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Cet article a été réalisé grâce à l'interview de Rafael Pessoa Sao Paio,
ethnologue Brésilien, traduit par Marie-Emmanuelle Tugler.
Rafael Pessoa a travaillé avec plusieurs ethnies amérindiennes brésiliennes
comme les Ramkokamekra et Urubu Kaapor. Il est venu à Paris et à
Choisy le Roi avec un groupe de 8 Kayapo (6 hommes et 2 femmes) pour leur
permettre de présenter leur culture et parler de leurs conditions de vie.

Amazonia:
Kayapo, the forgotten tribe
Vos réactions à ce sujet
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De
Catherine bourgeois pour Terre sacrée, le 10 juin 2005.
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Les Kayapo et les risques qui les
menacent

La dénomination Kayapo regroupe de nombreux
sous-groupes comme Kayapo Gorotire, Xicrin, Metuktire, Kuben-Kran Ken,
Txcucaramae... qui vivent sur des territoires indigènes dans les états
brésiliens du Para et du Mato Grosso.
Les Kayapo comme toutes les communautés indigènes ont un rapport étroit avec
la nature qui les entoure. Selon leur vision de l'univers, tous les êtres
vivants, le cosmos, les plantes, l'eau, les animaux... sont intimement liés
et forment un tout indissociable. Chaque être vivant n'existe qu'à travers
le maintien de cette relation.
Nous ne pourrons assurer la continuité de notre vie et de la biodiversité
qu'en maintenant toute la planète équilibrée. Les insectes et les oiseaux
par exemple sont essentiels pour assurer la dispersion et la fertilisation
des plantes et des arbres. Les peuples amérindiens d'Amazonie expriment leur
compréhension de cette relation avec la nature à travers leurs peintures
corporelles, leurs rituels et leur vie quotidienne qui consiste à puiser
sans épuiser. Pour les Kayapo, tous les indiens sont Mebengokre qui signifie
dans leur langue: peuple venu de l'eau.
Dans la culture Kayapo, l'élément eau est célébré à travers un très grand
rituel d'initiation au cours duquel ils vont prouver leur résistance. Ce
rituel se termine par une grande pêche à la nivrée qu'ils réalisent en
utilisant des racines capables de réduire momentanément la quantité
d'oxygène présente dans une partie de la rivière afin de permettre la
capture d'une grande quantité de poissons.
Leurs rivières, essentielles à leur survie et à celle de leur environnement,
furent menacées il y a une dizaine d'années par les chercheurs d'or qui
utilisent le mercure et mettent en péril la population et tout l'écosystème.
Malgré les efforts entrepris pour mettre fin à ce fléau, des invasions
illégales de chercheurs d'or subsistent dans certaines zones de leur
territoire. Elles s'ajoutent aux pénétrations illégales des exploitants de
bois et des éleveurs de bovins.
Protéger la forêt, c'est préserver
une pharmacie non répertoriée

Le savoir botanique des Kayapo est extrêmement
développé sur la plupart des espèces végétales dont recèle leur territoire.
Sucupira, Copaiba, Urucum, et aussi herbes contraceptives et antidotes....
sont quelques exemples de plantes médicinales utilisées par cette ethnie.
Les Kayapo ont travaillé dans le passé avec l'ethnologue américain Darrel
Posey et le Musée Emilio Goeldi de Belém à la description et la
classification de leurs connaissances. Plusieurs Kayapo dont le shaman José
Yté Kayapo, ont décrit l'utilisation qu'ils faisaient de ces plantes
botaniques. Ce chercheur a développé un travail brillant avec cette ethnie
pendant plus de vingt ans.
Malheureusement, avec la mort de Darrel Posey les recherches se sont
arrêtées. Pedro Paulo Kayapo, (présent en France du 19 au 30 mai 2005) fils du
shaman José Yté Kayapo cherche aujourd'hui à reprendre les recherches et à
retrouver le travail descriptif déjà fait.
Cependant, pour continuer, il est nécessaire de trouver des ressources
financières et de susciter l'intérêt du Gouvernement pour protéger ce savoir
et pour investir dans des projets de recherches qui impliquent
ethnobotanistes et indigènes afin d'aboutir à des résultats pratiques qui
vont au-delà des publications. Le travail des chercheurs permet de prouver
les principes actifs et de classifier les effets des plantes. Les Kayapo
pensent notamment que le remède contre le SIDA est dans la grande forêt
amazonienne. Ils souhaitent développer un projet de laboratoire botanique
sur leur territoire.
Il est fondamental de monter un programme entre les indigènes, les
chercheurs, le Gouvernement et les Universités et d'établir des conventions
de divulgation et de protection afin de lutter contre la biopiraterie et la
destruction de cette biodiversité. Rappelons, que si le Gouvernement
Brésilien a pu porter plainte contre le brevet déposé sur la plante
Ayahuasca c'est parce qu'elle avait déjà été reconnue officiellement comme
native du territoire Brésilien.
Cet appel est d'autant plus pressant que le Gouvernement commence à ouvrir
un espace de discussion pour les Indiens. Au mois d'avril dernier, période à
laquelle on fêtait traditionnellement le jour de l'Indien, plus de 70
ethnies se sont réunies à Brasilia pour une série de rencontres avec les
Ministres de l'Education, de la Santé, de l'Intérieur, de la Justice, de
l'Agriculture etc. pour exposer leurs insatisfactions et leurs appels.
Malheureusement la plupart de ce qui fut conclut sur un document du
Gouvernement Fédéral en termes de changements nécessaires pour la protection
des territoires indigènes, la préservation de leur santé et leur éducation,
se heurte aux désaccords et aux conflits d'intérêts économiques des Etats
Fédéraux.
Territoires indigènes en péril
malgré la constitution brésilienne

La question de l'invasion illégale des terres
indigènes et de la destruction de l'écosystème par les compagnies minières,
les exploitants de bois, les éleveurs de bovins et les colons de toutes
sortes fait partie des plus grandes préoccupations de très nombreux groupes
indigènes.
Les textes juridiques en vigueur pour démarquer les territoires indigènes
brésiliens afin de leur reconnaître officiellement un espace de vie
suffisant pour se nourrir et se soigner, sont inscrits dans l'article 231 de
la constitution brésilienne de 1988 et par le décret 1775 de 1996 . Le
processus est le suivant: Un territoire traditionnel est d'abord délimité
avec les populations, puis après de nombreux débats ce territoire ou partie
de ce territoire est démarqué et ensuite homologué et enregistré.
La survie des populations traditionnelles dépend d'un projet concret, à ce
jour inexistant faute de volonté politique et de moyens financiers, pour
lutter efficacement contre les invasions illégales.
Plus d'information sur les populations indigènes et leurs territoires sur le
site en portuguais : http://www.artedomito.com et
sur les différents liens existants sur ce site. |