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| De Catherine
Bourgeois, le 24 mars 2007 :
voilà ce qu'on écrit des élèves suite
à l'article paru dans Terre sacrée sur les
Kayapo ... et à leur entrée en contact avec moi sur le sujet. En leur
demandant
leur accord, peut-être peux-tu insérer cela dans le site (...)
bises
cat
Selon emeline Léoni :
" Bonjour,
" Si vous vous souvenez encore de moi, je vous envois un message car
nous
" avons enfin terminé notre dossier de TPE concernant les Kayapò.
" Je vous joins d'ailleurs le dossier
que nous avons constitué. Ne vous
" inquiété pas il n'est pas présenté de cette façon en réalité. Ce que
je vous
" envois correspond seulement à ce que nous avons écrit sur eux. En
réalité
" nous avons acheté un album dans lequel nous avons donc bien sûr mis
ce que
" vous pourrez lire mais également de superbes photos et une
décoration très
" indienne.
" Voilà je vous raconte tout ça pour
vous remercier, car vous avez été en
" parti la seule à me répondre très gentiment et en nous donnant des
pistes en
" plus. Donc merci beaucoup.
" Je voulais également vous dire qu'avec ce dossier, notre
investissement et
" notre prestation orale, les professeurs nous ont donné une notre de
19/20 !
" Cela nous fait donc 18 points
d'avance pour le bac ce qui n'est pas
" négligeable !
" Donc voilà je pense vous avoir tout
dit concernant ce sujet. En étudiant ce
" peuple nous nous sommes vraiment intéréssés pour la cause des Kayapò.
Leur
" culture ne mérite pas de disparaître. Nous allons certainement faire
un
" article dans le journal de notre lycée pour faire connaître aux
nombreux
" élèves les problèmes qui touchent ce peuple. Certes cela ne fera pas
" beaucoup avancer les choses mais pour l'instant nous n'avons que ça
à
" offrir.
" Sur ce je vais vous laisser.
" Je vous souhaite un bon weekend.
" Et encore merci pour votre aide !!! |

TPE
sur les Kayapos
La forêt amazonienne est un
véritable trésor pour la planète.
Elle s'étend à perte de vue
sur les berges d'un fleuve impressionnant : l'Amazone.
Ici, au Brésil, tout est
grand, et pourtant il n'est pas toujours facile de s'y faire une place.
Depuis des siècles de nombreuses ethnies vivant sur les terres brésiliennes
cohabitent avec la nature.
Avant l'arrivée des
portugais au 16ième siècle, les indiens d'Amazonie étaient de l'ordre de six
millions. Aujourd'hui, ils sont réduits à 380 000; c'est à dire que 94% de
la population indigène a disparu.
Le processus de
colonisation qui est toujours en marche, a entraîné l'extermination de
centaines de peuples indigènes (il n'en reste plus que 220 aujourd'hui).
Cette colonisation leur a
également causé de nombreux problèmes que connaissent encore de nos jours
les peuples rescapés.
Une de ces minorités, les
Kayapo, vivant dans la région du Para, luttent afin de conserver leur
culture particulièrement originale.
Comment cette minorité
indienne parvient-elle à sauvegarder son identité culturelle face aux
menaces qui pèsent sur elle?
Nous nous interesserons
tout d'abord à ce qui caractérise cette minorité. Par la suite, nous
porterons notre réflexion sur les types de menaces qui pèsent sur elle,
ainsi que sur sa détermination à défendre sa cause.

I / Comment se caractérise
cette minorité ?
A. Leurs origines :
Le terme « kayapò » qui signifie « ceux qui ressemblent aux singes », leur a
été attribué au XIXéme siècle par les groupes voisins (les Yanomami, les
Borroro... ) qui les avaient vu effectuer leurs danses rituelles avec des
masques de singes. Cependant, ils préfèrent le terme Mebêngôkre qui signifie
dans leur langue « peuple venu de l'eau ».
La dénomination regroupe de nombreux sous groupes comme les Kayapò Gorotire,
les Xicein, les Metuktire ou encore les Kuben-Kran Ken qui vivent sur les
terres indigènes Kapot et Jarina. Depuis le XVéme siècle, ces 4000 Kayapò
sont dispersés dans 15 petits villages.
Le Mebêngôkre est l'une des
cinq langues existantes de la famille Jê. Par ailleurs, il n'existe pas
d'écriture dans cette société : l'expression orale est fondamentale car elle
assure à elle seule la transmission des connaissances, de génération en
génération.
