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Le Figaro du 14/04/2008
Libres échanges - La chronique de Jean-Pierre Robin
Le marché automobile a un bel avenir devant lui. Loin des
interrogations sur les risques de voir la récession américaine contaminer
les continents, les experts du Fonds monétaire international (FMI) annoncent
que le parc mondial de voitures particulières va quintupler à l'horizon
2050. Il s'élève aujourd'hui à 600 millions de véhicules, se concentrant
pour la plus grande part dans les pays «avancés», ce qu'on appelait
autrefois les nations industrialisées. Aux États-Unis, pour mille personnes
on compte un peu plus de 460 voitures et ce taux se situe autour de 400 dans
les pays européens. Au milieu de ce siècle, pas moins de 2,9 milliards de
véhicules seront en circulation, prévoit le FMI.
Cet accroissement de 2,3 milliards d'unités se réalisera principalement dans
les pays émergents et en développement, dont la flotte auto augmentera de
1,9 milliard. La Chine et l'Inde seront les deux marchés les plus porteurs,
avec des progressions de 500 et 330 millions respectivement. Si le FMI s'est
lancé dans une telle étude de marketing, ce n'est pas pour aider les
constructeurs à faire des plans sur la comète. Marcos Chamon et Paolo Mauro,
les deux auteurs, ont une visée essentiellement environnementale. Leur
travail («Rising Car Ownership in Emerging Economies : Implication for
Climat Change») cherche à évaluer les implications sur le changement
climatique de cette course à la motorisation.
Leur prévision repose sur un principe simple : «l'histoire économique
suggère qu'au fur et à mesure que les gens s'enrichissent, ils recourent de
plus en plus à des transports privés». On le constate depuis quelques années
dans les pays émergents à forte croissance. Se fondant sur de multiples
observations nationales, les économistes ont trouvé que les ménages
envisagent d'acquérir un véhicule à partir du moment où leur revenu annuel
dépasse le seuil de 5 000 dollars américains. À titre de comparaison, les
Français disposent actuellement d'un revenu moyen de l'ordre de six à sept
fois une telle somme. |
Outre cette
corrélation entre croissance et motorisation, les experts s'appuient sur des
enquêtes de terrain menées auprès de plusieurs dizaines de foyers en Chine
et en Inde. Ces sondages corroborent la prévision macroéconomique,
soulignent-ils en chiffrant ainsi à 2,9 milliards la flotte mondiale des
quatre roues en 2050.
On se souviendra qu'un siècle plus tôt, en 1950, ce même parc n'était que de
53 millions, mais qu'en deux décennies il avait atteint 193 millions. La
vague de motorisation accélérée des années 1960 avait d'ailleurs suscité un
certain effroi en Europe. En 1963, Federico Fellini ouvrait son film
emblématique, 8 ½, sur un plan montrant Marcello Mastroiani en train de
suffoquer dans un embouteillage. Et en 1967, Jean-Luc Godard stigmatisait la
société de consommation, avec ces files sans fin qui bloquent les autoroutes
et gâchent le Week-End (titre de son long-métrage).
Ce n'est pas du cinéma d'avant-garde que nous prodiguent les experts du FMI,
mais des chiffres sans fioritures portant sur le réchauffement climatique.
Une peur dont personne n'avait même l'idée au milieu des années 1960 ! Se
référant aux travaux du rapport Stern, qui évalue à 2,6 gigatonnes (2,6
milliards de tonnes) les émissions de dioxyde liées à la circulation
automobile en 2000, ils estiment qu'elles s'établiront à 6,8 gigatonnes en
2050. Alors que la voiture était responsable de 6,1 % du total du CO2
polluant l'atmosphère au début de ce siècle, leur part représenterait 8,1 %
en 2050. Or, entre-temps, l'ensemble des émissions, toutes origines
confondues, aura doublé (de 42 à 84 gigatonnes). C'est dire la gravité du
phénomène.
Certes, des progrès techniques ont d'ores et déjà permis de réduire
sensiblement les émissions de gaz à effet de serre pour chaque litre de
carburant consommé au cours des vingt-cinq dernières années. En clair,
depuis les chocs de la décennie 1970, qui ont renchéri fortement les cours
du pétrole et incité les constructeurs à améliorer leurs moteurs. Mais comme
le poids moyen des véhicules a augmenté en parallèle, «le nombre moyen de
kilomètres parcourus par litre de carburant» n'a pas changé, souligne le
FMI. Il ne faut donc pas trop compter sur la technologie pour améliorer les
bilans énergétiques et lutter contre le réchauffement climatique. Il sera
indispensable de modifier les comportements et inciter les automobilistes à
se montrer plus économes.
L'étude préconise ni plus ni moins un relèvement de la fiscalité dans les
pays où elle reste très faible. Les taxes sur les carburants s'échelonnent
actuellement de 0,4 dollar le gallon (de 3,785 litres) aux États-Unis à 3
dollars au Royaume-Uni. Voilà qui laisse de la marge. Par ailleurs, il
serait faux de croire que les pays émergents ne sont pas conscients du
problème. «Aujourd'hui, le parc de la Chine a en moyenne des normes
techniques plus strictes que celles prévalant en Australie, au Canada et aux
États-Unis, tout en étant moins rigoureuses qu'en Europe et au Japon»,
est-il rappelé. Mais ce ne sera pas suffisant. Il faudra trouver de
nouvelles technologies, «tels le moteur hybride ou d'autres innovations que
nous sommes incapables d'imaginer», prévient le FMI. L'abondance sera-t-elle
un cauchemar ?
http://www.lefigaro.fr:80/societes-francaises/2008/04/14/04010-20080414ARTFIG00246-cinq-fois-plus-de-voituresa-l-horizon-.php
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