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Le dimanche 05 août 2007
Ariane Krol
La Presse
Amies des étudiants fauchés et des travailleurs pressés, les pâtes
alimentaires permettent de préparer une infinie variété de repas en un
tournemain. Hélas, leur statut d'aliment abordable est menacé. Le prix des
spaghettis et autres macaronis augmentera bientôt au supermarché, et d'autres
denrées risquent de subir le même sort. Un contrecoup malheureux de la course à
l'éthanol.
Inflation et déflation (100%)
Le prix du blé dur, principal ingrédient utilisé dans la fabrication des pâtes,
a atteint des sommets jamais vus en 10 ans. Les mauvaises récoltes et les stocks
restreints expliquent en partie la situation, mais ces facteurs viennent
seulement amplifier la tendance de fond. Ce qui propulse les marchés des grains,
c'est la production de biocarburants.
Le maïs-grain, première source d'approvisionnement des usines d'éthanol
américaines, a allumé la mèche. Puis le cours des oléagineux et des céréales
servant à l'alimentation du bétail s'est embrasé. Les autres grandes cultures
ont suivi.
Les gouvernements ont contribué à l'escalade en encourageant la production de
biocarburants. Même en Italie, des cultivateurs délaissent le blé dur pour le
colza, dont l'huile sert à fabriquer du biodiésel.
Les premiers qui ont annoncé un impact sur le panier d'épicerie ont été traités
de prophètes de malheur. Aujourd'hui, les marchés leur donnent raison. La hausse
du prix de la tortilla a déclenché des manifs au Mexique et en Russie, les plus
pauvres s'inquiètent de l'augmentation récente du coût du pain. Les Allemands,
eux, payent leur bière plus cher. La pâte alimentaire est la première
manifestation claire du phénomène chez nous.
Difficile de prédire la hausse en magasin, car les épiciers ne dévoilent pas
leurs stratégies. Les Italiens, eux, se doutent de ce qui les attend. Leurs
fabricants viennent d'annoncer une majoration de 20%, qui se répercutera
évidemment à l'exportation. Barilla et De Cecco, qui avaient déjà augmenté leurs
prix, prévoient le refaire au besoin.
Ici, le coût de la nourriture augmente déjà plus vite que l'inflation: 3,1% en
un an, près d'un point de pourcentage de plus que l'indice des prix à la
consommation (IPC), indique Statistique Canada. Pour l'instant, c'est à cause
des fruits et légumes, de la viande et des produits laitiers. Les produits
d'origine animale risquent de poursuivre leur ascension, car le prix des grains
fait augmenter celui de la moulée. |
Les subventions versées par
l'Europe et les États-Unis ont maintenu les prix des denrées agricoles à des
niveaux artificiellement bas durant des années. Une aubaine pour l'industrie
alimentaire et les consommateurs, mais un fichu casse-tête pour les
producteurs des pays qui, comme le Canada, subventionnent peu leur
agriculture. Aujourd'hui, c'est le retour du balancier. Les classes moyenne
et aisée peuvent absorber des augmentations de quelques sous par produit,
mais les plus démunis risquent d'en souffrir. Surtout dans les pays en
développement.
Tant mieux si les agriculteurs obtiennent de meilleurs prix pour leurs
récoltes. Mais on aurait préféré que cela se fasse de manière progressive,
et non sous l'impulsion brutale de l'éthanol, une production non alimentaire
dont les avantages environnementaux sont, au mieux, limités.
akrol@lapresse.ca
http://www.cyberpresse.ca:80

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