B. Identité culturelle de ce groupe ethnique :
1. Au coeur de cette société :
Dans leur communauté, les Kayapò se divisent en plusieurs catégories :
- Meprire (enfants de 0 et 13 ans)
- Menoronyre (de 13 à 20 ans)
- Mekrare (de 20 à 40 ans)
- Mebataj (de 40 à 60 ans)
- Mêbêngêt (plus de 60 ans)
Il y a également un chef par village qui coordonne toutes les activités et
qui transmet ses connaissances aux plus jeunes.
Comme dans toute société, on leur attribue des noms ; les leurs font
référence à un élément naturel, à un objet ou à une expérience vécue. Ce
sont les parents qui les choisissent. Chaque indien en possède entre cinq et
trente.
Exemple de noms : Mekaro (esprit)
Ropni (chienne)
Jabuti (tortue)
Na (pluie)
Malgré le mode de vie communautaire de cette ethnie, les femmes et les
enfants sont séparés des hommes : elles ont leurs histoires , leurs pleurs,
leurs chants, tous bien différents de ceux des hommes.
Le village Kayapò témoigne de cette vie en communauté : les habitations,
construites en rondins de bois et en feuilles de palmes, sont organisées
sous la forme d'un camp circulaire. Ces petites huttes abritent uniquement
les hamacs des indiens et leurs réserves de nourriture. Le centre du
village, qui est le lieu de travail, s'appelle le Ngab : c'est ici que se
réunissent les femmes pour leurs activités quotidiennes et que les hommes
parlent de politique et font de l'artisanat.
Ce centre est un endroit
symbolique, c'est l'origine et le coeur de l'organisation sociale et rituelle
des Kayapò. Claude Lévi-Strauss, dans Tristes Tropiques, écrivait à propos
du village indien Borroro : « La structure du village ne fait pas que
permettre le jeu raffiné des institutions, elle résume et assure le rapport
entre l'homme et l'univers, entre la société et le monde surnaturel, entre
les vivants et les morts... ».
Comme dans la plupart des civilisations dîtes « primitives », ce sont des
préoccupations religieuses, rituelles ou fonctionnelles qui fondent leur
culture.
2. Rites et croyances :
Toutes les occasions sont bonnes chez les Kayapò pour célébrer une fête ou
une cérémonie. Les célébrations rythment la vie en communauté ; il en existe
de nombreuses pour différentes occasions :
- Le rituel d'appellation : composé de cinq rites majeurs, il est destiné à
conférer les noms ancestraux aux jeunes membres de la tribu, qui à partir de
là sont considérés comme des « êtres humains entiers ». Ils ont sept ans
lorsqu'ils sont honorés.
- La cérémonie après la chasse
: celle-ci est célébrée par reconnaissance de la nourriture apportée par les
hommes.
- La fête initiatique, le «
bemp » : durant celle-ci, les Kayapò réaffirment avec des chants et des
danses leur attachement à leurs traditions.
Ils essaient aussi de conjurer les forces obscures du « mystérieux » univers
qui les entourent. Selon leur vision de l'univers, tous les êtres vivants,
le cosmos, les plantes, l'eau, les animaux, sont intimement liés et forment
un tout indissociable .Les Kayapò croient fortement aux esprits. D'après
eux, les mauvais esprits rôdent la nuit dans la forêt et peuvent attaquer
les indiens pour leur infliger des maux et des punitions.
Par exemple, s'il arrive que
les Kayapò se baignent après avoir mangé du singe, ils ont peur de se
transformer en singe.
Pour soigner ces maladies, qui sont dans leur croyance causées par les
esprits, les indiens font non seulement appel aux plantes médicinales mais
aussi au guérisseur du village : le « Wayanga » qui signifie chaman.
A la mort d'un des leurs, ils placent le corps du défunt dans un espace très
précis, en dehors du cercle du village, le visage toujours orienté vers
l'Est .La famille y dépose les objets personnels du défunt ainsi que de la
nourriture pendant quelques semaines, car selon eux, l'esprit du mort ne
trouve pas immédiatement le chemin pour aller au village des morts.
Leur vision de la vie après la
mort est la suivante : « Lorsqu'un indien quitte ce monde , il se rend dans
le village des morts, là où les hommes dorment le jour et chassent la nuit.
