de la fertilisation (engrais), de la phyto-pharmacie ( pesticides etc) le dernier maillon de la chaîne était - et est toujours - contrôlé par les multinationales.
La destruction du patrimoine génétique elle, ne faisait que commencer : selon une estimation de 1990, près de 60 000 espèces sont condamnées à disparaître. Sur les dizaines de milliers de plantes comestibles que recèle le monde végétal, seulement trois mille d'entre elles ont été utilisées dans l'histoire de l'humanité. Sur ce nombre, seulement 150 espèces sont inscrites au registre du commerce international. Actuellement, une trentaine de ces 150 pourvoient à plus de 90% des ressources alimentaires de l' humanité : les céréales, légumineuses, tubercules (pomme de terre etc), les fruitiers et quelques plantes oléagineuses et sucrières.
Pour donner un exemple de cette désertification de l'agriculture mondiale, en juillet 1980, lorsque la législation sur « la protection des obtentions végétales » prit pleinement son effet, 2126 espèces potagères devinrent illégales à la vente. Ainsi, 80% des variétés potagères disparurent des catalogues. On prévoyait en 1991 que plus de ¾ des variétés de légumes cultivés en Europe auraient disparu à cause de la législation des brevets.
Par exemple, le National Seed Storage Laboratory, une banque de gènes gérée par le gouvernement des USA, avoue ne plus conserver que 3% de toutes les variétés potagères qui étaient disponibles sur les catalogues américains des années 1901-1902.
Sur les catalogues de graines d'Allemagne fédérale en 1982, il ne restait plus que 5% de variétés non protégées par des brevets. En France, il n'est que de consulter des catalogues nationaux ou de regarder les rayonnages des grandes jardineries pour constater la pauvreté de choix de variétés pour une même espèce potagère. »
(d'après Dominique Guillet : « Semences de paix » in « La rose et la passiflore » Ed. Rose et Passiflore.1992 Dominique Guillet s'occupe de Terre de semences, qui produit et diffuse des graines rares et bio, Terre de Semences. Chemin de Parenove. 30100. Alès. Tel : 04.66.30.64.91 / Fax : 04.66.30.61.21 Bibliographie : Grall et Lévy : « La guerre des semences ».Fayard.1985. (avaient déjà TOUT compris en 1985 )
Exemple du maïs.
« .Après en avoir dépossédé les indiens du Mexique, les grandes firmes américaines ont mis au point l'hybridation systématique du maïs, dans les années 1920-1930. Très vite, les paysans ont été obligés d'acheter des semences aux trusts de l'époque. Le système d'esclavage moderne a tellement bien fonctionné que par la suite, le maïs est devenu le symbole d'une agriculture triomphante, remplaçant au fur et à mesure les autres céréales dans l'alimentation du bétail, aussi bien en grains que sous forme d' ensilage.
La naissance, en 1994, de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a rendu possible l'uniformisation encore plus poussée du modèle industriel en agriculture. Ayant capitulé devant les USA, l'Europe a accepté de placer l' échange des biens agricoles au même niveau que les biens manufacturés. L' abandon de fait d'une partie de la protection communautaire et de la spécificité agricole transforme radicalement la forme des échanges. Elle institutionnalise les prix mondiaux de dumping, comme seuls régulateurs des flux de marchandises.( .)
L'objectif est clair : rendre l'approvisionnement pour les paysans obligatoire en produits manipulés. Mais si la résistance s'intensifie, si le refus des éleveurs d'accepter ces produits se renforce en lien avec les consommateurs, les pertes financières des grands groupes pourront modifier leur choix d'investissements. C'est pourquoi la Confédération Paysanne s' investit dans ce combat. L'avenir de l'agriculture paysanne se joue en cette fin de siècle.Refuser aujourd'hui le brevetage du Vivant, c'est faire le choix de l'avenir, c'est refuser que la vie ne se transforme à son tour en marchandise, étape ultime du capitalisme mondialisé. » ( extrait de : José Bové, Confédération Paysanne, in Greenpeace Automne 98 ).
