Les pouvoirs publics constatent la colonisation des cultures par les OGM Un avis de l'Agence française de la sécurité sanitaire des aliments révèle la présence croissante d'organismes génétiquement modifiés dans les semences traditionnelles, notamment de maïs. Le gouvernement souhaite ouvrir largement le débat avec les experts et les consommateurs LE MONDE | 25.07.2001
ENVIRONNEMENT Un avis de l'Agence française de la sécurité sanitaire des aliments (Afssa), remis lundi 23 juillet 2001, révèle la présence très large d'OGM "à l'état de trace dans des semences ou des récoltes conventionnelles". LES EXPERTS de l'Afssa ont établi que 41 % des échantillons de maïs conventionnels testés contiennent de faibles fragments d'OGM. Si l'agence estime que cette dissémination ne présente pas de risque pour la santé publique, elle s'interroge cependant sur cette lente colonisation. LE GOUVERNEMENT entend ouvrir largement le débat avec les experts et les associations de consommateurs, afin d'élaborer une "charte de la transparence des essais d'OGM". LA COMMISSION DE BRUXELLES examine la possibilité d'autoriser à nouveau la commercialisation de produits OGM, tout en renforçant la protection des consommateurs. (Lire aussi notre éditorial page 9.) La france sera-t-elle bientôt mise devant le fait accompli sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) ? Pendant que les spécialistes chicanent sur leurs avantages et leurs inconvénients, la lente dissémination des semences se poursuit dans les campagnes. L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a rendu, lundi 23 juillet, un avis qui vient confirmer une lente propagation, malgré l'instauration d'un moratoire en 1997. "La présence d'OGM à l'état de trace dans des semences ou des récoltes conventionnelles paraît être actuellement une réalité", affirment les experts. Ce constat "enchantera" les associations environnementalistes, comme Greenpeace, qui le crie depuis des années.
Interrogée sur les conséquences sanitaires liées à la présence fortuite de semences OGM en faible proportion dans des semences conventionnelles, l'agence s'est montrée rassurante sur ce point. "La probabilité d'effet toxique ou allergénique apparaît comme extrêmement faible", estime l'expertise. "A ce stade, aucun élément porté à notre connaissance ne suggère de risque pour la santé publique, notamment compte tenu des faibles teneurs observées dans les lots concernés", conclut-elle.
Mais la conquête transgénique est évidente. Dix-neuf des cent douze échantillons de semences de colza, de soja et de maïs, officiellement conventionnels, qui ont été soumis à l'Afssa par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) comportaient un signal, le "promoteur 35S", caractérisant la présence d'OGM, parfois dans des valeurs n'excédant pas 0,1 %. Pour le maïs, 41 % des prélèvements étaient "pollués". Des résidus de soja OGM ont même été identifiés dans certaines semences de maïs conventionnelles, indice d'un étonnant brassage. La justice, indique mercredi 25 juillet un communiqué du gouvernement, a d'ailleurs été saisie sur un certain nombre de ces cas de présence fortuite, afin d'en déterminer l'origine.
Prudemment, l'agence met sa statistique en regard d'une autre, établie par la chambre syndicale des entreprises semencières, qui, à l'issue d'autocontrôles menés lors de la campagne 2000-2001, situe à 7 % la proportion de lots de maïs conventionnels où se trouvent des traces d'OGM. La différence est notable. "Il peut, en conséquence, être estimé que la fréquence actuelle de présence fortuite d'OGM dans des semences conventionnelles de maïs se situe entre ces deux valeurs : 41 % et 7 %", résume diplomatiquement l'avis.
Appliqués aux trois millions d'hectares actuellement emblavés en maïs sur le territoire national, ces deux pourcentages pourraient cependant laisser suggérer que des centaines de milliers d'hectares de culture nationale comportent aujourd'hui des fragments transgéniques.
L'agence se refuse à cette extrapolation. Mais plusieurs affaires récentes corroborent l'idée que l'extension transgénique n'est plus maîtrisée. Durant l'année 2000, le ministère de l'agriculture a ainsi dû ordonner l'arrachage de cultures de soja, de colza et de maïs colonisés par les OGM à l'insu des agriculteurs et, affirme-t-il, des multinationales qui fournissaient les semences.
Pour expliquer cette présence fortuite mais insistante, l'agence évoque comme une des pistes l'importation de semences impures. Aux Etats-Unis, les cultures transgéniques couvrent 68 % des surfaces cultivées et la traçabilité est devenue pratiquement impossible, même pour les produits destinés à l'exportation. Mais l'Europe n'est pas épargnée par cette confusion. Plusieurs variétés de maïs transgénique sont autorisées à la commercialisation dans l'Union. Leur culture ne couvre, pour l'heure, que 34 hectares en France, les agriculteurs se montrant réticents à leur usage. Mais elle est plus développée dans d'autres Etats membres, et le commerce intraeuropéen a pu hâter la propagation.
L'avis évoque également l'hypothèse d'expérimentations sur le sol français qui auraient contaminé leur environnement. "Les dispositifs d'encadrement des essais (distance d'isolement, barrières végétales pour piéger le pollen) ne sont pas conçus comme des isolements reproductifs stricts ; les OGM disséminés dans ces essais peuvent donc conduire à des fécondations de parcelles voisines de l'ordre de 0,1 %", explique l'avis, endossant les récentes conclusions de la Commission du génie biomoléculaire.