Là encore où les vieillards rajeunissent et où les enfants mûrissent. »
La vie des Kayapò dépend donc en partie de leurs croyances vis à vis des
esprits. Elle est principalement orientée par les présages du chaman. Mais
leur vie est aussi fondée sur une relation très étroite avec la nature.
3. Les coutumes et l'art des Kayapò :
Par définition, c'est un peuple qui « vient de l'eau ». C'est pour cela que
la pêche est une activité très pratiquée dans les terres indigènes, et ceci,
surtout en début de saison sèche, car le niveau d'eau est au plus bas.
Pour pêcher, ils utilisent des tiges de Timbo : les hommes les battent
pendant des heures, le liquide obtenu modifie momentanément le niveau
d'oxygène de l'eau et donc les poissons deviennent des proies faciles.
Mais pêcher n'est pas aussi
productif que la chasse. Ainsi, les hommes sont chargés d'attraper le gibier
(singe, oiseau).Il est difficile de conserver de grandes quantités de
viandes dans la forêt tropicale, c'est pourquoi les tortues fournissent
l'alternative la plus simple.
Pour les porter plus
facilement, étant donné qu'ils les chassent par dizaines, ils les placent
côte à côte entre deux poteaux de bois où il en tient entre quatorze et
dix-huit. Ce système s'appelle « Kapran Ka-yry ».
Les récoltes de la chasse sont
toujours partagées ; ils font continuellement des échanges avec d'autres
habitants du village. De plus, ils ne reviennent pas au village avant
d'avoir rassemblé assez d'animaux pour tenir un banquet, ce qui peut durer
des semaines.
Les repas sont donc
principalement composés de poissons, de viandes mais aussi de fruits
(bananes, papayes) et de légumes (pommes de terre douces, tomates). Ces
repas sont préparés par les femmes, sur le feu au centre du village.
Elles sont aussi chargées de
cultiver le manioc et les autres plantes pour la cuisine ainsi que le «
genipa » pour les peintures corporelles .Durant leur temps libre, les femmes
fabriquent des bijoux avec des perles, discutent, ou vont se baigner dans le
fleuve.
Malgré cela, la plupart du temps, à l'aide de fleurs de palmiers et de fins
stylets, elles se peignent le visage et le corps entre elles. Chez les
Kayapò, le vêtement est avant tout la peinture corporelle, symbolique et
décorative. C'est une partie intégrante du costume traditionnel .Appliqués
en bandes ou en rayures, ces ornements dépendent de l'âge et du sexe : pour
les adultes, c'est une composition géométrique noire, faite avec du genipa,
une plante qui est écrasée, mélangée à un peu d'eau et des fruits. Cette
préparation agit comme un tatouage au henné sur la peau (celui-ci reste deux
semaines sans le retoucher). Les enfants, eux, sont littéralement couverts
de perles par leur mère.
Pour ces peintures, les femmes
s'inspirent des carapaces de tortues, des pelages d'animaux ou encore de
silhouettes de guêpes ou d'abeilles. En effet, les Kayapò pensent que leurs
ancêtres ont appris à vivre en société grâce aux insectes.
Leur art est avant tout fondé
sur des éléments naturels .Il faut aussi savoir que les Kayapò, étant très
proches de la nature, ne craignent ni le froid, ni la faim, ni la soif, ni
la douleur : c'est un peuple guerrier.
C. Une société qui se détache du monde occidentale :
Les Kayapò ont longtemps refusé tout contact avec les blancs afin de se
protéger. Ils attaquaient tous ceux qui approchaient leur territoire : ils
étaient les indiens les plus belliqueux d'Amazonie. Mais avec le temps, ils
se sont adoucis et rentrent peu à peu en contact avec notre société, même
s'ils sont toujours considérés comme inférieurs.
« Inférieurs » par leur mode
de vie, leurs coutumes et leur méfiance à l'égard des sociétés occidentales.
Ils se laissent rarement « approcher » et c'est pour cela que leur existence
est peu connue.
Sans réellement les connaître, les blancs ont répandu des jugements qui sont
devenus de fausses vérités. Face à l'autorité de l'opinion des Européens,
les peuples amazoniens peuvent difficilement réagir.
Mais est-ce que leurs
différences sont des preuves de leur infériorité ?
A cause d'un ethnocentrisme,
les indiens ont été décrétés « primitifs » et considérés comme sauvages.
Les blancs se croient donc supérieurs. En outre, les occidentaux auraient
tort de sous estimer les peuples d'Amazonie.
