Par CATHERINE COROLLER (Libé du 29 mai 2000) Autre article : LHUÎTRE DES 4 SAISONS OU le POÈME BIOTECHNOLOGIQUE |
(Pas d'ascenseur!) L'huître triploïde, cette chimère génétiquement modifiée dotée de trois paires de chromosomes au lieu de deux, va-t-elle disparaître des plateaux de fruits de mer? Son sort pourrait être scellé le 9 juin lors d'une réunion - organisée par la Direction des pêches maritimes et de l'aquaculture du ministère de l'Agriculture - qui promet d'être houleuse. A l'issue des débats, la triploïde sera soumise à une obligation d'étiquetage ou interdite. Laitance. En 1997, le laboratoire de l'Ifremer (Institut français de recherches pour l'exploitation de la mer) de La Tremblade en Charente-Maritime obtient des huîtres creuses tétraploïdes, comportant quatre paires de chromosomes. Pour arriver à ce résultat, les scientifiques ne leur ont pas ajouté des gènes appartenant à une autre espèce, comme dans le cas des organismes génétiquement modifiés, mais ont réussi à conserver des chromosomes qui existent dans l'animal mais sont normalement expulsés lors de la fécondation. Croisées à des individus diploïdes du milieu naturel (dotés de deux génomes de base), ces tétraploïdes donnent des triploïdes. Avantage: ces huîtres sont stériles, elles ne produisent donc pas de laitance, cette matière blanchâtre qui freine leur consommation les mois autres qu'en R (de mai à août). Et comme elles ne s'épuisent pas à se reproduire, elles grossissent plus vite. D'après André Gérard, chef du laboratoire de génétique et pathologie de l'Ifremer et directeur de la station de La Tremblade, les éleveurs gagneraient de 30 % à 40 % de croissance sur deux, trois ans. Ceci permet aux écloseurs de vendre les naissains plus cher (jusqu'à 10 centimes l'unité au lieu de 6) aux ostréiculteurs, lesquels en tirent néanmoins un bénéfice accru. Baptisée du joli nom vendeur "huître des quatre saisons", la triploïde paraissait bien partie pour conquérir les palais. Sauf qu'une partie de la profession, menée par Goulven Brest, président du Comité national de la conchyliculture, interprofession qui rassemble toute la filière, y compris la grande distribution, lui a déclaré la guerre. "Les coquillages sont parmi les derniers produits naturels existants, explique Goulven Brest. Perdre cette image serait extrêmement gênant. On s'interroge sur la réaction du consommateur." Et la grande distribution, qui sait l'opinion publique plutôt hostile aux manipulations génétiques, partage assez largement cette crainte. Deuxième critique: la stérilité de la triploïde ne serait pas sans faille: "Et s'il s'avère qu'elle ne l'est pas, nous considérons qu'il existe un risque", prévient Goulven Brest. Lequel? Là, les avis divergent. "On peut imaginer une stérilité assez importante dans le milieu naturel", s'inquiète le président du CNC. Mais André Gérard, très agacé, s'inscrit en faux: "Si les triploïdes se croisaient entre elles, ça donnerait des animaux normaux." On en saura plus dans quelques mois, l'Ifremer devant livrer les premiers résultats sur leur stérilité réelle ou supposée et les effets de celle-ci sur les générations suivantes à la fin de l'été. Médailles. Autre critique: Goulven Brest ne juge pas leur goût meilleur que celui des diploïdes. "Les huîtres stériles, à la chair goûtée, commencent à être commercialisées. Les spécialistes affirment qu'elles sont à l'huître naturelle ce que le chapon est au poulet", titrait en une l'hebdomadaire le Progrès de Cornouaille et Courrier du Léon et du Tréguier le 9 octobre 1999. André Gérard confirme: "Gustativement, c'est prouvé. Normalement, les diploïdes sont plus grasses l'été et plus sucrées l'hiver. Avec les triploïdes, on n'a plus cette différence. D'ailleurs, elles ont obtenu bien plus de médailles, notamment d'or, aux concours agricoles." Le 9 juin, une féroce bataille opposera donc partisans et adversaires des triploïdes. A priori, l'obligation d'étiquetage est acquise. Mais Goulven Brest laisse planer la menace d'une interdiction. Au-delà, la réunion devrait permettre également de savoir enfin quel pourcentage des quelque 135 000 tonnes d'huîtres creuses produites en France (contre un peu plus de mille de plates) sont triploïdes. Sur ce seul point, les ennemis sont d'accord. Pour l'heure, la production est marginale. Libération du lundi 29 mai 2000 LHUÎTRE DES 4 SAISONS OU le POÈME BIOTECHNOLOGIQUE
2 avril 2002
« Vaches surélevées, cochons surbaissés et allongés, des lapins lumineux (pour les chasseurs bien sur !), et pourquoi pas lhuître sans coquille parce que quand même . cest embêtant à ouvrir !!!!... Mais où va ce monde ? ???.... »
Actuellement, la production française dhuître (+ de 150000 tonnes ) répond à la demande. Quel est donc lintérêt de produire plus et plus vite si des risques même minimum existent? Dautant que les populations trop nombreuses dhuîtres deviennent plus fragiles et sont plus exposées aux épizooties (épidémies).
