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ICRA News - ICRA International
Fin mai 2007, un groupe d'indigènes vivant jusqu'alors en isolement
volontaire est apparu au monde extérieur. Cela s'est passé dans le Nord de
l'État de Pará. Les membres du groupe ont marché pendant cinq jours et
parcouru plus de cent kilomètres à travers la dense forêt amazonienne ; ils
ont traversé la frontière de Mato Grosso et sont arrivés a l'improviste dans
un village
des indiens Kayapó.
Il est important de signaler que ce contact n'a pas été le résultat d'une
décision librement prise mais d'une incursion d'exploitants forestiers dans
leur territoire, qui les a obligée a fuir et a entreprendre cette longue et
dure traversée jusqu'au village.
Il s'agit d'un groupe de 87 indiens Metyktire (un sous-groupe des Kayapó),
qui avaient été initialement contactés en 1950 mais qui avaient décidé a
l'époque de retourner dans la foret ; depuis, ils ont toujours vécu en
isolement volontaire.
D'après les rapports, le premier contact a été fait par deux hommes qui ont
produit des sons devant l'une des maisons du village et qui ont été vus par
deux jeunes gens. Une fois surmontée la méfiance mutuelle suscitée par
cette rencontre inattendue, le reste du groupe est entré peu a peu dans le
village Kayapó.
Par précaution, il a été décidé que seuls les membres du village pourraient
avoir des contacts avec les Metyktire, pour éviter la contagion de maladies
contre lesquelles ils n'ont pas de défenses immunitaires. Le village est
habité par des indiens de la même ethnie qui, dans les années 50, avaient
décidé d'établir des contacts avec les blancs. Le leader du village, Megaron
Txucarramae, qui est également délégué auprès de la FUNAI (Fondation
nationale indigène du Brésil), est l'interlocuteur des nouveaux
venus. D'après la FUNAI, on ne sait pas encore s'il y a d'autres Metyktire
dans la forêt, blessés ou morts, ou qui n'aient pas encore décidé d'en
sortir.
On croyait que les Metyktire avaient disparu ; personne ne savait où ils
étaient. Ils ont été accueillis avec beaucoup de joie par les Kayapó, avec
des chants et des danses. D'après les récits, les Metyktire parlent une
version plus pure du mebengokre (la langue des Kayapó), ils sont grands et
forts, ils portent les cheveux longs et le botoque (un disque de bois inséré
dans la lèvre inférieure).
Pour Gilberto Hazaña et Sydney Possuelo, du Centre de travail sur les
indigènes, ces peuples qui vivent en isolement volontaire ont cherché des régions isolées pour s'y réfugier, des régions non convoitées par
l'acharnement mercantiliste (ou missionnaire) de nos "fronts d'expansion".
Nous estimons qu'il existe
encore dans l'Amazonie (surtout brésilienne, mais aussi bolivienne,
péruvienne, colombienne, vénézuelienne, équatorienne
et guyanienne) des dizaines de groupes autochtones qui vivent presque de la
même manière qu'il y a cinq cents, six cents ou mille ans : vêtus seulement
de parures de plumes ou de cache-sexe, vivant de la chasse, la pêche, la
cueillette et l'agriculture artisanale, se servant de haches de pierre et
utilisant le feu, sans maladies virales et dans un environnement plantureux.
Il est indéniable que la plupart des peuples isolés de l'Amazonie se trouve
aujourd'hui dans une situation extrêmement grave, du fait
de l'avancée des fronts prédateurs (forestiers et miniers) sur les dernières
zones vierges de la région.
Ce récent contact du peuple Metyktire est une bonne occasion pour réfléchir
a l'avenir de ces peuples isolés.
Premièrement, il faut bien se rappeler qu'ils ne se sont pas mis en contact
par leur propre décision. Bien au contraire : d'après les premières
versions, ils échappaient aux exploitants forestiers et ils ont fui pendant
cinq jours à travers la forêt dense pour arriver finalement chez leurs
frères Kayapó. C'est-à-dire qu'ils auraient pu être abattus par les
forestiers - comme c'est arrivé dans bien des cas - sans laisser de traces ;
heureusement, ils ont pu échapper.

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Bien d'autres questions se
posent : quel avenir peuvent avoir ces
communautés lorsqu'elles sont forcées de contacter le monde extérieur où règne le mercantilisme et où le plus intéressant de l'affaire va
être la
diffusion d'images montrant des indiens nus qui portent le botoque aux
lèvres ? Quel avenir auront-elles en s'intégrant à un pays - et à un monde -
où règne si souvent le racisme et où la plupart des indigènes vivent dans
la pauvreté extrême ? Quel sera l'avenir des dizaines de communautés qui
habitent encore la forêt, au Brésil surtout, et dont les territoires sont
livrés aux entreprises forestières, minières et pétrolières au nom du
développement et de la croissance économique du pays ?
Peut-être le plus important serait-il de nous demander ce que nous pouvons
faire pour que les droits de ces peuples soient respectés et qu'ils puissent décider librement s'ils veulent vivre isolés ou non.
À cet égard, nous sommes d'avis qu'il faut d'abord faire savoir qu'ils
existent et réussir à faire comprendre et à faire respecter leur décision de
vivre en isolement. Il faut que les gens comprennent qu'il ne s'agit pas de
peuples ignorants qui vivent dans la misère, mais de peuples qui ont une
culture à eux, adaptée à utiliser durablement l'environnement plantureux où
ils habitent.
Parallèlement, il est indispensable de faire en sorte que les gouvernements
reconnaissent les droits territoriaux de ces peuples - des droits antérieurs
à l'existence des États nationaux actuels - et qu'ils veillent a les faire
respecter en empêchant l'accès à leurs territoires des exploitants
forestiers, miniers ou autres qui viennent les détruire.
Sans l'appui de la société extérieure, ces peuples ne pourront pas défendre
leurs territoires ancestraux contre des envahisseurs armés et sans
scrupules, et n'auront d'autre choix que de contacter le monde extérieur ou
disparaître. C'est pourquoi nous devons redoubler d'efforts pour protéger
les droits des peuples indigènes qui vivent en isolement volontaire.
ICRA va sous peu lancer une campagne de soutien aux peuples indigènes, dont
les Kayapó et les Yawalapiti, du parc du Xingu au Brésil dans leur légitime
lutte contre les projets de barrages hydroélectriques sur le fleuve Xingu et
ses affluents, menaçant gravement la survie des peuples riverains.
Article rédigé à partir d'informations tirées de : "Indio brabo", article
de Rodolfo Salm publie dans Correio da Ciudadania, mis en ligne sur le site
du WRM,
http://www.wrm.org.uy
Source Sylvette Maurin de
Dakar que nous remercions.

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