En effet, le savoir botanique des kayapò est extrêmement développé. Ils
pensent notamment que le remède contre le sida se trouve dans la grande
forêt amazonienne. De plus, ce sont les amérindiens qui, depuis des
millénaires, cultivent les haricots rouges, les pommes de terre, les
tomates, le café ou encore le tabac. S'ils n'avaient pas été aussi savants,
les européens ne connaîtraient pas aujourd'hui le ketchup, la purée, les
pizzas ! ! !
En quoi même, seraient faites nos semelles de chaussures, comment
roulerait-on en voiture, sans le caoutchouc provenant des terres
brésiliennes?
Ces jugements et
considérations ne sont malheureusement pas les seuls problèmes...
II / Quelles sont les menaces qui pèsent sur eux ?
A. Histoire et origines des menaces :
Les Kayapò ont été découverts à la période de l'exploration de l'Amazonie
par les colons portugais vers l'an 1500. Ils ont envahi les terres des
Indiens avant tout par désir d'acculturation des peuples indigènes. Ce fut
le début d'une ethnie en péril.
Les Kube (« Blancs » dans la
langue Kayapò), après avoir traversé une partie de l'Amazonie, voulurent
pénétrer sur les terres des Mebêngôkre. Ils massacrèrent beaucoup de femmes
et d'enfants alors que les hommes luttèrent contre les Kube en tentant de
les repousser. Les colons portugais voulaient les terres, l'or, les
diamants, le bois et le caoutchouc.
Au fil du temps, les peuples qu'ils découvraient les fascinèrent, avant tout
parce qu'ils les croyaient sauvages, et différents des nations policées, «
des êtres sans âme, sans éducation, sans religion. »
Dans un bon nombre d'oeuvres
littéraires du XVIIème et XVIIIème siècles, les auteurs avaient pour but de
critiquer l'intolérance des européens vis à vis de ces peuples « inférieurs
». De Montaigne à Voltaire en passant par Montesquieu, les réflexions
philosophiques et remises en question de la pensée humaine ont marqué les
esprits. Diderot dans le Supplément au voyage de Bougainville, se permet de
critiquer sa propre société totalement avide de biens imaginaires, de
besoins factices et d'argent. De même, Claude Lévi-Strauss dans Tristes
tropiques (1955) tente de briser l'image d'un peuple « hargneux, hostile et
repoussant » et ainsi de dénoncer cet ethnocentrisme qui dure encore.
Les tribus amazoniennes ont été ensuite les victimes de la « chasse aux
Indiens » lancée par le colon Antonio Pires Campos au 18ème siècle. Certains
indiens étaient capturés, d'autres vendus pour travailler dans les mines et
dans les fermes. Au fil des siècles, ils n'ont pas cessé d'être traités en
esclaves au Brésil. Soit on les tuait, soit on les menaçait pour qu'ils
fuient. Mais on venait aussi pour faire d'eux des « civilisés », en les
incitant à gommer leur personnalité et à apprendre les « bonnes manières
occidentales ». Cette pratique d'acculturation fut aussi imposée aux
ancêtres des Kayapò. |
De plus, les Européens ont,
sans s'en rendre compte, véhiculé de graves maladies qu'ils ont infligé à
beaucoup d'Indiens : des peuples entiers (comme les Kreen Akrore) en sont
morts. La période de colonisation fut terrible pour tous les Amazoniens.
Bilan : 1477 peuples se sont éteints, 70 sont gravement menacés de
disparition.
Malheureusement, le cours de l'Histoire n'a pas changé les choses. Cela fait
cinq siècles que les colons et les Indiens ont du mal à écrire ensemble
l'Histoire de leur pays car leurs intérêts ne sont pas toujours compatibles.
B. De réelles menaces AUJOURD'HUI:
Avec l'avancée du front de
colonisation de la forêt amazonienne, des fermes et des petites villes se
sont en effet construites au-delà des terres indigènes. Des immensités
plates (où vivaient autrefois des peuples autochtones) sont de nos jours
occupées par des Européens. C'est la déforestation. On supprime des forêts
entières pour y installer des champs de soja, de cannes à sucre, des
pâturages, mais aussi des propriétés privées, des fermes.
Le véritable problème qui se
pose est la notion de « protection » des terres indigènes. En effet, des
zones en Amazonie ont été décrétées « protégés » par le gouvernement.