Sommaire de la page NOTES SUR LA REGLEMENTATION DES SEMENCES « Les semences biologiques » François Delmond
François Delmond est producteur de semences biodynamiques depuis 1987 à : Germinance. Les Rétifs, 49150. St Martin d'Arcé. Tel/fax : 02.41.82.73.23 extraits d'un article de Biocontact n°65. Sept.97
« .Les consommateurs pensent qu'en bio les semences sont biologiques : ce n' est bien souvent pas le cas. Organisation de la production de semences conventionnelles en France :
La France : 1er producteur en Europe et 2ème dans le monde, après les USA. L'organisation de la production de semences est à peu près la même dans tous les pays de la CEE.
- En dehors de quelques plantes particulières ( tabac, chanvre..) n'importe qui a le droit de produire les semences de toutes espèces et de toutes variétés pour son usage personnel, tant que ça ne gêne personne.
- Il est interdit de laisser monter à graines une friche envahie de chardons ou de cultiver certaines plantes au voisinage de cultures portes-graines etc .
-Par contre, personne ne peut produire des semences en vue de les commercialiser et personne ne peut vendre des semences sans autorisation.
En France, le Ministère de l'Agriculture a chargé le G.N.I.S ( : groupement interprofessionnel des semences, 44. rue du Louvre.75001. aris. ) de développer la filière semences et plants, et de veiller à l' amélioration de la qualité des semences et à la diffusion du progrès génétique.
Il ne rassemble que des professionnels, de l'obtenteur ( créateur de nouvelles variétés) à l'agriculteur utilisateur, en passant par l' agriculteur de semences.
On peut constater qu'en son sein ne siègent aucun représentant des utilisateurs amateurs de semences (jardiniers.) ni de consommateurs, dont la santé découle, on l'a vu de la qualité des semences, ni des nutritionnistes ni bien entendu des agriculteurs biologiques.
Le G.NI.S a surtout mis en place une organisation et une réglementation qui a surtout tenu compte du point de vue des professionnels et donc de leurs intérêts..
Il y a des dérapages qui auraient pu être évités : disparition du commerce des variétés anciennes. mise au point de variétés hybrides rentables pour les sélectionneurs (car brevetables ), pour les producteurs de semences ( car les agriculteurs doivent racheter chaque année de la semence), pour les agriculteurs ( production plus homogène et plus lourde ), pour les commerçants ou industriels ( .longue conservation, belle présentation ) mais qui n'ont aucun intérêt pour les jardiniers ( variétés délicates, exigeantes.), ni pour les consommateurs.
Pour être producteur de semences, il faut obtenir une carte professionnelle du G.N.I.S et pour cela répondre à certains critères de taille : au moins 5 ha de cultures de semences potagères fines par exemple, mais pas de compétence ! .Les petits producteurs de semences potagères ont tous peu à peu disparu.Limagrain a mis tout le monde d'accord en rachetant les 3 plus gros et plus anciens : Vilmorin, Tézier et Clause.
Limagrain, coopérative agricole de la plaine de la Limagne, a fait fortune avec les premiers hybrides de maïs mis au point par l'INRA avec des fonds publics.
Limagrain a de nombreuses filiales et plusieurs laboratoires de biotechnologies et pratique le lobbying intensif à Bruxelles pour faire assouplir la réglementation en matière de variétés transgéniques.
Limagrain est devenu le 1er producteur de semences ( toutes cultures en Europe ).
Le G.N.I.S est aussi à l'origine de la réglementation sur les variétés.
Dans chaque pays de la CEE, les variétés sont inscrites sur un catalogue.
Une variété inscrite dans au moins un des pays de la CEE est autorisée dans tous les autres.
Une variété ne peut rester inscrite que si au moins un producteur de semences se charge de son maintien ( de sa sélection conservatrice ).
Cela ne pose pas de problème pour les variétés récentes, en général l' obtenteur se charge de son maintien.
- Pour les variétés anciennes, ( au moins 20 ans, parfois plus de 100 ans) : la variété est « domaine public ». Si plus aucun producteur en Europe ne la produit : elle est rayée définitivement : commercialisation interdite sous forme de semence et sous forme de plant...
- Un maraîcher ne peut vendre ( à un maraîcher ou à un jardinier ) que des plants de légumes de variétés inscrites.
