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LE MONDE | 14.07.05 ________________________ Un raz de marée sans caméra ni élan de générosité submerge le Niger, celui de la faim. Sous l'action cumulée d'une sécheresse qui rappelle celle des années 1980 et d'une invasion de criquets destructeurs de récoltes, la famine sévit dans l'ouest de ce pays sahélien, aux confins du Mali et du Burkina Faso. Des paysans privés de céréales pour cause de prix inabordables mangent des racines, certains creusent les termitières pour y extraire des grains de mil stockés par les insectes. "Des enfants qui devraient peser entre 6,5 et 7 kilos ne pèsent pas plus de 3 kilos ", a témoigné Jean Ziegler, rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation, mercredi 13 juillet à Genève. Selon le sociologue suisse, retour d'une mission au Niger, "les groupes les plus vulnérables – enfants, malades, personnes âgées – sont en voie de liquidation". Les Nations unies estiment qu'un quart de la population nigérienne, soit 3,5 millions de personnes, souffre de la pénurie alimentaire. Médecins sans frontières (MSF), qui multiplie les alarmes, enregistre entre 10 et 15 décès dans ses centres et prévoit de prendre en charge 20 000 enfants malnutris cette année, soit deux fois plus qu'en 2004. La catastrophe était annoncée. Dès octobre, le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU avait constaté la maigreur des récoltes et lancé un appel de fonds. Mais sur 16 millions de dollars attendus, seuls 5 ont été recueillis. Il a fallu l'aggravation de la crise et l'intervention des ONG pour que les principaux donateurs – la France et l'Union européenne – annoncent, début juillet, une rallonge à leur aide. MOBILISATION POUSSIVE La gestion de cette malnutrition, endémique dans ce pays où un enfant sur quatre meurt avant l'âge de 5 ans, a été alourdie cette année par les ravages des criquets, dont l'invasion, pourtant signalée en temps utile, n'a pu être stoppée faute de moyens. Elle l'a été aussi par le refus du gouvernement nigérien de distribuer gratuitement les céréales stockées pour ne pas désorganiser le marché local, base d'une sécurité alimentaire durable. Les autorités ont longtemps organisé des ventes "à prix modéré", dont les plus pauvres n'ont pu profiter, avant de se résoudre, début juillet, à procéder à des distributions gratuites. Alors que le Burkina Faso et le Mali, également touchés, ne font pas état d'une situation aussi critique, la situation du Niger semble aussi liée à la rivalité entre le premier ministre, Hama Amadou, et le président de la République, Mamadou Tandja. La difficulté à mobiliser l'aide internationale, au moment même où les pays riches du G8 prétendent faire de l'aide à l'Afrique la priorité de leur action, reflète une réalité politiquement incorrecte que résume ainsi un diplomate français : alors que le tsunami et ses victimes parmi les touristes occidentaux ont suscité une large médiatisation et un immense flux financier, les drames africains entraînent une mobilisation si poussive que les acteurs de terrain, ONG, gouvernement et agences de l'ONU, sont tentés d'en rajouter pour réveiller les bailleurs de fonds. Philippe Bernard http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-672387,0.html |