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(Pas d'ascenseur)
| LE MONDE du 10.05.01 Jacques Diouf, directeur général de l'Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, estime que les gouvernements n'ont pas la "volonté suffisante" pour réduire la faim dans le monde. Il constate que les organismes génétiquement modifiés sont "une arme à double tranchant" qui exige "des mesures de précaution". "On évalue à 800 millions le nombre de personnes qui ont faim dans le monde, la communauté internationale se mobilise-t-elle suffisamment pour lutter contre la malnutrition? - Il y a une bonne mobilisation des gouvernements, mais pas de volonté politique suffisante pour mettre cette question en tête de liste des priorités et lui accorder les ressources nécessaires. A quoi voit-on la manifestation de cette volonté politique au plan international? Aux sujets débattus au G7/G8. Or, jusqu'à présent, on n'y a jamais parlé de la faim dans le monde. Les chefs d'Etat ont parlé drogue, terrorisme, corruption, sida, sécurité alimentaire des aliments. mais jamais des 790 millions qui ont faim dans le monde en développement et des 34 millions qui ont faim dans les pays développés. Quand nous avons organisé en 1996 le Sommet mondial de l'alimentation au niveau des chefs d'Etat, c'était la première fois en cinquante ans qu'on parlait de la faim dans le monde. Ce sera également le cas à Gênes lors du Sommet des chefs d'Etat du G8 en juillet. - Quels sont les progrès réalisés depuis ce sommet? - D'ici à 2030, la population mondiale
va passer de 6 milliards à 9 milliards. Nous avons pu diminuer de 10 millions par an le
nombre de pauvres dans le monde, mais il faudrait le réduire de 20 millions par an pour
atteindre l'objectif de diminuer de moitié la pauvreté d'ici à l'horizon 2015. Si nous
ne donnons pas un coup de collier, nous atteindrons notre objectif en 2030 au lieu de
2015. On parle de plus en plus de lutte contre la pauvreté, mais celle-ci commence par la
lutte contre la faim. Quand on ne - De nombreux laboratoires soutiennent que le recours aux organismes génétiquement modifiés (OGM) pourrait être la solution. - Nous avons là-dessus une position très claire : pour nourrir les 800 millions qui ont faim aujourd'hui dans le monde, on n'a pas besoin d'OGM. |
LE MONDE du 11.05.01Pour nourrir 9 milliards de personnes, comment s'y prendre? Il existe déjà une surutilisation des facteurs de production, des engrais, des pesticides qui entraînent des pollutions; l'urbanisation, la construction des routes, des aéroports grignotent sur les terres cultivables. Dans beaucoup d'endroits, toutes les bonnes terres étant déjà exploitées, on s'attaque aux terres marginales souvent en déforestant, en entraînant l'érosion, en détruisant l'écosystème. Il ne faut donc pas chercher de solution de ce côté-là. " La réponse est dans l'intensification, et intensifier implique d'utiliser le progrès scientifique et technique permettant d'avoir des productions plus performantes, notamment grâce au transfert génétique. "Cependant, les OGM sont une arme à double tranchant. Ils peuvent être utilisés en faveur des plus nécessiteux, exploités par certains groupes de pression ou détournés de leur objectif. Quand on commence à manipuler des gènes en laboratoire, on ne sait pas très bien à quoi on va aboutir. Il faut donc prévoir des mesures de précaution. Je répète que nous n'avons pas besoin des OGM pour l'instant. Mais ils sont une des options possibles, à condition qu'il y ait ces mesures de précaution au regard de leur impact sur la santé publique et l'environnement. - Que pensez-vous des expériences faites en Inde et en Chine sur le riz? - Il y a eu des expériences scientifiques qui ont montré qu'on pouvait transférer dans le riz des gènes de bêta-carotènes qui ont un effet sur la production de vitamine A, qui est extrêmement importante pour les maladies nutritionnelles dans un certain nombre de pays du tiers-monde. Là encore, il y a un débat : est-ce que c'est le moyen le moins cher pour apporter cette vitamine A? Quelle quantité de riz faudrait-il manger pour avoir des quantités de vitamines A nécessaires? Il faut étudier tous ces aspects. Sur le principe nous n'avons pas d'objection, c'est un progrès. Mais il y a un débat sur les modalités et sur la quantification des conditions dans lesquelles l'utilisation de ce progrès permettrait d'avoir les résultats attendus. (...) Propos recueillis par Babette Stern |