Or, le Président de la
République du Brésil, Lula, ne semble pas concerné par la cause des Indiens.
Le droit de propriété foncière leur est refusé car ils sont toujours
considérés comme des mineurs aux yeux du gouvernement. Pour que leur soit au
moins reconnu le droit de vivre sur ces terres, ces dernières sont
délimitées par des piquets, des panneaux de signalisation...
Cependant il est inutile de
vouloir de fixer des limites lorsque l'on sait avec quelle facilité les
exploitants de bois ou les fermiers les franchissent : sur la totalité des
terres démarquées, 85% des terres sont sujettes aux invasions.
Les problèmes qui touchent les peuples indigènes du Brésil ont des
répercutions dramatiques sur notre planète. Durant les trente dernières
années, la déforestation a frappé 14% de la forêt amazonienne brésilienne,
soit une superficie plus grande que la France. En 1997, 1.7 millions
d'hectares ont été détruits.
Heureusement, les terres des Kayapò sont difficilement accessibles, sans
quoi la machine destructrice des exploitants aurait fait les mêmes ravages
qu'en Afrique chez les Massaï et les Pygmées, ou en Nouvelle-Guinée chez les
Papous.
Cependant même si les
Mebêngôkre disposent d'un territoire d'environ 635 hectares, les Kube ne
cessent de couper et de leur réclamer toujours plus. En octobre 2003 par
exemple, sous la pression et les menaces de mort des fermiers alentours, les
Indiens Mebêngôkre, situés dans le Sud de l'Etat Parà, ont dû leur céder
307000 hectares de terres.
Aristote disait que : « L'argent produit l'argent, de telle sorte que cette
manière d'acquérir des richesses soit la plus contraire à la nature. »
Il arrive parfois que des petits groupes se fassent assassiner par des
fermiers, des bûcherons ou des chercheurs d'or qui pénètrent illégalement
les zones « protégées ». C'est comme cela qu'une partie des Yanomami, peuple
voisin des Kayapò, a péri en 1996.
Par ailleurs à cause des déchets que rejettent les grandes villes et des
engrais toxiques employés par les fermiers, de plus en plus de cours d'eau
et de fleuves traversant les terres indigènes, sont pollués. Et encore une
fois, les quelques indiens qui vont en ville pour tenter de se faire
soigner, repartent la plupart du temps avec d'autres maladies encore plus
dangereuses liées au contact d'un monde urbain, fortement industrialisé.
Il y a encore peu de temps,
les peuples indigènes du Brésil disposaient d'une eau douce parfaitement
consommable. Mais les produits chimiques toxiques utilisés dans les
plantations agricoles, et le mercure avec lequel les orpailleurs filtrent
l'or gagnent petit à petit les cours d'eau qui traversent leurs terres et
s'infiltrent dans les nappes phréatiques.
Pour exemple, une étude menée
en 1992 chez les Indiens Mebêngôkre du village de Kikretum, a révélé que le
sang de 88% des personnes examinées était contaminé par le mercure.
Il est vrai que c'est non
seulement la flore mais aussi l'eau qui est menacée et qui est pourtant
essentielle à la survie des tribus amazonienne.
Un projet a été mis en place
en avril 2006 par l'administration du Brésil : construire un barrage le long
du fleuve Xingu. Une fois auparavant, cette idée avait déjà été proposée.
Nous verrons plus tard de quelle manière les Mebêngôkre se sont déterminés à
empêcher cette construction. Un des membres du groupe avait d'ailleurs
déclaré : « Nous, les Kayapò sommes conscients que les problèmes qui
menacent la vie de nos communautés de la vallée du Xingu mettent également
en danger la vie des autres peuples indigènes : la solution à ces problèmes
est donc la réelle protection de notre fleuve et de notre forêt, et tout
cela fait partie d'une lutte commune ».
En outre, tous les moyens sont bons pour faire fléchir les indigènes :
meurtres, menaces ou au contraire promesses, réponses à leurs besoins,
offres de nouveaux services... En effet, on leur propose souvent de laisser
étudier la faune et la flore en « échange » du contrôle des frontières de
leurs terres.