Les origines :
Lidée de créer cette huître est née de 3 problèmes (au moins) :
1- La crainte dune nouvelle épizotie sur lhuître Japonaise dernière espèce de remplacement (car sils investissent dans la création, ils ne savent pas soigner les huîtres !...)
2- De la prolifération anarchique mais pourtant bien naturelle des naissains (larves dhuîtres) sur les huîtres, les parasitant en freinant leur croissance.
3- Mais le plus vrai , cest surtout la course aux profits, le moindre effort, le tout plus vite quelquen soit les conséquences, avec comme cerise sur le gateau: le consommateur passif.
Quest-ce que cette huître triploïde ou huître des 4 saisons ?
Il faut déjà ne pas la confondre avec un OGM puisque lon ne lui ajoute pas les gènes dune autre espèce, la technique est différente :
- En 1994 les laboratoires dIFREMER ont réussi à conserver les chromosomes qui existent dans lanimal mais qui sont normalement expulsés lors de la fécondation. Les larves sont donc tétraploïdes (4 jeux de chromosomes), et croisées à des diploïdes (les normales qui ne possèdent que 2 jeux) elles donnent une nouvelle variété à 3 jeux de chromosomes : La Triploïde.
- Un producteur (SATMAR) a aussi mis au point une nouvelle technique permettant la production dufs triploïdes : juste après la fécondation, ils ajoutent une infime quantité dun extrait obtenu à partir de la culture dun champignon, ceci empêche quun lot de chromosomes soit expulsé de luf.
Ce caractère triploïde rend lhuître presque stérile (Un nombre pair est le signe de la fertilité) et donc non laiteuse (dommage pour ceux qui les aiment comme ça !).
Les avantages :
- Labsence dactivité de reproduction lui permet de consacrer toute son énergie à sa croissance. Elle grandit donc 2 fois plus vite que lhuître « naturelle » et au lieu de 3 à 4 années, il ne lui faut quentre 8 et 12 mois pour être commercialisable.
- Son jeune âge lui donne un aspect externe plus agréable sensé plaire aux consommateurs que nous sommes et donc, nous sommes tous « coupables » de nacheter que des produits nayant pas de défauts dapparence
- Finies les histoires des mois en R où elles ne sont pas laiteuses, elle est donc commercialisable toute lannée !
Les inconvénients :
- Les risques ne sont pas nuls vu le peu de recul que nous avons . Il faut se poser la question dun éventuel accident qui provoquerait la dissémination dune grande quantité de tétraploïde (qui elles, sont fertiles !) dans le milieu marin.
- Le plancton naturel présent dans le milieu marin dont lhuître se nourrit, ne suffirait plus si la production dhuître est trop importante.
- Ce processus de reproduction suppose un coût supplémentaire (même sil engendre un gain plus rapide en raison de la vitesse de croissance). Lachat des naissains deviendrait obligatoire alors que lostréiculteur nen avait pas forcément besoin puisquil pouvait les capter directement dans leau. Transparence, Traçabilité et Etiquetage :
A défaut dêtre un OGM, lhuître des 4 saisons est biotechnologiquement manipulée. Elle relèverait de la réglementation sur les «nouveaux produits », (novel foods) et donc de procédures spécifiques européennes. Lhuître triploïde échappe de ce fait aux études toxicologiques et à létiquetage « novel foods » donc vendue sur le marché sans que lacheteur puisse lidentifier. Pourtant, il nexiste pas de données disponibles sur le potentiel accumulateur des huîtres triploides vis-à-vis des polluants de lenvironnement (métaux lourds, bactéries, phycotoxines ) Donner à ce produit un nom aussi attirant et séduisant berne le consommateur.