Les opposants craignent que les cultures OGM, aujourd'hui disséminées dans la nature, ne gagnent peu à peu du terrain au contact des plants conventionnels, par sélection naturelle. Les plus virulents prônent l'éradication : en juillet, après que le ministère de l'agriculture a rendu publique la localisation des cultures transgéniques sur le territoire, un groupe a saccagé des lieux d'expérimentation OGM, à Beaumont-sur-Lèze (Haute-Garonne) et à Guyancourt (Yvelines), cette dernière action ayant été revendiquée par un groupe se baptisant Les Ravageurs. Des informations judiciaires sont actuellement ouvertes.
Dénonçant ces destructions, les semenciers retiennent néanmoins la pollinisation comme principale responsable de la dissémination. "Le problème de la présence fortuite est inhérent au fait qu'il y a des cultures OGM aujourd'hui un peu partout dans le monde, estime Philippe Gracien, directeur général du Groupement national interprofessionnel des semences. Les réalités de la biologie font qu'on ne peut pas garantir le niveau zéro. La profession réclame depuis trois ans qu'un seuil réaliste de présence fortuite soit précisé."
Le 3 juillet, la Commission du génie biomoléculaire avait rendu un avis concluant également que "la présence d'OGM dans des semences ou récoltes conventionnelles est une réalité techniquement incontournable", estimant cependant que cette présence ne constituait pas un danger sanitaire ou environnemental.
L'Afssa, elle, appelle de ses voeux "une analyse à grande échelle, avec un échantillonnage rigoureux, pour déterminer le degré de généralité du phénomène" de présence fortuite. Et de conclure : "S'il se confirmait que des OGM étaient présents à l'état de trace dans une proportion importante des semences, des études devraient être entreprises pour en préciser les origines, évaluer les risques possibles et prendre en compte cette donnée pour définir des seuils dans ce nouveau contexte."
Benoît Hopquin Sommaire de la page Le 27 juillet 2001 Communiqué de presse de la Fédération Nationale d'Agriculture Biologique (FNAB) LES AGRICULTEURS BIOLOGIQUES N'ACCEPTERONT PAS D'ETRE CONTAMINES PAR DES OGM Par leur dissémination incontrôlable, les OGM représentent un risque majeur pour l' agriculture biologique. Il serait ahurissant qu'une technique rejetée par les citoyens mette en danger un mode de production appelé par tous à se développer. A défaut d'obtenir une interdiction totale, les producteurs biologiques exigent des outils de contrôle efficaces pour garantir les risques : reconnaissance de la responsabilité des disséminateurs de gènes manipulés et mise en place de périmètres de protection autour des parcelles biologiques. Le potentiel économique, écologique et social de l'agriculture biologique ne doit pas être sacrifié au profit d'une économie génétique que la société refuse et qui n'apporte pas de solution technique pérenne.
Le récent rapport de l'AFSSA sur la très fréquente contamination « accidentelle » des cultures françaises par des Organismes Génétiquement Modifiés ne laisse pas d' inquiéter les agrobiologistes. En effet, l'agriculture biologique s'est donnée comme règle l'interdiction totale de l'usage des OGM. Ainsi, un producteur biologique contaminé pourrait voir sa production totalement retirée des circuits de transformation biologiques. Avec des contaminations à grande échelle, c'est la bio entière qui est menacée. C'est pourquoi la constatation d'une contamination de 17 % des champs de colza, soja et maïs français par les OGM (avec une pointe à 41 % pour le maïs !) est porteuse d' un grand danger pour la pérennité de l'agriculture biologique, et plus généralement des filières non-OGM. Cette inquiétude est d'ailleurs partagée par le Ministère allemand de l'Agriculture, qui l'a annoncé le 20 juillet 2001. En particulier, le ministère allemand insiste sur la nécessité de définir des distances réglementaires sérieuses entre les champs biologiques et les champs OGM. La Fédération Nationale d'Agriculture Biologique des régions de France (FNAB), qui représente les producteurs biologiques français, réaffirme que les agrobiologistes ne tolèreront pas que leur mode de production soit mis en danger par la logique économique et l'irresponsabilité de firmes semencières et agro-alimentaires. La FNAB rappelle quelques revendications essentielles : la nécessité de définir un périmètre de protection large autour des parcelles conduites en agriculture biologique (y compris pour les futures parcelles engagées en bio); la reconnaissance des OGM comme une pollution (« pollution génétique »), permettant de saisir les assurances en cas de contamination; la mise en oeuvre de filières garanties « sans OGM » à la charge des filières OGM : il serait inadmissible que ces coûts retombent sur ceux qui conservent simplement des pratiques antérieures aux OGM la priorité à accorder au développement de techniques alternatives, réelles solutions pérennes pour répondre aux enjeux du développement agricole durable de la planète et de la lutte contre les pollutions : agriculture biologique, cultures vivrières adaptées aux techniques locales et aux structures sociales, prévention des maladies et désherbage mécanique, etc. Contact presse : Dominique VEROT ou Jacques CAPLAT - 01 43 38 38 69 
Un objet génétique non identifié dans le soja OGM de Monsanto
Le point sur les OGM - La contamination continue - Rapport de la CGB Les raisons de résister - Corinne Lepage et les OGM Eviter les disséminations - Colza, maïs, soja : les OGM sont intenables! http://terresacree.org sos-planete@terresacree.org - Sommaire de la page
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