Je charriais dans mes veines un
bien mauvais sang! J'appartenais à une espèce qui trainait dans
son sillage une histoire trouble et troublante. L'espèce se disait humaine. Elle avait
pourtant fait du crime une institution légale, un instinct, une habitude gastronomique
recommandable. Impossible de rentrer les pulsions meurtrières, acquises avec les
millénaires pour survivre, et qui maintenant suintaient de lucarnes vidéo.
Plus personne ne
se rendait compte de rien. Les enfants de Caïn ne savaient même pas que le
steack haché dans la miche de pain blanc était un morceau de vache élevée en batterie.
Comment pouvaient-ils s'en douter? S'imaginer en plus que chaque saignante bouchée
privait quelques petits indiens de lait? Il était impossible d'établir un lien. Du
reste, les journaux télévisés cachaient soigneusement chaque jour les 48 000 victimes de la faim! En gros, d'un côté tout le monde était gras et rigolard, et de l'autre on
n'avait plus que la peau sur les os,
et pas de caméra! Nous étions des pigeons engraissés par un système. Les grains
étaient non seulement jetés, mais génétiquement pipés!
Avant, nous granivores.
Quand plus d'oseille, on partait chasser avec les potes. C'est pour survivre qu'on tuait.
Parce qu'on n'avait pas le choix. Et l'indien que nous étions remerciait l'animal à qui il prenait la vie. Aujourd'hui, allez demander aux
consommateurs d'assumer leurs hamburgers en tranchant le cou d'adorables
"broutards" que l'industriel de la bouffe aurait délicatement attaché aux
tobogans, plastique rouge et jaune...
#Le viol du Vivant Alternatives - Porte
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