- C'est très difficile de réinscrire une variété rayée ( dossier compliqué etc. ) et l'obtenteur doit payer 10 000 F pour inscrire sa variété ( de quoi décourager ) qui, une fois inscrite sera protégée : Pendant 20 ans, personne ne peut la multiplier sans lui verser des droits.
Ensuite, elle est domaine public, tout producteur peut la multiplier, à moins que l'obtenteur ne demande sa radiation parce qu'il en a trouvé une autre équivalent entre temps. ( pour qu'il n'y ait plus de concurrence. )
Le G.N.I.S freine ainsi la diffusion du « progrès génétique » de la nature (s'il y en a un ).
- Nouvelles variétés : Seules les grandes firmes font de la sélection pour obtenir de nouvelles variétés, dans des conditions de laboratoire, et avec comme seuls critères de sélection le rendement etc.
- on essaie à tout prix de créer des variétés hybrides : pour être obligé de racheter les graines chaque année.
- Priorité à la prise en compte de la résistance aux maladies et insecticides etc. ( recherche génétique, OGM . )
La production des semences conventionnelles :
La multiplication des semences ainsi obtenues par les sélectionneurs se fait sous contrat chez des agriculteurs multiplicateurs : industrialisation, désherbage, fongicides, hormones. etc. On fait de moins en moins de semis en pépinières, on sème directement sur de grandes surfaces et on récolte à la moissonneuse-batteuse. On en fait aussi dans l'hémisphère sud pour obtenir 2 récoltes de graines par an (maïs, haricot.).
Les semences sont ensuite nettoyées, calibrées, et éventuellement enrobées : couches d'argile contenant différents produits de traitement et un colorant ( pour éviter de les confondre avec des graines à consommer ).
Les semences pour jardiniers sont moins traitées, mais sont enfermées dans des sachets en aluminium et plastique. Une fois ouvertes, elles perdent rapidement leur pouvoir germinatif.
La profession de maraîcher :
Industrialisation, mécanisation.avec variétés adaptées aux demandes de la grande consommation : hybrides F1 etc. utilisation de plastiques sur les cultures pour récolter plus tôt ou plus tard. (cf. les légumes qu'on trouve toute l'année ) etc. Parallèlement se sont développés les semis en motte ( utilisation massive de tourbe, destruction des tourbières.) achetés tous prêts.
Le maraîchage biologique :
Environ 3000 producteurs de légumes bio ( la plupart n'ont pas échappé à la mécanisation ci-dessus ). On peut les classer en 3 catégories :
- maraîchage de plein champ : culture sur plusieurs ha, mécanisée, expédition aux grossistes.
- maraîchage intensif : plein champ, avec serre, tunnel, sur quelques ha de 10 à 20 cultures différentes. Plants en motte. Expéditions, vente au détail.
- maraîchage traditionnel : sur de petites surfaces, circuits courts. vente directe.
Depuis l'été 1995, une réglementation oblige les maraîchers bio à utiliser :
- des plants de légumes produits selon les règles de l'agriculture bio, par lui-même, ou par un producteur certifié AB.
- des semences bio dans la mesure où elles sont disponibles. Elles doivent avoir été produites pendant au moins une génération sur des fermes en bio.
Cette réglementation est difficile à appliquer : peu de producteurs de plants et de semences bio, mais c'est un progrès par rapport à avant .
En France : il y a une dizaine de producteurs de semences bio. Pour les semences de céréales, 2 producteurs produisent quelques variétés sur quelques dizaines d'ha. Il y a aussi les semences produites par les agriculteurs eux-mêmes, c'est peu. Aucune production en bio pour les grandes cultures (maïs, tournesol, colza, fourragères.). 2 producteurs bio pour les pommes de terre.
Ferme de ste Marthe et Terre de semences : vendent surtout aux jardiniers.
Biau Germe et Germinance : jardiniers et maraîchers.
Tout cela ne représente que quelques % des besoins en semences chez les bios : le reste vient du conventionnel. En Europe ( la plupart sont en biodynamie ) :
Allemagne : 1 gros producteur à Bingenheim, en partenariat avec le conventionnel Hild.