Une fois aussi, le gouverneur
avait promis de leur offrir de nouveaux bateaux et des formations pour les
jeunes indiens qui pouvaient ensuite aller travailler sur ces bateaux. Il
est vrai que ces adolescents se posent de nombreuses questions sur le
fonctionnement du monde des Blancs et sont donc attirés par une telle
société (argent, voiture, beaux vêtements, nourriture à profusion). Ce sont
peut-être ces quelques Indiens qui, au contraire des plus anciens qui
restent sceptiques, seraient tentés par les propositions des politiques du
Brésil, elles-mêmes motivées par les pays occidentaux.
Même s'ils restent sceptiques
à l'avancée de la modernisation, ils acceptent de recevoir des éléments
étrangers à leur culture tels que la radio, les chaussures ou des vêtements
civilisés. Ils agissent de la sorte pour renouer des liens amicaux avec les
sociétés occidentales, mais leurs efforts sont limités car ils redoutent les
abus des Blancs.
C'est pour cela que face à la progression des nouvelles générations, les
Kayapò redoublent de force et de courage pour lutter contre la menace d'un
avenir malheureux. C'est aux grands-parents et aux parents de transmettre la
culture indigène car celle-ci leur permet de protéger la terre et la forêt.
Raoni qui est le chef des Indiens Metyktire (sous-groupe du peuple Kayapò)
déplore la situation actuelle des peuples indigènes :
« Jusqu'à aujourd'hui je me bats pour protéger les peuples indigènes, pour
protéger les forêts, les fleuves et les animaux afin qu'ils puissent
continuer à vivre selon leurs traditions et qu'ils restent heureux. Les
Blancs ont déjà détruit la terre de beaucoup d'Indiens. Moi-même j'ai été
témoin de la destruction de plusieurs d'entre elles. Les premiers peuples
indigènes qui furent contactés par les Blancs s'ils ne sont pas disparus
n'ont aujourd'hui que de toutes petites terres sur lesquelles il n'y a plus
de tapirs, de tatous ni d'oiseaux. »
III / Comment agissent-ils pour sauvegarder leur identité ?
A) Une détermination à défendre leur culture par eux-mêmes :
Certaines civilisations tentent de garder vivantes leurs traditions en dépit
des menaces qui pèsent sur leur survie.
Pour se sortir de cette situation qui n'a jamais été aussi critique, les
différents peuples indigènes échangent leurs expériences et s'unissent de
façon à devenir plus forts, ce qui renforce donc leur identité ethnique.
Reprenons l'exemple du barrage
hydroélectrique sur le fleuve Xingu contre auquel se sont opposés plusieurs
groupes de Mebêngôkre : ils étaient en effet 200 à se mobiliser.
Ils veulent être entendus,
c'est leur seul moyen pour ne pas perdre leur langue, leurs terres et leurs
coutumes car leur plus grande peur est de vivre comme les Blancs.
Les vingt et une communautés ont d'abord commencé par se réunir pour
discuter de ce projet qui selon eux aurait un impact dévastateur sur
l'environnement et inonderait leurs terres. Beaucoup d'entre eux ont
manifesté leur colère sur le fait que le gouvernement n'ait pas consulté les
communautés touchées par ce projet. Ils ont donc décidé de mettre en place
des alliances locales.
Le jeune organisateur des
rencontres qui est un membre de la communauté Kayapò, a déclaré : « Nous
appelons tous les habitants de la vallée du Xingu à nous rejoindre pour
protester contre le barrage de Belo Monte et tous les autres que la
compagnie d'électricité Electronorte à l'intention de construire dans la
vallée, et pour exiger le développement de nos propres sources de production
et de nos cultures ».
Comme nous l'avons mentionné
précédemment, les Kayapò sont des guerriers : ils ont utilisé leur chant de
guerre pour faire pression sur le gouvernement, en lui annonçant que
celui-ci s'engageait dans un conflit avec le peuple des Kayapò s'il
persistait dans son projet de construction du barrage.
Outre cette ferme opposition, les représentants de chaque communauté du
Xingu ont aussi mis en cause la pollution du fleuve et ont exigé que l'Etat
réglemente ces activités afin d'éviter la destruction de l'écosystème.
Sans véritable soutien
extérieur, les Kayapò ont su montrer qu'ils se battraient jusqu'au bout,
comme ils se sont toujours battus, afin de conserver leurs terres et leurs
traditions dont ils sont très fiers. Mais une aide s'avère être
indispensable, heureusement elle existe...
