Genetique. Un fragment
d'ADN inconnu découvert dans un OGM relance la polémique sur les transferts de gènes.Par JULIE LASTERADE
Le vendredi 17 aout 2001
Il y a un intrus dans le génome du soja
génétiquement modifié du géant de l'agroalimentaire Monsanto. En étudiant très
finement son patrimoine génétique, des chercheurs belges ont repéré et isolé un petit
fragment d'ADN
dont la présence restait insoupçonnée (1). «Il n'est pas décrit dans le
dossier déposé en 1994 par Monsanto», explique Marc De Loose, du centre pour
la recherche en agriculture de Melle (Belgique). Cinq cent trente-quatre
paires de bases passées jusque-là inaperçues (y compris des chercheurs de
Monsanto), qui n'appartiennent ni au gène de résistance à l'herbicide Round
up introduit par la société américaine, ni à la plante originelle. Mais
placées sur l'un des deux points d'insertion du gène rapporté. D'où
viennent-elles? Quelle est leur incidence? C'est ce que les chercheurs et
Greenpeace aimeraient maintenant bien savoir. L'organisation internationale
écologiste vient d'ailleurs de lancer un appel aux scientifiques pour
«l'aider à identifier l'origine de cet ADN inconnu».
Réparation. «Pour l'instant, il n'y a aucune preuve scientifique qui laisse
supposer que ce fragment supplémentaire pose un problème», insiste le
chercheur belge. Il ne semble jouer aucun rôle particulier, ne dérive pas du
vecteur qui a servi à introduire le gène de résistance dans la plante, ni
d'un autre organisme étranger. «Il provient le plus probablement d'un
réarrangement naturel du génome, continue Marc De Loose. Pour introduire un
gène de résistance, il faut casser l'ADN original de la plante, le fragment
supplémentaire a pu apparaître lors de la réparation. Nous allons essayer
d'en savoir plus en étudiant le phénomène sur une plante modèle comme
Arabidopsis thaliana.»
En attendant, Monsanto assure que son soja ne risque rien, «les autorités
compétentes n'ont pas remis en cause sa commercialisation puisque, même s'il
n'avait pas encore été détecté, le fragment d'ADN était présent dans le soja
que ces autorités ont évalué», affirme Stéphane Pasteau, directeur
scientifique de Monsanto agriculture en France. La méthode mise au point par
Marc De Loose et son équipe pourra désormais permettre de «vérifier
l'exactitude des dossiers techniques, de compléter des informations déjà
existantes» déposées par les entreprises, ou de détecter d'éventuelles
fraudes. De façon indépendante et sans l'aide des compagnies.
Mystères. Mais, pour Pierre-Henri Gouyon, généticien et directeur du
laboratoire écologie systématique et évolution (CNRS), cette découverte
prouve surtout qu'«il reste plein de choses à découvrir sur ce qu'il se
passe lors des transferts de gènes. Malgré les importants moyens mis en
place pour connaître ce qu'il se passe au niveau moléculaire, on ne sait pas
tout. Mais les plus grosses incertitudes touchent le comportement écologique
des OGM. Or, dans ce domaine, les efforts de recherche sont moins grands et
plus compliqués».
(1) European Food Research and Technology, volume 213, issue 2.
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Un
intrus dans le soja OGM
XAVIER DUCARME
Mis en ligne le 17/08/2001
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Des chercheurs belges ont détecté un élément étranger
dans le génome de la plante
EPA
La crainte des mauvais tours éventuels que pouvaient jouer
à l'humanité les organismes génétiquement modifiés, exprimée par les anti-OGM,
était-elle justifiée? On peut le craindre. Un groupe de chercheurs belges du centre de
recherche en agriculture de Melle, près de Gand, vient de détecter la présence d'un
intrus dans le génome du soja génétiquement modifié du géant agroalimentaire
Monsanto. Ce fragment d'ADN n'est pas nommé dans le dossier déposé en 1994 par la
multinationale; il n'appartient ni au matériel qu'elle y a introduit pour que la plante
devienne résistante à l'herbicide Roundup ni au soja naturel.
«Pour l'instant, il n'y a aucune preuve scientifique que
cet élément étranger pose problème», précise Marc De Loose, responsable de la
recherche. Il est possible, selon lui, que ce fragment ait pu apparaître lors de la
«réparation» de la plante, «cassée» pour introduire le gène de résistance.
Monsanto assure de son côté que son soja ne présente
aucun danger. Son directeur scientifique, Stéphane Pasteau, répète que les autorités
européennes sont au courant depuis plus d'un an et que les autorisations n'ont pas été
remises en cause. Pourquoi dès lors, ces séquences ADN ne sont-elles pas mentionnées
dans le dossier d'origine? Parce que, selon M. Pasteau, les méthodes et les techniques
évoluent. A l'époque, il n'était pas possible d'isoler ce fragment.
L'association écologiste internationale Greenpeace, pour
sa part, voit dans cette découverte une preuve supplémentaire que la technologie des OGM
n'est pas maîtrisée. «On savait déjà que le soja de Monsanto présentait une tige
moins robuste, explique Roland Moreau, directeur pour la Belgique. On sait aujourd'hui
également que l'ADN est différent.» L'organisation rappelle la sagesse du principe de
précaution. Greenpeace International vient en tout cas de lancer un appel aux
scientifiques pour «l'aider à identifier l'origine de cet ADN inconnu».