Suisse : 4 producteurs. Le plus important : Ekkharthof, en relation avec le producteur allemand. Fournit les maraîchers . Pays-bas : 2 producteurs de semences, 1 producteur de plants de pommes de terre, 2 de bulbilles d'oignons. Autres pays : rien ou presque.
En France (suite) : contrairement aux semenciers conventionnels, les producteurs de semences bio sont des agriculteurs qui produisent eux-mêmes leurs semences en bio.
Rappel : il n'existe pas de cahier des charges de la production de semences biologiques. La seule obligation ( CEE. 1995) est que les semences aient été produites pendant au moins une génération en bio. ( c'est bien le minimum ! Il faudrait au moins 2 ou 3 générations pour être vraiment bio.)
La production de semences bio est artisanale et faite avec beaucoup de soin, comme pour du jardinage ou du petit maraîchage à l'ancienne. Les semences ainsi produites reviennent donc beaucoup plus cher, les jardiniers l' acceptent volontiers, les maraîchers bio pas toujours, bien qu'on leur fasse des conditions..
Ce sont les ventes aux jardiniers qui permettent à des producteurs comme Germinance de vivre.
Le stockage des semences bio se fait au frais, dans des matériaux naturels ( bois, papier, tissu). Elles sont conditionnées dans des sachets en kraft.
Des variétés fixées traditionnelles :
Les producteurs de semences bio n'ont pas accès aux banques de semences.
La production démarre souvent à partir d'autres producteurs bio ou du commerce, d'où une sévère sélection conservatrice sur 1 ou 2 générations. Ensuite, ils réutilisent le meilleur de leurs propres semences (sélection attentive des plus beaux porte-graines.)
Ils produisent surtout des semences de variétés anciennes (au moins 20 ans) sélectionnées avec des critères rigoureux ( rusticité, goût.).pour les variétés récentes ; les hybrides étant trop compliqués à produire, ils ne multiplient que les variétés fixées.
Mais hélas, les sélectionneurs ont mis au point des variétés hybrides pour beaucoup d'espèces et les maraîchers bio ont pris l'habitude de les utiliser.
- Pour multiplier les semences de variétés récentes fixées, il faut l' autorisation de l'obtenteur (qui ne l'accorde pas souvent), et lui payer des droits. Quand il donne son autorisation (par ex. :Hild en Allemagne), les producteurs bio doivent reprendre chaque année la semence de base à l' obtenteur. ( d'où des semences qui n'ont qu'une génération en bio, comme si elles étaient en continuelle reconversion ). C'est mieux que rien.
Attention aux variétés très récentes qui sont passées par les biotechnologies, et en portent encore les traces sans qu'on le sache et sans qu'on le voit.
Il y a aussi toute une série de variétés qu'ils n'ont pas le droit de produire car non inscrites au catalogue officiel :variétés anciennes, locales, ou bien qui n'ont jamais été inscrites, bien que connues et utilisées ( courge spaghetti par ex.) Les pouvoirs publics se montrent tolérants.
La gamme de semences bio rappelle celle de l'ancien temps où l'on n' utilisait peu d'engrais etc. Pour les variétés récentes plus adaptées aux maraîchers ( sous-abri, rendement etc), ils n'ont pas encore le droit de les commercialiser : il faudra attendre une dizaine d'années pour que certaines soient dans le domaine public.
- Au sujet de la réglementation des variétés anciennes, il en disparaît chaque année quelques unes. Les pouvoirs publics ne veulent pas prendre en charge le patrimoine végétal commun.Il y a très peu d'associations de sauvegarde pour les légumes (alors qu'il y en a beaucoup pour les fruits).
Ces variétés disparues ne subsisteront plus que dans les banques de semences où les particuliers n'ont pas accès. On parle de plus en plus de ne plus conserver en banques des graines, mais des cellules végétales en éprouvettes stériles.ce qui avec la pratique des bouturages excessifs conduira vite à la dégénérescence des variétés anciennes, et à leur disparition.
L'espoir :
Choisir des semences bio, c'est faire reculer les biotechnologies, et sauvegarder le patrimoine végétal de l'humanité.
