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| 13-10-2005. http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=2053 ________________________
Le nord du Brésil et l'Amazonie connaissent actuellement une sécheresse exceptionnelle. Plusieurs villes de la région ont déjà décrété l'état d'urgence et en appel à l'aide au gouvernement fédéral. De récentes études de la station de surveillance de la forêt amazonienne, installée à Santarém, rapportent que le fleuve Amazone a baissé de quinze mètres par rapport à son niveau habituel. Du jamais vu depuis 40 ans. Cécile FargueL'Amazone est à son plus bas niveau depuis 30 ans
L'Amazone, le fleuve le plus puissant de la terre (son débit annuel, est estimé à 200.000 m3/sec, ce qui représente 5 fois celui du Zaïre, 10 fois celui du Mississippi, 75 fois celui du Nil, ou encore 115 fois celui du Rhône), est à son étiage le plus bas depuis au moins 30 ans. Là où la profondeur du fleuve atteint normalement 15 mètres, elle n'est plus que de 80 cm actuellement. C'est notamment le cas à la confluence de l'Itaya et de l'Amazone, en aval d'Iquitos, au lieu-dit La Barra. Cette situation met en péril tout le trafic fluvial de charges et de passagers. En effet, l'Amazone et ses affluents constituent l'unique voie de communication de cette région sans routes et où l'avion n'a qu'un rôle marginal avec le reste du pays. Auteur : Twister C LE MONDE | 20.10.05 L'Amazone en dramatique manque d'eau Depuis le début du mois d'octobre, l'Amazone, le fleuve au plus fort débit de la planète, a atteint son niveau le plus bas depuis trente-cinq ans à la station d'Iquitos (Pérou). En septembre, les forêts bolivienne et péruvienne ont été le théâtre d'incendies gigantesques, qui ont ravagé plusieurs dizaines de milliers d'hectares. Au Pérou comme au Brésil, des populations entières sont coupées du reste du monde parce que les bateaux, qui sont le seul moyen de transport dans la forêt tropicale, ne peuvent plus remonter les cours d'eau. A tous ces faits, une seule cause : la sécheresse. Une sécheresse qui frappe d'autant plus les esprits que, dans l'imaginaire collectif, l'Amazonie est synonyme de pluies diluviennes immuables. Or c'est loin d'être le cas. Les climatologues ont ainsi découvert que la forêt amazonienne avait connu, depuis la dernière déglaciation, d'importantes perturbations climatiques dues à de très fortes anomalies du régime des pluies. Aussi la baisse du débit de l'Amazone n'étonne-t-elle pas les spécialistes. Certes, la sécheresse constatée aujourd'hui "est importante, mais elle n'est pas aussi élevée que celle de 1998, due au phénomène El Niño 1997-1998 et qui a provoqué de grands incendies dans la forêt amazonienne" , explique Laurence Maurice-Bourgoin, hydrogéochimiste de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), à Toulouse (laboratoire des mécanismes et transferts en géologie). "En 1963, une sécheresse très forte liée à El Niño s'est également produite" , rappelle-t-elle. Le débit des eaux du fleuve Amazone est corrélé à une pluviométrie très influencée par les variations des températures de surface de l'océan Pacifique tropical et de l'océan Atlantique tropical. Le nord-est du bassin amazonien réagit fortement au Pacifique tropical et aux phénomènes El Niño et la Niña, tandis que le sud-ouest de la région est sous l'influence de l'Atlantique tropical nord. Or on constate actuellement que la température de surface de ces eaux océaniques dépasse la normale de 0,5 ºC à 1 0C. "Il s'agit d'une anomalie positive significative" , explique Josiane Ronchail, géographe et maître de conférences à l'université Paris-VII. Cette valeur élevée de la température de surface de l'océan "correspond à des pressions plus basses, ce qui affaiblit les alizés et diminue le flux de la mousson en direction de l'Amazonie" , précise la géographe. Au nord, les eaux chaudes ont alimenté en énergie une série d'ouragans comme Katrina et Rita, qui feront date dans l'histoire de la météorologie américaine ; au sud, ces mêmes eaux anormalement chaudes ont empêché la mousson d'arroser le bassin amazonien... Les variations de la température de surface de l'Atlantique nord sont reliées à une variabilité naturelle de l'océan, à la fois décennale et pluri décennale. "Le problème actuel est peut-être dû à une mise en phase de ces différents phénomènes", avance Josiane Ronchail. En tout cas, les climatologues ne sont pas encore capables de déterminer s'il existe un lien entre les variations de la température de surface de l'océan Atlantique tropical nord et le réchauffement climatique, même s'ils disent travailler sur le sujet. La baisse du débit actuel de l'Amazone correspond à une tendance lourde constatée depuis 1999. Les mesures réalisées à la station brésilienne d'Obidos située sur les bords de l'Amazone à 800 km de l'Atlantique en collaboration avec des chercheurs français, dont Jean-Loup Guyot (IRD), montrent "une diminution importante du débit liquide et de la hauteur d'eau du fleuve depuis cette date". Le volume maximal des eaux roulées par le fleuve, alimenté par le rio Solimoes (qui prend sa source au Pérou), par le rio Madeira (Bolivie) et par le rio Negro, est ainsi passé de 267 000 mètres cubes par seconde en 1999 à 226 000 mètres cubes par seconde en 2003. Alors que la profondeur d'eau maximale de l'Amazone est de 70 mètres en période de crue à la station d'Obidos, les chercheurs ont constaté qu'elle avait baissé de 1,10 m entre 1999 et 2004. Pendant la saison "sèche", où il pleut moins, le niveau du fleuve baisse encore de 6 à 7 mètres. Alors même que le débit de l'Amazone diminue, la quantité des sédiments transportés s'est accrue paradoxalement entre 2000 et 2003, passant de 896 millions de tonnes/an en 2001 à 1,1 milliard de tonnes/an en 2003. Cette augmentation serait due à une érosion plus importante des affluents andins du rio Solimoes, provoquée en partie par une déforestation massive au Pérou et en Bolivie. L'assèchement actuel des cours d'eau pourrait aussi avoir des répercussions notables sur certaines populations animales déjà menacées. Le ministère de l'environnement brésilien s'inquiète déjà du sort de deux espèces protégées : le "boto", petit dauphin d'eau douce, et le lamantin, ce paisible mammifère marin que les autochtones ont surnommé le "poisson-boeuf". Christiane Galus Article paru dans l'édition du Monde du 21.10.05 |