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Vendredi
30 janvier 2004,
Le poisson fluo fait
des vagues
SACRAMENTO, Californie (AP) - Le poisson fluorescent génétiquement
modifié a fait son apparition au début de l'année dans les
animaleries américaines, engendrant une polémique sur les possibles
dangers écologiques de telles manipulations du vivant.
Premier animal domestique génétiquement modifié, ce petit zèbre rouge
fluo ouvre la voie à la création d'autres poissons brillant de toutes
les couleurs sous la lumière d'une lampe noire ou des rayons
ultraviolets. Pourtant, ses détracteurs sont nombreux. La Californie
a ainsi interdit le "GloFish", de peur que les espèces transgéniques
ne se répandent dans la nature et ne fassent disparaître les
populations autochtones.
Pour créer ce phénomène de foire, des chercheurs de l'Université
nationale de Singapour ont greffé un gène d'une anémone de mer sur un
simple poisson zèbre noir et argent, comme on en trouve dans les
aquariums du monde entier. Mais le potentiel marchand de l'animal a
rapidement été repéré.
"C'est une révolution dans l'industrie du poisson d'ornement. C'est
du jamais vu!", se réjouit Alan Blake, président de Yorktown
Technologies, une compagnie d'Austin (Texas) qui a obtenu la licence
d'exploitation du GloFish, en échange d'une rétribution
"significative" mais non précisée des chercheurs singapouriens.
Les poissons zèbres transgéniques sont élevés par deux sociétés de
Floride, où le ministère de l'Agriculture demande à la Commission de
pêche et de chasse de l'Etat de leur délivrer une autorisation
exceptionnelle de commercialisation.
Mais cette instance a récemment rejeté le "Frankenfish"
("Frankenpoisson"), opposant l'éthique au ministère de la Pêche et
aux scientifiques, qui assuraient ne déceler aucun danger pour les
eaux de l'Etat au cas où le poisson fluo s'échapperait. Cette
décision entrave fortement le développement commercial de l'animal,
la Floride représentant un huitième du marché américain du poisson
d'ornement.
Les partisans du GloFish espèrent convaincre les autorités et les
consommateurs de l'innocuité du petit fluo, même dans les
canalisations, une piscine ou l'estomac du chat. De leur côté, les
agences fédérales estiment que cette affaire d'animal domestique
transgénique non consommable n'est pas de leur ressort.
A Washington, la capitale fédérale, le Centre pour la sécurité
alimentaire voudrait obliger l'Agence du l'alimentation et du
médicament (FDA) à encadrer la commercialisation du poisson fluo,
explique Peter Jenkins, analyste auprès de cette organisation.
En l'absence de contrôle, le Centre explique, dans une lettre à la
FDA signée notamment par Greenpeace et l'Union des consommateurs,
qu'il craint "l'invasion" anarchique d'autres espèces transgéniques.
La Fédération des pêcheurs de la côte Pacifique ainsi que le sénateur
Byron Sher s'opposent eux aussi à la commercialisation du poisson
rouge fluo en Californie.
Jusqu'à présent, cet Etat n'a délivré que des licences limitées à 13
centres de recherche dont les mesures de sécurité garantissent que
les poissons ne s'évanouiront pas dans la nature.
Les équipes de l'Université du Minnesota et de l'Institut
polytechnique de Virginie qui développent le GloFish soulignent pour
leur part que bien que le gène de la fluorescence se transmette, on
ne brillera pas dans le noir si l'on mange de ce poisson. En outre,
"Frankenfish" évolue dans des eaux tropicales. Il ne peut survivre
dans les eaux salées ou froides et sa couleur voyante en fait une
cible facile.
Selon Alan Blake, sur les millions de poissons zèbres vendus aux
Etats-Unis, aucune population n'a jamais survécu en liberté. Pourtant
l'Institut géologique américain cite trois lieux -Floride, Californie
et Nouveau Mexique- où cette espèce a été découverte depuis 1968.
"Les eaux tropicales ne manquent pas dans ce pays", notamment à
Hawaï, en Floride ou dans des sources chaudes abritant des espèces
fragiles, rappelle Peter Jenkins, qui demande des recherches
indépendantes.
"Quand on commence à manipuler les gènes d'un animal, on ignore ce
qu'on affecte d'autre (...). Nous essayons d'être prudents", assure
Ed Pert, chef du programme halieutique au ministère de la Pêche de
Californie, favorable à l'autorisation du GloFish.
AP
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