Quoi qu'il en soit, la méthode mise au point par Marc De
Loose et son équipe permettra désormais de vérifier avec plus de précision
l'exactitude des dossiers techniques déposés par les promoteurs d'organismes
génétiquement modifiés.
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La
science conforte les craintes anti-OGM
PAR XAVIER DUCARME
Plusieurs études dont une belge confirment les arguments
des opposants aux aliments transgéniques
ANALYSE
Les promoteurs des organismes génétiquement modifiés
n'ont de cesse de répéter qu'il s'agit là de l'avenir de l'agriculture, que les
progrès agronomiques et nutritionnels qu'ils apportent vont permettre de réduire la
malnutrition et la pollution des terres. Ils ont peut-être raison. Reste que l'air du
temps ne plaide pas en leur faveur. Coup sur coup en effet, plusieurs études
scientifiques sont venues apporter de l'eau au moulin des opposants, déjà de plus en
plus soutenus par une opinion naturellement encline à la prudence. Des études d'autant
plus crédibles que les conclusions se sont plus ou moins imposées au corps défendant de
leurs auteurs.
INTRUS DANS L'ADN
C'est particulièrement le cas de l'étude publiée tout
récemment par le Belge Marc De Loose, du centre public de recherche agronomique de Melle,
près de Gand. Dans le cadre du développement d'une méthode visant à identifier la
présence d'OGM dans une substance, le chercheur a découvert des fragments d'ADN qui ne
correspondaient à rien de connu dans le soja transgénique de Monsanto. Ce fragment
n'appartient pas au soja naturel et ne fait pas non plus partie du matériel génétique
qui a été introduit par Monsanto pour que la plante devienne résistante à l'herbicide
total vendu par la multinationale américaine, le Roundup.
Cette découverte, M. De Loose tente d'en diminuer la
portée, en signalant qu'il s'agit du résultat d'un phénomène tout à fait naturel qui
est également observé lorsqu'une variété de plante est obtenue par croisement. C'est
sans doute vrai. Mais la découverte de cet objet génétique non identifié, bien
qu'inoffensif, permettra assurément aux opposants toujours plus virulents de ce qu'ils
appellent l'alimentation «Frankenstein» de faire valoir l'un de leurs arguments phares:
l'inconnue scientifique. Le fait que Monsanto ait mis sur le marché en 1994 un organisme
dont certaines caractéristiques directement liées à sa nature transgénique n'ont pu
être mises au jour que cinq ans plus tard plaident qu'on le veuille ou non en faveur
d'une certaine application du principe de précaution. Car, comment en effet assurer que
dans dix ans, d'autres propriétés, peut-être moins anodines, ne seront pas décelées?
DISSÉMINATION
Le résultat de l'étude gantoise est dans ce sens à
rapprocher de la récente étude publiée par l'agence
française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), qui elle aussi, peut-être de
manière moins innocente, a démontré que les inquiétudes formulées par les anti-OGM
n'avaient rien d'iconoclaste. Les experts français de l'organisme public ont en effet
établi qu'une partie non-négligeable (19 échantillons sur 112 prélèvements) des
semences de colza, de soja et de maïs officiellement conventionnels comportaient un
signal, le «promoteur 35S», caractérisant la présence d'organismes génétiquement
modifiés. Pour le maïs, 41 pc des prélèvements étaient ainsi pollués. Des résidus
de soja OGM ont même été identifiés dans certaines semences de maïs conventionnelles,
ce qui montre l'existence d'un brassage tout à fait imprévu entre espèces
transgéniques et non transgéniques.
Une fois de plus, la réalité des faits rencontre les
appréhensions des détracteurs, lesquels, il faut le reconnaître, brandissent depuis
plusieurs années le spectre de la dissémination, craignant que les cultures OGM en plein
air ne gagnent peu à peu du terrain au contact de la flore naturelle, en dépit des
mesures de confinement imposées par les autorités.
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Monsanto rassure,
Greenpeace
craint
Les réactions ne se sont pas fait attendre suite à la
publication des résultats de l'étude gantoise.
Monsanto, le géant de l'agroalimentaire transgénique tient
à rassurer. Stéphane Pasteau, directeur scientifique chez Monsanto, répète que les
autorités européennes sont au courant de la présence de ces fragments d'ADN depuis plus
d'un an et que les autorisations n'ont pas été remises en cause car elle ne présente
aucun danger sur le plan sanitaire. Quant à savoir les raisons pour lesquelles Monsanto
n'a pas mentionné l'existence de ces séquences d'ADN non indentifiées, M. Pasteau
explique que les méthodes et les techniques évoluent et qu'à l'époque, il n'était pas
possible de les isoler.
Greenpeace, y voit en revanche la preuve supplémentaire que
la technologie des OGM n'est pas maîtrisée. «On savait déjà que le soja de Monsanto
avait une tige moins robuste que son équivalent non transgénique, explique Roland
Moreau, directeur de Greenpeace Belgique. On sait aujourd'hui, que l'ADN est également
différent.» L'organisation plaide dès lors en faveur de l'application du principe de
précaution. «On nous dit qu'on n'a pas la preuve que les OGM sont dangereux. Moi, ce que
je veux, c'est que les scientifiques puissent nous donner la preuve qu'il n'y a pas de
risque. Nos assiettes et nos champs ne sont pas des laboratoires.» (X. Du.)
© La Libre Belgique 2001
Merci à Sébastien Denys <sdenys@ulb.ac.be> pour cette compilation d'articles
Etude publiée
par l'agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa)

Pollution génétique : colza, maïs, soja : les OGM sont intenables!
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