Actuellement, les maraîchers bio sont plutôt réticents pour utiliser des semences bio : peur des mauvaises germinations, méconnaissance des variétés, manque d'information, pas ou très peu de structures officielles en bio qui fassent des essais comparatifs dans le domaine des semences.Le prix plus élevé des semences bio compte aussi, bien que ce soit relatif. Le manque de réflexion aussi : dépendance de l'agriculture traditionnelle pour les semences, l'organisation professionnelle ne s'est jamais beaucoup penchée sur ce sujet non plus. C'est seulement une minorité d'agriculteurs bio qui est concernée et qui permet petit à petit le développement de la filière.
Le consommateur : s'il est jardinier, à lui de se prendre en charge et de commander par catalogue les semences qu'il a peu de chances de trouver ailleurs.
Le consommateur bio : par ses achats, il va choisir un certain type d' agriculture et de distribution : légumes bio hors saison, via chambres froides etc. ________________
En résumé d'une conversation téléphonique avec François Delmond :
- Plantes potagères : on ne peut produire que des plantes inscrites au catalogue, le reste (médicinales etc.) : libre
- Un agriculteur déclaré ne peut commercialiser des plantes issues de semences hors catalogue que s'il est semencier ( autorisation à demander au G.N.I.S : une carte de semencier . )
Catalogue officiel : beaucoup de variétés jamais inscrites ( perdues etc ) : on n'a pas le droit de les commercialiser mais c'est toléré. Donc : il y a quelques variétés illégales
En 1998, la réglementation s'est durcie : obligation à une inscription légale pour commercialiser certaines variétés : c'est injuste.
Domaine public : si la semence a moins de 20 ans, c'est son obtenteur qui en a l'exclusivité
Au delà de 20 ans, c'est dans le domaine public et on a le droit de les commercialiser..
Législation :
G.N.I.S : groupement interprofessionnel des semences ( toutes les semences ) 44. rue du Louvre.75001. Paris. S'adresser à eux pour législation.
Autre info (à vérifier) : d'ici 2 ans (2001 ) tout agriculteur bio qui voudra vendre sa production et toucher la prime accordée par la CEE devra acheter des semences bio « certifiées », une certification de qualité des semences et ce sont les multinationales comme Cargill, Monsanto, Novartis etc. qui détiennent le droit de certifier.
Et les petites maisons productrices de semences bio ? Et leur indépendance ?
- Extrait de François Delmond, courrier aux usagers de Germinance ( article repris dans Nature et Progrès 09/99 mais en partie seulement ) :
La réglementation des semences standard a été mise en place par et pour des professionnels semenciers.
Réglementation « variétés anciennes pour jardiniers amateurs » : voir Nature et Progrès Sept 99.
Les petits producteurs de semences doivent, depuis le 26 décembre 97 : inscrire les variétés anciennes qu'ils veulent continuer à vendre, et arrêter d'en produire d'autres tant qu'elles ne sont pas inscrites au catalogue.
L'inscription de ces variétés oblige le producteur :
-à payer des frais de dossier de 1450 FF par variété
- à cultiver ces variétés dans un jardin d'essai pour pouvoir les faire visiter et évaluer par les autorités compétentes ( GEVES).
- à les décrire en détails sur des fiches ad hoc. Et à apporter la preuve que les variétés ont plus de 15 ans .
- S'engager à les cultiver et à les maintenir conformes à la fiche descriptive de départ : la variété figée n'a plus le droit d'évoluer !
- Fournir à ses frais aux autorités compétentes et sur simple demande, des échantillons pour alimenter leurs banques de semences.
« Bref, il s'agit pour le petit semencier d'avoir à assumer, sans contre-partie, de nombreuses obligations, de faire bénévolement un travail de préservation du patrimoine commun qui depuis longtemps, devait être organisé et financé par les pouvoirs publics, de gagner moins, et de payer plus. »
Citations diverses :
.- « Je suis chargé de procéder à l'élimination de la culture rurale et de la paysannerie, commença le rapporteur.
- « Et pourquoi précisément de la paysannerie ? » demanda le médecin.« Parce que l'existence de l'humanité commence et se termine avec la paysannerie. ». ( Günther Schwab : « La danse avec le Diable » Ed. du Vieux Colombier, 1963 /Le Courrier du livre, Paris ).