B) Un soutien qui s'organise en diverses associations grâce à des personnes
influentes :
1.Raoni Metyktire : (« Ropni » dans la langue Kayapò)
C'est le chef des Indiens Metyktire, un sous-groupe des Kayapò. Sage et très
charismatique, il est le leader le plus respecté de la cause indigène au
Brésil et est reconnu mondialement. Sa parole fut en effet portée au-delà
des frontières du Brésil. Il voyagera dans plus de dix-sept pays afin
d'alerter et de sensibiliser au maximum les gens des menaces qui pèsent sur
la forêt amazonienne.
On compte parmi ses rencontres
Sting, Jean Paul II, François Mitterrand, Jacques Chirac.... Le chanteur Sting
l'a par exemple aidé et à médiatiser la fondation Rainforest, crée par Raoni
lui-même en 1989. Cet organisme de défense des droits indigènes agit non
seulement en Amérique Latine mais aussi aux Etats-Unis, en Norvège et en
Afrique... Son message fut entendu car grâce à lui, en 1993, près de 4.5
millions d'hectares de forêt furent « légalement » reconnus comme terre
indigène ; démarquée et protégée. Grâce à lui également douze fondations ont
été crées dans le monde dans le but de récolter des fonds pour la création
en Amazonie d'un parc national de 180 000 km2 , c'est-à-dire un tiers de la
France.
Par son discours dans lequel
il décrit la situation des peuples indigènes, il redonne la force et de
l'espoir à tous ces Indiens, afin de continuer la lutte et de résister face
aux menaces.
2. Megaron Tyukarramae :
Megaron est le neveu du chef Raoni. C'est un homme de négociation et de
raison, il est connu pour apaiser les conflits entre indigènes et
non-indigènes. Il fut le leader en autre de l'événement du barrage qui
menaçait le fleuve Xingu : il a en effet organisé le rassemblement des 200
représentants des peuples indigènes.
3. Emilie Barrucand :
Passionnée depuis petite par les populations amérindiennes, cette jeune
ethnologue française âgée de 26 ans a séjourné pendant de longues périodes
au Brésil chez les Kayapò. Elle est considérée là-bas comme la fille
adoptive de Raoni.
La situation de ce peuple, avec qui elle a partagé deux années de sa vie,
l'a poussée à réagir, pour que les droits, les terres et la culture des
Mebêngôkre ne soient pas en péril. Elle a crée en 2004, avec l'aide de Raoni,
l'Association Wayanga et en a aussi fait un livre: "Amazonie en sursis", qui
traite de son expérience avec les Kayapò ainsi que de la nécessité d'agir
pour eux.
Les associations :
* Wayanga :
L'objectif principal de cette organisation est de donner les moyens aux
populations indigènes de mettre en place elles-mêmes leur politique de
défense. Aussi, toute action ou tout projet seront soutenus foncièrement par
l'association, le but étant de mener à bien les programmes les plus
bénéfiques pour la protection des Indiens.
Elle a aussi pour mission de
sensibiliser l'opinion publique et d'établir un réseau de soutien abondant.
En effet, la médiatisation est fondamentale.
Wayanga n'impose aucun projet aux Indiens, elle n'est qu'un outil, une base
à leur service.
Epaulée par d'autres
ethnologues, Emilie Barrucand tente d'établir des relations entre les
communautés et la société nationale. De là est née l'idée d'un nouveau
projet:
* La "Solidarité Interethnique" :
C'est avec les Indiens que l'association Wayanga a élaboré ce projet. Au
cours de ce programme, plusieurs rencontres seront organisées et se
dérouleront successivement dans les villages des différents peuples
indigènes concernés. Chacun d'eux pourra faire partager ses expériences, ses
souffrances aux autres, leur faire prendre conscience qu'ils peuvent aussi
être touchés par les menaces actuelles. En réfléchissant ensemble à leurs
problèmes, aux possibilités de les résoudre, ils rédigeront un document qui
sera ensuite transmis aux autorités de l'Etat du Mato Grosso, afin que les
politiques soient modifiées et que des actions contres les menaces qui
pèsent sur eux soient mises en place.
D'autres actions et
sensibilisations sont aussi prévues comme la réalisation d'un film
documentaire, ou l'organisation d'événements culturels (concerts, musées,
théâtre) au profit des Indiens;
L'action de Wayanga passe aussi par la publication du livre d'Emilie
Barrucand, par des conférences données dans les grandes villes étrangères ou
brésiliennes afin de sensibiliser les populations.
