Selon des
chercheurs du California Institute of Technology (Caltech),
la généralisation du moteur à hydrogène provoquerait une extension du trou
de la couche d'ozone. Et ce, en raison des fuites de gaz inévitables que
cela engendrerait.
Alors que
nombreux sont ceux qui doutent que ce combustible soit une solution à
l'accroissement des émissions de gaz à effet de serre (Voir
Le moteur à
hydrogène, une solution miracle contre la pollution ?), cette
découverte indique que l'hydrogène pourrait se révéler encore plus néfaste
pour l'environnement que les énergies fossiles qu'il est censé remplacer.
Simulation informatique
Dans un article paru dans
Science,
Tracey K. Tromp, Run-Lie Shia, Mark Allen, John M. Eiler, Y. L. Yungont,
chercheurs au Caltech, estiment l'impact qu'aurait sur l'environnement une
économie basée sur l'hydrogène. Pour cela, ils se sont servis d'une
simulation informatique qui leur a permis de tester plusieurs scénarios,
en fonction de paramètres comme la production totale d'hydrogène ou la
quantité de ce gaz qui peut être fixée par les organismes et les minéraux.
En se basant
sur un taux de fuite de 10% - bien inférieur à celui aujourd'hui constaté
pour les moteurs à hydrogène, l'équipe du Caltech estime qu'en cas de
passage à une économie tout-hydrogène, 60 à 120 millions de tonnes de ce
carburant seraient relâchés dans l'atmosphère. Soit 4 à 8 fois plus
qu'actuellement.
En
s'accumulant et en se transformant en eau dans les couches supérieures de
l'atmosphère, ce gaz provoquerait une "humidification" de la stratosphère,
ce qui aurait pour effet de fragiliser la couche d'ozone en interférant
avec les réactions chimiques qui entretiennent cette dernière.
Selon les
chercheurs, un passage brusque au tout-hydrogène entraînerait une
rétraction de 7 à 8% de la couche d'ozone aux deux pôles.
Stabilisation fragile
La couche d'ozone permet de filtrer la plupart des rayons ultra-violets
solaires, qui sont responsables, entre autres, de cancers de la peau. Dès
les années 1970, on s'était aperçu que l'accumulation dans l'atmosphère
des composés CFC, utilisés dans les aérosols et les réfrigérateur, avait
entraîné une "fonte", puis un déchirement de cette couche d'ozone.
Au milieu
des années 80, ce problème avait provoqué une prise de conscience mondiale
et entraîné, contrairement au problème des gaz à effet de serre, une
réponse volontariste globale d'élimination des CFC. Quinze ans plus tard,
ces mesures semblaient porter leurs premiers fruits : des clichés
satellites montraient en effet que la couche d'ozone avait cessé de se
désagréger. Une stabilisation fragile, et qui pourrait être remise en
question par l'utilisation du carburant hydrogène si les craintes des
scientifiques du Caltech se confirment.