Un génome humain décodé
Il s'agit maintenant de comprendre les fonctions et les interactions des 100 000 gènes.
Par NATALIE LEVISALLES, le 7 avril 2000. Agence Française de Presse
Le président de Celera, Craig Venter, est un habitué des premières. C'est lui qui a le premier séquencé un génome de bactérie, en l'occurrence Haemophilus influenzae, en 1995. C'est lui qui a séquencé le premier génome d'insecte: il y a deux semaines à peine, Celera avait déjà publié le séquençage du génome de la drosophile, une petite mouche, l'un des animaux modèles en biologie. C'est en septembre que Celera a démarré le décryptage du génome humain, avec une méthode qui consiste à séquencer le génome par fragments. Autant le travail qui vient d'être réalisé est relativement «simple» et répétitif, à condition de disposer de bons logiciels et de bons ordinateurs bien sûr. Autant la suite du travail sera compliquée et subtile pour les généticiens. Il s'agit en effet d'identifier chacun des 100 000 gènes, de comprendre leurs fonctions et de comprendre les interactions de tous les gènes. La plupart des caractéristiques physiques - et des maladies - ne sont en effet pas déterminées par un seul gène, mais par deux, trois ou beaucoup plus! Il faudra également déterminer les
différences génétiques individuelles entre les êtres humains, celles qui expliquent la
couleur des yeux ou la sensibilité à une substance toxique. C'est en partie pour cette
raison que Celera Genomics est en train de séquencer le génome
Celera Genomics, qui a pris une longueur d'avance sur le projet public Human Genome, piloté par les NIH (Instituts nationaux de la santé américains), dans la course au décryptage du génome, affirme que, une fois les fragments de génome mis en ordre, elle les mettra à la disposition de toute la communauté scientifique. Il y a quelques semaines, Bill Clinton et Tony Blair avaient lancé un appel aux scientifiques du monde entier pour qu'ils versent dans le domaine public les informations sur le décodage du génome, tout en reconnaissant la nécessité de breveter les inventions issues des recherches génétiques, un domaine dans lequel se sont déjà lancées plusieurs compagnies. Ainsi, Celera Genomics a déjà signé un accord avec les laboratoires Rhône-Poulenc Rohrer pour la mise au point de thérapies du cancer et de l'asthme. Que se passera-t-il demain? Il va d'abord
falloir quelques mois à Celera pour assembler dans le bon ordre les fragments de génome.
Le travail d'identification des gènes, par Celera et par les laboratoires de génétique
du monde entier, pourra alors commencer. Mais - et ceci explique sans doute la manière un
peu spectaculaire avec laquelle Celera a fait son Porte du site - Sommaire de la page Un chercheur apôtre du privé Craig Venter, le président de Celera, est un chercheur atypique qui a bouleversé le paysage de la recherche génétique. En mai 1998, il avait annoncé qu'il s'apprêtait à acheter 230 séquenceurs capables de lire 1 million de bases par jour, et qu'il pourrait ainsi réussir à séquencer le génome humain en... 2001. Déjà à l'époque, le pari semblait risqué. Non seulement il l'a tenu, mais il est allé encore plus vite que prévu. Pour gagner la course qu'il avait engagée avec le projet Human Genome, ce biochimiste de 53 ans a utilisé son intelligence, ses compétences et un manque de modestie à toute épreuve. Sa réputation de franc-tireur est née à la fin des années 80 alors que, chercheur aux NIH, il met au point une technique pour «pêcher» les gènes. Cette technique se révèle très efficace. Mais Craig Venter ne fait pas l'unanimité. Et son désir de faire breveter «ses» gènes choque. En 1992, il quitte alors le secteur public et créé un Institut pour la recherche génomique (Tigre). Génome de la mouche: l'erreur était humaine Des fragments d'ADN de l'homme se sont glissés dans la carte génétique de la drosophile.
Encore un mauvais coup pour la réputation de Craig Venter. Engagé dans une concurrence sans merci avec le programme international de recherches publiques sur le génome (HGP), l'homme a commis un faux pas. Le 24 mars, près de 200 chercheurs du public et du privé, dont Venter et ses collègues de Celera Genomics, annonçaient l'achèvement de la carte génétique de la mouche drosophile dans la revue Science. La communauté scientifique oubliait un moment les conflits qui l'opposent à Venter et saluait unanimement l'avancée. Celera Genomics rendait les informations publiques et les transmettait à la banque de données publique américaine GenBank. Vérification. Mais, aussitôt, les équipes de GenBank entamaient leurs procédures de vérification. Et, le 10 avril, leurs conclusions tombaient sans appel: près de 150000 fragments d'ADN attribués à la drosophile proviennent de la carte génétique humaine. Un lièvre soulevé jeudi par le Los Angeles Times. «Les données contaminées n'appartiennent pas au génome de la drosophile, proteste Paul Gilman, l'un des dirigeants de Celera Genomics. Ce sont des informations additionnelles.» Une distinction sémantique pour réaffirmer l'exactitude à «plus de 99,99 % du génome publié dans Science». La contamination des fragments d'ADN de la drosophile existe pourtant bel et bien, et elle est d'origine expérimentale. «N'importe quel appareil ou produit utilisé pour le séquençage contient des traces d'ADN, justifie Paul Gilman. La contamination est inévitable. Il n'y a pas que des traces d'ADN humain, il y en a de nombreuses autres origines.» Une manière, sans doute, de couper court à la comparaison avec l'homme-mouche mutant du film The Fly, que certains n'ont pas hésité à faire outre-Atlantique. Pollution. Philippe Glaser, qui a conduit le séquençage de la Listeria à l'Institut Pasteur, souligne les difficultés posées par la vérification des résultats. «Les machines de séquençage sont utilisées pour de nombreux projets en parallèle, d'où le risque de pollution. Cela nous est arrivé pour la Listeria, il est logique que cela arrive à Celera qui travaille en parallèle sur l'homme et la drosophile. Nous passons beaucoup de temps à vérifier nos résultats en comparant les gènes avec tous ceux qui sont connus, de manière à détecter une éventuelle contamination.» C'est de cette manière que la contamination des résultats de la drosophile a été découverte par les chercheurs de la GenBank. Pourquoi ce contrôle n'a-t-il pas été effectué en
amont, avant la publication de l'article dans Science? Pour Celera, c'est le
caractère anecdotique des données qui l'explique. Jean Weissenbach, qui dirige le
Génoscope d'Evry, impliqué dans le projet HGP, n'est pas du même avis: «Il y a sans
doute eu trop de précipitation, et les contrôles n'ont pas été effectués avec la
sérénité qui convient.» Peu suspect de sympathies envers Craig Venter, il insiste Leçon. Jean Weissenbach espère que «cela servira de leçon et que Venter sera moins prompt à souligner les erreurs de ses concurrents». Il n'a, semble-t-il, pas été entendu. «N'oublions pas que les séquences humaines publiées par le HGP peuvent contenir jusqu'à 10 % de données contaminées», lâche en réponse Paul Gilman, agacé par la publicité faite à l'affaire. Des chercheurs corrigent des gènes déficients de la mouche drosophile BETHESDA (Agence Française de Presse) - Jeudi 15 Juin
2000 - 21h06 heure de Paris - Des biologistes Merci à Philippe Onda ponda@chpg.mc pour sa contribution. Illustrations de Louis Rocquin. Photo du télescope spatial Hubble - Celera : l'homme et la mouche - Pas de ce futur-là pour les gosses! - Sommaire de la page - Porte - Jardin |
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Un gros merci aux @cteurs de la part des générations futures:o) |