Les réactions :
- LAFSSA a été saisie par la DGCCRF qui sinquiète de linnocuité du produit.
- Le principe de la vérité sur létiquette, défendu au Parlement Européen, pourrait aussi imposer dinformer les consommateurs sur la nature de lhuître quils achètent;
- La DPMA est elle aussi entrée en débat ou il ressort que ce produit sera soumis à lobligation détiquetage ou interdit.
- Les ostréiculteurs militent, en faveur de la transparence. Le milieu conchylicole est divisé et si certains y voient là «lhuître aux oeufs dor»,dautres craignent la dépendance vis-à-vis du monopole de 2 à 3 écloseries sur le marché français, dautres réclament un conservatoire génétique de lespèce et un réseau de bio-vigilance;
- Bruxelles a déjà répondu quil ny a pas de justification à des mentions obligatoires particulières. Toutefois, les producteurs, sur une base volontaire, peuvent informer les consommateurs sur les caractéristiques de ce produits.
- La DGAL nest pas plus favorable à létiquetage obligatoire.
Constat
Cela fait une dizaine dannée que cette huître est cultivée en catimini et cette innovation est commercialisée sans guère de recul. Nous en consommons entre 15000 et 20000 tonnes par an soit 10 à 15% de la production sans être au courant de la spécificité du produit ! Après de nombreuses recherche sur internet il savère difficile de trouver les informations pour connaître lissu des discussions sur létiquetage et le produit lui-même. Un autre problème et pas des moindres, est le dépot de brevet de ces nouveaux produits, qui représente la privatisation du vivant. Le vivant a une première propriété fondamentale, celle de se reproduire et se multiplier. Il est donc à tous le monde, cest un bien commun de lhumanité.
Dans un article datant de Juin 2000 dIFREMER intitulé « Savoir et comprendre avant de diaboliser », on nous explique quil ne faut pas faire lamalgame entre OGM et ces huîtres. Soit, mais cet article fait lapologie du « un de plus ce nest pas grâve » : Les betteraves à sucre, la banane, les agrumes sans pépins (les clémentines sont des mandarines triploïdes) , les truites ( 20% de la production de truite délevage), les saumons (avec difformités et lésions de la peau, Bon appétit!) .les exemples sont beaucoup plus nombreux. En effet, nous consommons journellement des produits manipulés et cest daprès ce constat que nos chercheurs et industriels estiment que nous devons en consommer encore plus. Et le principe de précaution ? Alors quede plus en plus de consommateurs et producteurs se tournent vers le BIO, certains en sont encore à évoluer dans laberration....
Si dame nature avait voulu trouver cela logique, elle laurait elle-même crée !
Contrarier le cycle naturel, cest déjà oublier les leçons des farines animales, les poulets à la dioxine, la vache folle, la tremblade du mouton,....... Et tout ce que dame nature nous prépare en répression de nos manipulations dapprentis sorciers.
Alors, amateurs dhuîtres, pour le prochain réveillon, une douzaine dhuîtres ou des moules de bouchot ???? ------------------------ Sources :
DGCCRF : Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, DPMA : direction des pèches maritimes et de laquaculture du ministère de lagriculture, DGAL : Direction générale de lalimentation, CNC : Comité national de la conchyliculture AFSSA : Agence francaise de sécirité sanitaire des aliments INRA:Institut national de recherche agroalimentaire IFREMER : Institut francais de recherche pour lexploitation de la mer SATMAR : Société atlantique de mariculture qui commercialise des naissains dhuîtres triploîdes GRAINOCEAN : 2nd Producteur de naissains
Texte inédit de Nathalie <verts-nord2@nordnet.fr>
Jean-Pierre Berlan, directeur de
recherches à l'INRA : "Le vivant a une première propriété fondamentale,
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