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Par Damien Larroque, Futura Sciences, le
06/01/2005
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L'Association for Tropical Biology and
Conservation (ATBC) a fait part aux gouvernements de son inquiétude face aux
méfaits résultant de l'orpaillage illégal dans les espaces protégés
d'Amérique du sud. L'association scientifique leur demande donc de prendre
des mesures afin d'éradiquer ces exploitations hors-la-loi d'alluvions
aurifères.
Pierre-Michel Forget, spécialiste d'écologie forestière tropicale au Muséum
national d'histoire naturelle (MNHN), affirme que depuis la hausse du cours
de l'or en 1999, les exploitations clandestines se sont multipliées sur les
rivières amazoniennes. Cela fait plusieurs années que ce chercheur tente
d'ouvrir les yeux des responsables politiques sur ce problème. Le soutien de
l'ATBC, principale organisation scientifique spécialisée dans les
écosystèmes tropicaux, arrivé mardi sous la forme d'un communiqué rendu
public à Washington, est donc le bienvenu. L'association estime en effet que
"la situation a atteint des proportions critiques, particulièrement en
Guyane française, au Guyana, au Suriname, au Venezuela et au Brésil". Elle
ajoute que "des dizaines de milliers de chercheurs d'or artisanaux ont
envahi les parcs nationaux et réserves naturelles, où ils dégradent les
fleuves et rivières, contaminent les eaux au mercure, se livrent au
braconnage, détruisent la forêt et menacent les populations locales
indiennes". Le communiqué appelle donc les gouvernements à réagir rapidement
en utilisant des moyens de surveillances adaptés et en contrôlant le
commerce du mercure utilisé pour agglomérer l'or.
Pierre-Michel Forget constate que les problèmes liés à ces exploitations
illégales vont de mal en pis et que les actions menées jusque là par les
gouvernements n'ont eut que des effets très temporaires. Les infrastructures
détruites lors d'opérations conduites par les gendarmes français sont
rapidement remises sur pieds par les clandestins. De plus la misère de ces
hommes, que Forget n'hésite pas à qualifier d'esclaves, les pousse au
pillage, notamment des stations de recherches.
Mais les conséquences les plus graves sont celles qui frappent
l'environnement. La pollution au mercure est considérable (5 à 10 tonnes
seraient versées chaque année dans les rivières guyanaises). Ce métal
tératogène, c'est-à-dire provoquant des malformations chez l'embryon, se
retrouve dans les poissons consommés par la population, en quantité
supérieure à la limite fixée par l'OMS. De plus les bassins d'eau que
mettent en place les orpailleurs créent un milieu de vie parfait pour le
moustique vecteur du paludisme et permettent donc le développement de la
maladie dans des régions qui en étaient jusque là exemptes.
Si l'on ajoute à ce tableau déjà fort peu réjouissant la résurgence de
maladies sexuellement transmissibles, on comprend l'urgence du problème. La
mesure prise par le gouvernement français d'interdire l'utilisation du
mercure en Guyane à partir de 2006 paraît largement insuffisante aux yeux de
Pierre-Michel Forget. "Les légaux respecteront la loi, mais pas les
clandestins", dit-il. Pour lui, des contrôles ciblés sur les points de
passages incontournables des fleuves seraient beaucoup plus adaptés à la
situation.
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