- « .Deux fois dans ce siècle, la science a franchi une barrière qu'elle aurait du craindre. Dans les deux cas, un noyau fut maltraité : le noyau atomique et le noyau cellulaire. » ( Erwin Chargaff, biochimiste, cité par Max Labbé, dans « Le soja, cette étonnante légumineuse ». auto-édition, Auvers sur Oise,1997 ) Sommaire de la page Le chant du maïs « C'était le mois de juillet, il y a plusieurs années de cela, j'étais invité pendant quatre semaines à Third Mesa, dans le pays Hopi. Cela faisait trois semaines qu'il n'avait pas plu et les terres suffoquaient sous l' emprise des chaleurs torrides. C'était le milieu de la journée et mon hôte s 'était assoupi paisiblement dans la fraîcheur de sa maison de pierre. Je ne pouvais pas rester en place. Je fermai doucement la porte moustiquaire derrière moi et je m'enfonçai dans la chaleur de la kisnovi, la place du village.
Je cherchai du regard à déceler un quelconque mouvement mais tout était aussi calme qu'à minuit. Seul un chien remua pour ne rien perdre du peu d' ombre de midi. Tout le reste du village semblait respecter le rituel de la sieste profonde que Tawa, le Père-Soleil, leur imposait quotidiennement.
- « Juste les chiens fous et les anglais au soleil de midi » murmurai-je d' un ton rêveur. Je ne savais même pas où j'allais en descendant le bord de la mesa, sur un sentier qui avait été, il y a longtemps, picoré dans les roches tendres, durant des jours plus frais.
Lorsque j'atteignis le bas de la falaise, je vis un lézard qui se faufilait hâtivement sur un chemin poussiéreux. Je le suivis alors, comme si cette créature me guidait. Après une marche d'environ un quart d'heure, le sentier bifurqua soudain vers le nord, autour d'un tas d'éboulis. Avant que je puisse voir de l'autre côté des rochers, j'entendis faiblement une voix qui chantait. Je ralentis mon pas et risquai un regard.
Il y avait devant moi une étendue de maïs, la plus vaste qu'il m'ait été donné de contempler dans cette région. Elle était si grande qu'elle ne semblait pas pouvoir être Hopi. Je ne voyais encore personne mais le chant devint plus clair. Je devinai que c'était la voix douce et puissante d'un vieillard. Mais où était-il donc ? J'attendis encore quelques minutes, en écoutant ce champ de maïs qui chantait. Et puis soudain, des touffes vertes de maïs émergea une tête blanche qui au fil des rangs, se mouvait lentement sans cesser de chanter.
Ce champ de maïs, en plein milieu de l'été, était magnifique et luxuriant. Il y avait à peu près une douzaine d'épis qui mûrissaient dans chaque touffe, et une évaluation rapide m'indiqua qu'il y avait sans doute 1200 touffes de plants de maïs. Le sol était sec et parcheminé à la suite de la longue sécheresse et, cependant, le maïs ne montrait que peu de signes de fléchissement, au contraire de la plupart des autres champs que j'avais pu observer tout autour du village. Les plaintes que j'avais entendues de la part des fermiers vivant près de la maison où je demeurais m'avaient laissé penser que tout le maïs dépérissait de soif. Pourtant, ce champ semblait tout juste avoir été béni par la pluie !
Je remontai tranquillement le long du chemin menant au village, sans être vu par le vieillard. Mon hôte était éveillé et me demanda où j'étais allé. Lorsque je lui expliquai ce que j'avais vu et entendu, l'intérêt qu'il témoignait pour l'objet de mes errances se transforma en sourire amusé.
- « Je vois que tu as trouvé le champ de Titus » dit-il, en émettant un petit rire étouffé.
- « Mais pourquoi ce champ est-il si resplendissant ? Possède-t-il une source d'eau secrète ? »
Grand-père se contenta de rire. - « Bien sûr que non. Mais il possède Navoti. »
- « Qu'est-ce que cela ? » demandai-je en pensant que peut-être il existait un fertilisant secret accessible seulement à certains clans.
- « Il possède la Voie Hopi » m'expliqua Grand-père, après une pause pensive.
