Au nom du principe de précaution, le Conseil d'Etat a suspendu, le 25 septembre 1998, l'arrêté du 3 février 1998 autorisant pour la première fois la culture d'OGM en France (1). D'autres pays européens ont affiché leur volonté d'instituer un moratoire (l'Angleterre) ou ont interdit la culture de transgéniques (la Grèce, l'Autriche). Cette période de flottement est la dernière chance de convaincre le citoyen que les OGM sont radicalement inacceptables et d'arrêter là l'expérience. (..) Pour la première plante transgénique autorisée à la culture en France en février 1998, le maïs Bt de Novartis, l'industriel n'a rien trouvé de mieux que d'insérer pour des raisons purement techniques (reconnaissance aisée) un gène " marqueur " qui est tout bonnement un gène de résistance à un antibiotique majeur, l'ampicilline. Or, la transmission de ce gène aux bactéries du tube digestif des animaux et de l'homme est possible (2)! Le fait que l'industriel n'ait d'évidence pas songé un seul instant aux risques sanitaires de l'utilisation d'un tel gène alors que le premier néophyte venu s'inquiéterait, laisse à penser que les études sanitaires, à court terme mais aussi à long terme, sont totalement absentes et que les seules expérimentations prévues sont des expérimentations grandeur nature sur le consommateur. La mort de l'agriculture biologique Tout comme les éléments radioactifs de Tchernobyl, les pollens circulent et ne s'arrêtent pas aux frontières. D'un champ de plantes transgéniques au champ voisin cultivé en bio, d'une vallée à l'autre, d'une région à l'autre, d'un pays à l'autre et au bout de quelques mois sur toute la planète. Par conséquent, utiliser des OGM signifie forcément ne plus pouvoir garantir la mention "sans OGM " et donc aboutit à la mort de toute la filière de l'agriculture biologique. (... ) Le risque écologique Dans le cas de l'autorisation de la culture du maïs transgénique, le gouvernement et le ministère de l'Environnement ont affirmé qu'il ne saurait y avoir de danger écologique, car il n'existe pas de maïs sauvage en Europe qui pourrait être pollué génétiquement. Certes, mais il existe des cultures de maïs non transgénique. Le gouvernement l'aurait-il déjà oublié? Le citoyen ignoré En 1974, le programme nucléaire français avait été lancé sans aucune consultation des citoyens. Sur le dossier des OGM, le gouvernement a consulté quatorze citoyens choisis par un institut de sondage au mois de juin 1998. C'est mieux que zéro, vingt ans auparavant, mais à ce rythme la mise en place de la démocratie prendra quelques millions d'années! Il existe toutefois des sondages. Au niveau européen, sur plus de 16 000 citoyens européens interrogés, entre 60 et 80 % selon les pays sont hostiles aux OGM (3). (...) Dans le doute, abstiens-toi! Le principe 15 de la déclaration de Rio (1992) s'applique parfaitement. Il a été traduit dans la législation française par l'article 1 de la loi n' 95-1 01 du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l'environnement: "(... ) le principe de précaution selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement, à un coût économiquement acceptable ". Le principe de précaution à la française doit être bon marché ! (... ) Le Conseil des ministres de l'Union européenne a décidé, le 26 mai 1998, l'étiquetage obligatoire des OGM à partir du 3 septembre 1998. Mais Bruxelles ne s'est pas préoccupé des aspects pratiques... et au 3 septembre 1998 n'avait toujours pas homologué les méthodes de détection des OGM! (... ) (Thierry Jaccaud, ingénieur en gestion de l'environnement, secrétaire national du MEI) MEI, 7, rue du Vertbois, 75003 Paris. Tél. : 0 1 40 27 85 36. Fax: 0 1 40 27 85 44. (1) Sur un
recours de Greenpeace et d'Ecoropa. Le MEI a déposé un recours en annulation contre le
deuxième arrêté autorisant discrètement le 3 août 1998 douze variétés de maïs
transgénique supplémentaires. (2)Patrice Courvalin, chef de l'unité des agents
antibactériens de l'institut Pasteur et responsable du Centre national de références
sur les mécanismes de résistance aux antibiotiques. Plantes transgéniques et
antibiotiques. La Recherche n' 309 - Mars 1998. (3) Biofutur n' 172
- Novembre 1997.
|