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LE MONDE | 28.02.2005
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Sur le thème : "Pour sauver la
biodiversité, faites un geste simple : mangez aussi des oeufs à coquille
blanche !", la fédération ProNaturA France, qui rassemble quelque 200 000
éleveurs et défenseurs des animaux et de la nature, entend frapper un grand
coup lors de l'édition 2005 du Salon international de l'agriculture de
Paris, où elle présentera pour la première fois un stand basse-cour.
ProNaturA France veut lancer une campagne pour la sauvegarde de la
cinquantaine de races de poules anciennes françaises répertoriées qui, pour
la plupart, pondent des oufs à coquille pâle. "Nous voulons faire comprendre
aux Français qu'en réfléchissant avec leur ventre ils permettront à des
exploitants agricoles d'avoir à nouveau des débouchés en élevant des races
locales", explique Jean-Emmanuel Eglin, secrétaire de la Fédération.
La gauloise-dorée, la faverolles, la cou-nu- du-Forez, la sans-queue, la
coucou-de-Rennes, la noire-du-Berry ou la crève-cour et la courtes-pattes,
entre autres, faisaient la richesse des basses-cours d'antan, avant la
mutation industrielle qui bouleversa l'agriculture après la seconde guerre
mondiale.
Si rien n'est fait, ces races, désormais à très faibles effectifs, sont
menacées d'une disparition certaine à brève échéance malgré les efforts
d'une poignée d'éleveurs qui, en collectionneurs passionnés, sont les seuls
à les entretenir encore.
Selon le Comité national pour la promotion de l'ouf, une organisation
interprofessionnelle, 15 milliards d'oufs, produits par 2 500 éleveurs, sont
consommés, par an, en France, à raison de 250 unités par personne ! 70 % de
la production sont à coquille brune, pondus par des poules issues d'une
souche sélectionnée dans l'Hexagone dans les années 1960, l'isabrune,
devenue l'isabrown, poule commune rousse, petite, mais grosse pondeuse,
élevée intensivement pour les besoins du marché.
TORDRE LE COU AUX IDÉES REÇUES
Le choix des oufs à coquille brune, qui répondait à des critères de
marketing - la couleur blanche étant plus facilement salissante, donc
souvent d'apparence moins propre - est devenu, ainsi, une habitude pour les
consommateurs. Ces derniers, s'ils s'intéressaient à ce qu'ils mangent,
tordraient le cou à un tas d'idées reçues : la couleur du plumage de la
poule n'a rien à voir avec celle de la coquille de l'ouf, dont le goût n'est
pas déterminé par cette dernière ; la couleur du jaune n'est pas non plus un
critère de qualité (tous les oufs se valent), puisque l'adjonction d'un
caroténoïde - la lutéïne - peut le foncer à volonté.
A l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), on trouve
sympathique l'initiative de ProNaturA, mais on préfère s'intéresser à la
préservation des races anciennes en accentuant les recherches sur la
composition interne de l'ouf ou sur la chair. "La qualité de la viande des
volailles locales est supérieure à toutes les autres. L'avantage de manger
des oufs de races anciennes est qu'ils sont pondus par des poules de
parcours", explique Joël Besnard, du département physiologie animale et
système d'élevage du centre de Tours.
Ce centre, à la demande du conseil général d'Indre-et-Loire et d'éleveurs
tourangeaux, a relancé la race dite géline-de-Tours - en recréant un
troupeau-pedigree - que l'on trouve, dorénavant, sur les meilleures tables
de la région sous le label "Dame noire".
En partenariat avec le Syndicat des sélectionneurs avicoles et aquacoles
français (Sysaaf), l'Institut a aussi créé une banque de sperme de coq - que
l'on obtient par un habile massage dorsal - pour la sauvegarde du patrimoine
génétique aviaire français, l'un des plus riches d'Europe.
Toutefois, même si vous avez pris la décision de ne plus manger que des oufs
à coquille blanche pour préserver la biodiversité, sachez que la
jolie-marans (Charente-Maritime) pond des oufs d'un roux intense et que la
poule de l'abbé Keller (Alsace), plus connue sous le nom de javanaise, nous
offre les siens d'un bleu turquoise. Enfin, ceux de l'anglo-saxonne leghorn,
poulette de batterie s'il en est, sont d'un blanc éclatant.
Ali Habib
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU MONDE DU 01.03.2005 |