*La FUNAI :
En 1910 fut crée le Service de Protection des Indiens (SPI); aujourd'hui il
est remplacé par la FUNAI, la Fondation de l'Indien. Son but est de mettre
en place une politique républicaine de protection des populations
autochtones. Elle s'occupe en particulier des terres des Mebêngôkre et lutte
pour le respect de leurs droits et de leur culture. Cette fondation est en
mouvement : des équipes vont sur le terrain, elles sont envoyées pour
"pacifier" les occupants installés inégalement dans les terres indigènes.
Certains surveillent les routes qui ont récemment percé des territoires
protégés, d'autres sont chargés d'aller distribuer aux Kayapò des
équipements (la radio par exemple) pour que ces derniers les préviennent en
cas de danger, d'attaque.
La FUNAI organise aussi beaucoup de conférences. Les Indiens qui veulent se
rendre utiles pour leur communauté peuvent se présenter en tant que leader
du groupe. Ainsi tous les représentants, avec le soutien de l'association
Wayanga, voyagent dans le monde pour se "montrer", convaincre les gens et
les politiques de la nécessité d'agir pour le respect de leurs droits. Ils
sont épaulés par des ethnologues comme Rafael Pessoa, qui était lors d'une
conférence à Paris (en décembre 2005) accompagné d'un groupe de Kayapò et
ont pu ainsi parler de leur culture et de leurs conditions de vie.
D'où le rôle important des
médias. Il est vrai que cela favorise le soutien d'autres associations. Par
exemple, au terme d'une conférence à Paris, la TV, la radio et la presse ont
inévitablement influé des associations comme Amnesty International,
Greenpeace pour participer à la défense de la cause indienne.
C) Les résultats d'un tel combat :
1. Des victoires... :
Outre les médias qui commencent à rendre "célèbres" les protecteurs de
l'Amazonie, on a pu constater ces dernières années, des améliorations et
engagements pour les peuples indigènes.
Le 5 Janvier 2007 fut une
journée mémorable pour tous les Kayapò : en effet, ils ont obtenu le Label
de gestion durable FSC pour leur forêt, qui est une des plus menacée par la
déforestation.
Avec près de 1,5 millions
d'hectares de superficie éco certifiée, il s'agit d'une grande victoire,
d'une profonde satisfaction pour eux. Grâce à cette certification, les
Indiens Kayapò prouvent au monde que ce sont bien les peuples indigènes qui
sont les véritables gardiens et protecteurs des forêts amazoniennes. Ils
montrent ainsi qu'il existe des possibilités pour repousser l'exploitation
des bois tropicaux.
De plus, avec ce Label
internationalement reconnu, les Indiens Mebêngôkre pourront vendre leurs
produits sur les marchés nationaux. Les terres qu'ils réussissent à
conserver et les blancs qu'ils "repoussent" leur redonnent de l'espoir.
2. ...qui cependant n'ont pas de réelles finalités :
Il n'y aura en effet de gestion durable des forêts tropicales que lorsque
l'on reconnaîtra les droits des peuples indigènes à gérer leur forêt
eux-mêmes. Les politiques sont élaborées par des "non-indigénistes". Etant
donné que le président Lula n'a fait qu'aggraver la situation, - il instaure
des programmes d'aide aux pauvres et aux populations noires- et qu' il ne
prend au contraire aucune mesure en faveur des Indiens, ces derniers ne
peuvent pas compter sur le gouvernement. Il paraît évident que si les
parlementaires se ralliaient à la cause des Amazoniens, ils pourraient
préserver à leur manière l'écosystème brésilien.
En réalité, on ne peut pas dire que les Kayapò soient aidés par la nation
brésilienne, comme par les autres pays; les aides financières manquent
aussi. La FUNAI et
l'Association Wayanga ont besoin de récolter des fonds pour la poursuite des
projets. Mais « la plupart des gens qui promettent de les aider ne font que
parler. Or pour continuer à défendre la forêt, nous avons besoin d'aide »
affirme le chef Raoni.
Comment peut-on agir?
Les peuples indigènes du Mato Grosso ont besoin d'urgence de partenaires
financiers, politiques et médiatiques. Mais chacun d'entre nous, quel que
soit notre âge, notre nationalité, notre profession..., nous pouvons faire
quelque chose. En effectuant des dons, certes, mais également en organisant
dans nos écoles, nos bureaux de travail ou notre village des évènements de
solidarité; en mettant nos savoirs et notre volontarisme au profit de
l'association Wayanga et des peuples tels que les Kayapò.

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