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« J'ai cru en l'homme. Je n'y crois plus.
J'ai eu foi dans l'humanité : c'est fini. J'ai pensé, dit et écrit que mon
espèce avait un avenir. J'ai tenté de m'en persuader. Je suis maintenant sûr
du contraire : l'humanité n'a nul destin. Ni lendemain qui chante, ni
surlendemain qui fredonne. No futur : elle est comme une droguée - avide et
déjantée, esclave des biens matériels, en souffrance de consommation,
asservie à ce qu'elle imagine être la "croissance" ou le "progrès", et qui
sera sa perte. Si elle ne s'autodétruit pas dans une guerre atomique… Une épave !
J'ai vu les résolutions de la conférence de
Stockholm s'engloutir dans les pollutions, les saccages et les profits
boursiers qui s'ensuivent. |
méthane. J'en ai marre de la perpétuelle
dictature des intérêts individuels, familiaux, corporatistes, religieux,
communautaires ou nationaux ; du je-m'en-foutisme et de l'hypocrisie ; de la
bassesse ordinaire ; de l'égoïsme général (je me range, évidemment, sous
l'adjectif "général"). Je continue le combat pour la planète et pour l'homme sans la moindre perspective de succès. Par habitude. Par devoir. Mais sans autre espérance que d'en rire ou d'en pleurer - tel le musicien du Titanic en train de jouer « Plus près de toi, mon Dieu », de l'eau jusqu'aux genoux. Aux yeux du philosophe qui n'a jamais entretenu d'illusions, ou du moraliste qui a perdu toutes les siennes, l'homme est un poulet à deux pieds sans plumes qui descend des bactéries et qui y retourne après avoir saccagé le poulailler. Sauf miracle … Mais, je le rappelle, un miracle est un événement que tout le monde attend pour conjurer la catastrophe, et qui n'arrive jamais. Je suis un déçu de l'humanité, comme
d'autres le sont du socialisme ou du capitalisme … Nous fonçons vers le
précipice en nous réjouissant de notre vitesse prodigieuse, que nous nommons
"croissance"… Chaque métaphore est éculée, mais pertinente."
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