- « Il connaît les vieux chants qui rafraîchissent ses enfants maïs. Il récite ses prières correctement pendant le semis. Et, ce qui est plus important que tout, il sait qu'il ne faut pas se faire du souci, car l' angoisse nuit aux plantes tout autant que la sécheresse. Plutôt que d' angoisser, ce qui rendrait ses enfants nerveux, il va vers eux dans la chaleur du jour et il leur chante les vieux chants qui sont, pour ses enfants, source de courage. »
- « Mais Grand-père, les autres hommes s'aperçoivent sûrement de la différence de son maïs. Pourquoi n'apprennent-ils pas ses chansons et pourquoi ne les chantent-ils pas ? »
Mon vieux maître Hopi soupira.
- « Cela ne servirait à rien. Navoti ne vit plus dans les semences des autres. »
A la fin de ce mois important que je passai sur la mesa, je repartis en voiture vers le nord, en longeant la vallée du Rio Grande, pour rejoindre Taos, la ville où je demeurais. Lors de mon passage à travers chacun des dix-neuf Pueblos, je ressentis comme si quelque chose m'appelait. Je m' aperçus, peut-être pour la première fois, combien peu les anciennes cultures étaient pratiquées, même la luzerne.
Je ressentis comme si c'étaient les semences qui m'appelaient. Je pris conscience que la course du pouvoir que je ressentais était piégée dans les appentis, les pots de terre, dans les boîtes de café et dans les seaux remisés dans des coins sombres ; elle l'était également dans les vieux tapis de maïs tressé.
Les graines qui m'appelaient étaient les vieilles graines, récoltées avant la venue des supermarchés, avant la venue des petits sachets en aluminium que l'on trouve sur les étagères des boutiques au début de chaque printemps.
C'étaient les graines dont Grand-père m'avait parlé ; celles qui possédaient encore le Navoti des âges passés. Après quelque cinquante années, leur vitalité était intacte. Le climat sec des hauts-plateaux avait favorisé la conservation d'un ancien pouvoir qui vivait à l'époque où les hommes chantaient pour leurs plantes. C'est vers moi, maintenant, que ces semences envoyaient leurs chants dans l'espoir d'être entendues, avant de s'évanouir pour toujours dans l'oubli. »
Extrait de l'histoire de John Kimney, ethnobotaniste, professeur et fondateur d'une école à Santa Fé, qui était alors l'hôte de David Monongye, chef religieux et ancien de la tribu des Hopis.
Tiré de « Seed Savers Exchange : The first Ten Years. Kent Whealy. Seed Saver's Publications. 1986. Traduction de D. Guillet. In « La Rose et la Passiflore ». 1992. Cité dans le catalogue de 1999 de « Terre de semences», chemin de Parenove. 30100. Alès.
Les Hopis sont un peuple vivant dans les régions arides de l'Arizona et du Nouveau Mexique. Chez les indiens Hopis ( hopi, dans leur langue, signifie « pacifique »), un personnage mythologique, du nom de Kokopelli, est associé à la fertilité et à la germination. Les autres peuples indiens le connaissent souvent comme « le joueur de flûte bossu ». Sa silhouette unique a été dépeinte, au fil des siècles, sur de nombreuses pierres et poteries des deux Amériques. Pour beaucoup, la bosse de son dos est un sac de semences qu'il sème à tous vents. Quant à sa flûte, elle est la source de l' esprit insufflé dans chacune des graines.
Suite au durcissement de la nouvelle législation concernant les semences, Terre de semences « a déposé le bilan » puisqu'elle n'avait pas les moyens d 'inscrire ses centaines de variétés « oubliées » au catalogue officiel, mais elle est réapparue en 2000 sous forme d'association, à usage des jardiniers et des particuliers « KOKOPELLI » toujours à Alès, et toujours avec son catalogue de graines libres.
Merci de tout coeur à Mireille pour ce dossier. "Il devient indispensable que l'humanité formule un nouveau mode de penser si elle veut survivre et atteindre un plan plus élevé." Albert Einstein. |
 
Sommaire de la page - Le point sur les OGM - Parole Au chevet des derniers peuples premiers http://terresacree.org sos-planete@terresacree.org
Jardin 

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