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Mitsubishi menace de cesser
ses importations si cet Etat australien poursuit la déforestation.
Sydney de notre correspondant
Le groupe japonais Mitsubishi a déclaré, mardi 18 mai, qu'il pourrait cesser
d'importer des copeaux de bois de Tasmanie si le gouvernement de cet Etat
australien ne lui garantissait pas l'arrêt de la destruction des forêts
d'eucalyptus hauts de plus de 80 mètres. En réponse à une lettre envoyée par
les associations de protection de l'environnement Greenpeace et Wilderness
Society, la multinationale, troisième plus gros importateur de bois
tasmanien avec un volume annuel de 400 000 tonnes, a précisé qu'elle
"condamnait l'exploitation non durable des forêts anciennes de Tasmanie".
Le 9 mars, Takahiko Miyoshi, président du principal acheteur de copeaux
tasmaniens, Nippon Paper Industries, a adressé au premier ministre de cet
Etat, le plus pauvre d'Australie, une missive lui demandant de résoudre
rapidement la polémique concernant l'industrie forestière dans la région.
"Jusqu'à maintenant, les
Japonais soutenaient complètement Gunns [le plus gros exploitant forestier]
et le gouvernement tasmanien, résume Ed Mathew, de la Wilderness Society.
Mais, pour la première fois, le marché japonais
exprime un doute important." La déclaration de "Mitsubishi est louable et
elle représente un challenge pour les partis libéraux et travaillistes [les
deux principaux mouvements politiques en Australie] pour qu'ils suivent ce
mouvement", insiste Bob Brown, un sénateur écologiste. Mais le temps
presse...
La Tasmanie est le seul Etat où la destruction de forêts inviolées depuis le
début de la colonisation s'aggrave d'année en année. Les forestiers
souhaitent en effet couper le plus d'arbres possible avant l'annonce de la
prochaine réforme, prévue pour 2010.
Le gouvernement basé à Hobart semble, lui, enclin à vendre aux bûcherons un
maximum de zones boisées, qui appartiennent presque toutes à la couronne
d'Angleterre. La production annuelle de copeaux de bois destinés à
l'industrie papetière, qui a commencé il y a tout juste trente-deux ans dans
cette île, devrait ainsi dépasser cette année 5 millions de tonnes. Ces
chiffres ne sont que des estimations, car les travaillistes au pouvoir
refusent de dévoiler, depuis l'an 2000, le volume exact d'arbres coupés.
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L'industrie forestière n'est
pas, non plus, soumise à la loi australienne
sur la liberté de l'information (Freedom of Information Act), ce qui rend
extrêmement difficile le travail des chercheurs. Certains faits sont
toutefois reconnus par tous.
UN PAYSAGE LUNAIRE
Aujourd'hui, à peine un quart des surfaces boisées de la région sont restées
intactes. Mais près de 90 % des eucalyptus géants, dont certains âgés de
plus de quatre cents ans, ont déjà été coupés. Sur les 13 000 hectares
épargnés, la moitié sont promis aux tronçonneuses dans les mois à venir.
La disparition de ce patrimoine naturel unique est encore plus choquante au
vu des méthodes employées par les forestiers. Après avoir rasé l'ensemble
des arbres de leurs zones de coupe, les compagnies larguent par hélicoptère
du napalm afin de brûler les souches laissées en terre. Le passage des
flammes plonge des vallées entières dans une épaisse fumée brune durant
l'automne. Les collines, autrefois couvertes d'un manteau de verdure,
offrent un paysage lunaire marqué par les profondes entailles laissées par
le passage des bulldozers. Lorsque le sol est encore tiède, les employés des
compagnies forestières dispersent sur le terrain des carottes imbibées d'un
poison, le 1080, afin de détruire les animaux tels que wallabies, opossums
et wombats qui se nourrissent des pousses des jeunes arbres.
Gunns et ses concurrents allèguent que les forêts repousseront après leur
passage. Mais ils se contentent de remplacer des forêts riches de nombreuses
espèces par une seule essence importée pour sa croissance très rapide. Les
forestiers expliquent également qu'ils font vivre de nombreux salariés, un
facteur important dans un Etat où le taux de chômage atteint 8,6 %, contre
5,7 % pour l'ensemble de l'Australie. Le gouvernement de Tasmanie a
longtemps juré que la coupe des forêts anciennes employait 10 000 personnes.
Le chiffre serait plutôt
compris entre 300 et 500 personnes, selon John Gay et l'association
professionnelle Timber Workers for Forests.
Frédéric Therin
Le lien pour l'actualité:
http://www.amisdelaterre.org
Merci à JM vernochet pour cet article.
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